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20 ans de prison pour Diendéré, 10 ans pour Bassolé


Les généraux Djibrill Bassolé et Gilbert Diendéré lors de leur procès à Ouagadougou, le 27 avril 2017.

Les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, accusés d'être les cerveaux du coup d'Etat manqué de 2015 au Burkina Faso, ont été reconnus coupables et condamnés respectivement à 20 et 10 ans de prison ferme lundi par le tribunal militaire de Ouagadougou.

M. Diendéré, ancien bras droit de l'ex-président Blaise Compaoré, a été reconnu coupable d'"attentat à la sûreté de l'Etat" et de "meurtre", et le général Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères, de "trahison".

Les juges du tribunal militaire de Ouagadougou de ce procès hors norme, ont reconnu coupables les généraux Diendéré et Bassolé, cerveaux présumés du putsch.

Prison ferme pour Diendéré et Bassolé
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M. Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères, a été reconnu coupable de "trahison" et condamné à 10 ans d'emprisonnement.

La dizaine de militaires membres du commando qui avait arrêté les membres du gouvernement de transition pendant ce coup de force raté ont aussi été condamnés : 19 ans de prison pour l'adjudant-chef Éloi Badiel, considéré comme le chef des opérations du putsch, 17 ans pour l'adjudant-chef Nébie, dit "Rambo", qui avait reconnu avoir mené le groupe, et 15 ans pour les autres.

Le lieutenant-colonel Mamadou Bamba, qui avait lu à la télévision le communiqué des putschistes, a été condamné à 10 ans de prison dont cinq avec sursis.

Quatorze personnes sont mortes et 270 ont été blessées lorsqu'une unité d'élite de l'armée burkinabè, le régiment de sécurité présidentielle (RSP), a tenté, le 16 septembre 2015, de renverser le gouvernement de transition au Burkina Faso.

Ce régime de transition avait été mis en place près d'un an plus tôt, après la chute de l'ex-président Blaise Compaoré, chassé par une insurrection populaire après 27 ans de pouvoir.

Le coup de force du RSP - garde prétorienne du régime Compaoré - contre le retour à la démocratie avait été mis en échec après une douzaine de jours par la population et des unités loyalistes de l'armée.

Le parquet a requis la prison à vie contre les généraux Diendéré et Bassolé, accusés notamment de "trahison" et "meurtre". Diendéré est "l'instigateur principal du coup d'Etat" et Bassolé a "aidé à préparer (...) le coup d'Etat", avait estimé la procureure militaire Pascaline Zoungrana dans son réquisitoire.

Diendéré, 60 ans, ancien bras droit de Blaise Compaore, et Bassolé, 62 ans, son ancien chef de la diplomatie, ont tous les deux réfuté ces accusations.

"Je n'ai ni commandité, ni planifié, ni organisé, ni exécuté" le coup d'Etat, avait déclaré Diendéré à la barre, en treillis militaire, en novembre 2018. Le général, qui dirigea le RSP par le passé, avait pourtant pris la tête du Conseil national pour la démocratie, l'organe dirigeant des putschistes.

Amorce de réconciliation ?

Bassolé affirme être gravement gravement malade et a demandé une évacuation sanitaire. Sa défense estime que le parquet "n'a fourni aucun élément à charge" contre lui. Elle a plaidé l'acquittement.

Le parquet a requis par ailleurs des peines de 25 ans de prison contre la dizaine de militaires membres du commando qui avait arrêté les membres du gouvernement de transition.

Quinze ans d'emprisonnement ont été été requis contre le lieutenant-colonel Mamadou Bamba qui avait lu à la télévision le communiqué des putschistes, ainsi que contre cinq autres accusés.

Pour le reste des accusés, la procureure a demandé des peines plus légères, entre 15 mois avec sursis et cinq ans ferme, ainsi qu'une relaxe pour deux autres accusés.

Me Guy-Hervé Kam, l'un des avocats de la partie civile et figure de la société civile au Burkina, s'est félicité du procès. "C'est une grande satisfaction que ce procès ait pu se tenir jusqu'à la fin. Aujourd'hui, on sait qui a fait quoi et surtout pourquoi", a-t-il estimé.

L'issue du procès devrait également permettre d'amorcer un début de réconciliation au Burkina, toujours divisé depuis la chute de Compaoré, en vue de l'élection présidentielle de 2020, et de ressouder les liens au sein de l'armée, fortement ébranlée par le putsch manqué et dont la hiérarchie a largement été mise en cause.

Beaucoup d'acteurs politiques et civils ont appelé à une "réintégration" des officiers de l'ex-RSP dissous après le putsch, qui disposait de la première unité spéciale antiterroriste du pays, pour lutter contre les groupes jihadistes qui ont multiplié les attaques dans le pays depuis 2015, faisant plus de 500 morts.

"La place du général Diendéré n'est pas" en prison, "mais à la tête d'une unité pour lutter contre les terroristes", a ainsi lancé Herman Yaméogo, un des accusés, président de l'Union pour la démocratie et le développement (UNDD), un petit parti pro-Compaoré.

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