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Mali

Carrefour des maux du pays, Ménaka bataille pour son développement

Dans une rue de Menaka, au Mali, le 9 mai 2018.

C'est une sorte de Far-Est, où tout est à rebâtir en faisant fi de l'abandon et des hommes en armes. A Ménaka, ville poussiéreuse perdue dans le désert du Nord-Est malien, bailleurs et ONG se battent pied à pied pour rétablir un quotidien bouleversé par sept ans de crise.

Truelle en main, le gouverneur en uniforme et le maire en boubou jaune ceint d'une écharpe tricolore posent en cette fin juin une symbolique première pierre. Vétuste et étriqué, le marché de la ville va être rebâti, équipé d'un point d'eau et de latrines, et même électrifié.

"Ça nous fait plaisir que le marché évolue, parce qu'il n'y a pas assez de place pour tout le monde", approuve Issa Maïga, un commerçant de 54 ans, un oeil sur la cérémonie officielle, l'autre sur son étal de patates douces et d'oignons.

Sous le soleil écrasant, la ville, proche de la frontière nigérienne, semble fondue dans le désert. De l'étendue ocre rouge émergent des maisons de torchis, égayées de volets vert d'eau ou de terrasses dentelées. Nichés dans les acacias, des lambeaux de plastique noir prennent des airs de corbeaux.

"C'est bien de commencer par là, car le marché c'est le coeur de la ville", où s'échangent marchandises et nouvelles, observe le gouverneur, Daouda Maïga. D'autres chantiers doivent suivre dans la région: un abattoir et un marché à bétail - très attendus par des habitants qui vivent à 80% de l'élevage -, des centres de santé, des adductions d'eau.

- Etat absent -

Ces projets sont financés par l'Agence française de développement (AFD), qui concentre ses dons à l'Afrique notamment sur la bande sahélienne, de la Mauritanie au Tchad, avec un effort tout particulier pour le Mali. Parmi les autres acteurs européens, l'UE et l'agence de coopération allemande sont également très présentes dans la région.

"Dans les zones dégradées du Sahel, l'Etat est bien souvent absent ou fragilisé", explique Philippe Chedanne, directeur régional de l'AFD pour le Sahel, "on essaye de faciliter le financement et la mise en oeuvre d'activités simples et rapides, qui correspondent aux besoins des populations". Avec un objectif clé: empêcher les djihadistes de regagner le terrain repris par les militaires.

A Ménaka, située à 1.500 kilomètres de la capitale et longtemps délaissée par le pouvoir central, les besoins sont énormes. Sous l'afflux des déplacés, la population de la ville, devenue en 2016 capitale d'une des deux nouvelles régions administratives du Nord, a gonflé à quelque 30.000 habitants.

Mais la tâche est ardue pour les ONG chargées de conduire ces projets dans une région minée par l'insécurité. Seul du personnel local peut y travailler et les rares visites de bailleurs ou de journalistes étrangers se font sous stricte escorte militaire.

"La semaine dernière, il y a eu un mort toutes les nuits et plusieurs cambriolages. Tous les axes pour quitter Ménaka sont très dangereux, avec des coupeurs de route partout. Ils prennent tout, sinon ils tuent", déplore Mohamed Agali, chargé de projets de développement auprès des autorités transitoires régionales.

L'unique ambulance du seul hôpital de la région est garée tous les soirs dans l'enceinte du gouvernorat pour décourager les braqueurs, qui ont déjà volé la quasi totalité des motos du personnel de santé, rapporte un autre responsable régional.

Les fonctionnaires, rares salariés, sont des cibles de choix. Du coup, la plupart des enseignants ont quitté la région, plus de la moitié des écoles sont fermées.

- "Trop d'armes" -

Un juge a été nommé mais refuse pour l'instant de s'installer à Ménaka, inquiet pour sa sécurité. Policiers et gendarmes sont moins d'une cinquantaine, réduits à une quasi-impuissance. Pour être jugés et emprisonnés, les délinquants doivent être emmenés à Gao, à plus de 300 kilomètres.

"Il y a trop d'armes, même au marché les gens sont armés", soupire Bachar al-Moustafa, étendu sur une natte derrière un gros sac de tabac à chiquer qu'il vendait en cachette du temps de la mainmise djihadiste sur le Nord en 2012.

"Ce sont nos fils qui font du banditisme. La racine de tout ça, c'est le chômage", estime Adizatou Anaby, présidente de la CAFO (Coordination des associations de femmes et d'ONG) de Ménaka.

La ville est un concentré des maux du Mali. Tombée avec le reste du Nord sous la coupe d'une coalition entre la rébellion touareg et des groupes djihadistes, qui ont rapidement évincé les rebelles, elle a plusieurs fois changé de mains après l'intervention française de 2013.

Signataires d'un accord de paix en 2015 avec le gouvernement, ex-rebelles et groupes pro-Bamako s'en sont disputé le contrôle à plusieurs reprises. En raison des retards persistants dans l'application de l'accord qui prévoit leur intégration dans l'armée malienne ou leur démobilisation, leurs combattants attendent, l'arme au pied.

Et les tensions intra et inter-communautaires sont légion. Interrompant une réunion au gouvernorat, des hommes en colère lancent non loin de là quelques rafales d'avertissement, faisant bondir les forces de sécurité.

"Le désarmement c'est le noeud gordien", insiste le gouverneur, "pour arriver à une paix, il faut que les armes se taisent".

Avec AFP

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Des routes, des routes, des routes ! Le nord réclame la fin de l'isolement

Manifestations à Bamako, Mali, le 17 août 2016. (VOA/Kassim Traoré)

Ousmane Maïga, dit "Rougeot", faisait souvent l'aller-retour entre Gao, grande ville du nord du Mali, et Bamako. "Ça prenait 48 heures, parfois même seulement 24 heures". Mais depuis fin 2018, il ne prend plus la route: trop chère, trop longue, et surtout trop dangereuse.

Aujourd'hui, il faut "au moins cinq jours" pour relier les villes du nord à Bamako "et la route est tellement +gâtée+ que la plupart des gens passent par le Burkina et le Niger, où il faut payer les taxes en plus", souligne "Rougeot", un membre en vue de la société civile de Gao, où une soixantaine d'organisations ont appelé les habitants à observer mercredi une "journée ville morte" et un sit-in pour réclamer des routes.

Le seul goudron présent dans le nord, zone grande comme deux fois la Suède, est la RN 16, qui relie Gao à Sévaré, dans le centre. "C'est le parcours du combattant, il n'y a aucun véhicule qui roule à plus de 40 km/h, sinon 20 km/h, avec la poussière, la chaleur et maintenant l'insécurité", souligne l'activiste de 43 ans.

- Un affront pour le nord -

Aux attaques des jihadistes et des bandits, il faut ajouter les dégâts occasionnés par les intempéries, l'absence des services de l'Etat et, selon de nombreux Maliens, une corruption généralisée.

A l'autre bout du pays, dans la région de Kayes (sud-ouest), les habitants ont remporté fin août une victoire symbolique. Pendant plusieurs jours, ils ont bloqué le principal pont de la ville, interrompant le transit de milliers de camions vers le Sénégal, essentiel pour l'économie du pays, tandis que d'autres manifestants montaient des barrages à l'entrée de Bamako.

Après avoir effectué le trajet de Kayes en voiture, le Premier ministre Boubou Cissé a dégagé des moyens d'urgence et promis la reprise rapide des travaux.

Dans le nord, où le sentiment d'être délaissé par Bamako reste très présent, cet empressement a été ressenti comme un affront, d'autant plus qu'une rumeur, démentie par le gouvernement, affirmait qu'une entreprise chargée de la construction d'une route destinée à désenclaver Tombouctou avait été redirigée vers la région de Kayes.

Victoire pour les jeunes manifestants de Tombouctou
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A Tombouctou, cité historique classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, des centaines de jeunes bloquent depuis le weekend dernier l'accès à l'aéroport --pendant trois jours, ils ont également immobilisé la navette fluviale vers le centre et le sud du pays. Ils réclament eux aussi la construction de routes et un renforcement de la sécurité.

- Une route du temps des colons -

Les autorités de Bamako, dont des représentants doivent rencontrer mercredi les manifestants de Tombouctou, semblent hésiter entre la dénonciation d'un mouvement "abusif", l'appel à la compréhension et à la patience --"le gouvernement n'a pas les moyens de faire face à toutes les revendications"-- et les promesses que les travaux reprendront rapidement.

Cette semaine, le mouvement a fait tache d'huile. A Ménaka, dans le nord-est frontalier du Niger, au coeur d'une région où sévit le groupe jihadiste se faisant appeler "Etat islamique dans le Grand Sahara" (EIGS), les habitants ont manifesté pour réclamer "la fin des assassinats, des braquages, des tirs", ainsi qu'une nouvelle route.

"On nous a toujours dit que le financement de la route allait venir, mais jusqu'à présent il n'y a rien. Cette route date du temps des colons et n'est même pas bitumée", proteste Harouna Ibatane Yattara, membre du mouvement "Algafiat i Minika", "La paix pour Ménaka".

Selon les données officielles, sur les 21.681 km de routes recensés en 2018, seuls 7.156 km étaient goudronnées.

Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire, qui se poursuit actuellement. Cependant, les violences jihadistes ont persisté, puis se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

Routes au Mali : nouveaux engagements du gouvernement pour mettre fin aux protestations

L'état des routes entre Kayes et Koulikoro au Mali. (VOA/ Malick Konaté)

Le gouvernement malien a pris vendredi de nouveaux engagements pour mettre fin au rare mouvement de protestation suivi simultanément dans différentes villes par des habitants exaspérés par leurs conditions de vie et l'état de leurs routes.

Le cauchemar que représentent les déplacements sur des routes menacées par le jihadisme, le brigandage, les intempéries ou le délabrement est à l'origine d'une contestation qui a atteint ces derniers jours plusieurs villes d'un pays éprouvé depuis 2012 par les violences jihadistes et intercommunautaires.

Gao, la plus importante ville du nord, a été l'un des foyers de ce mécontentement.

Le gouvernement s'est engagé vendredi matin à commencer "dans six mois au plus tard" les travaux sur la route Gao-Sévaré (centre), axe primordial et dégradé vers l'ouest et la capitale Bamako, indique le texte d'un accord passé avec la plateforme portant la contestation.

Le gouvernement prend aussi l'engagement d'escorter à partir de lundi les bus empruntant cette route, théâtre d'attaques fréquentes, dit le texte de l'accord publié sur les réseaux sociaux. Il promet le retour des services de l'Etat à Gao.

Il avait déjà pris des engagements analogues cette semaine à Tombouctou, autre lieu de protestation.

En contrepartie, les protestataires promettent de "lever immédiatement toutes les restrictions sur les routes" et à Gao même.

Gao, ancien carrefour fluvial et commercial historique, a été durement affectée par la crise malienne des dernières années. Elle était tombée en 2012 aux mains d'un groupe armé indépendantiste, ensuite supplanté par des mouvements islamistes radicaux. L'opération militaire française Serval, lancée en janvier 2013, avait ensuite chassé les islamistes de la ville.

Levée du blocus de l'aéroport de Tombouctou

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