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Au moins 17 morts en 4 jours dans le Nord-Est au Nigeria

Des suspects ont avoué avoir fourni des fusils AK47 et d'autres armes et munitions à des groupes de la milice, des bandits armés et d'autres criminels dans les États de Taraba et Benue, 9 mai 2018.

Au moins 17 personnes ont été tuées lors de violences qui ont opposé pendant quatre jours des éleveurs peuls et des agriculteurs yandang dans le nord-est du Nigeria, indiquent des sources concordantes.

Les affrontements, qui ont éclaté le 5 juillet dans le district de Lau, dans l'Etat de Taraba, et ont duré quatre jours, ont fait 17 morts, selon la police.

"Un total de 17 personnes ont été tuées pendant les quatre jours de violences et plusieurs villages ont été brûlés", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police de l'Etat de Taraba, David Misal.

"Des détachements de policiers ont été dépêchés sur place et le 8 juillet, la situation était entièrement sous contrôle", a-t-il affirmé.

Mais selon des responsables de communautés peul et yandang, plus de 70 personnes ont été tuées et des milliers ont fui leur domicile.

"Nous avons perdu 23 personnes dans les attaques et plus de 3.000 d'entre nous ont été déplacés", a déclaré Sahabi Mahmoud, qui dirige le groupement des éleveurs, à la presse dans la capitale de l'Etat, Jalingo.

>> Lire aussi : Le bilan des attaques dans le Nord grimpe à 32 morts au Nigeria

Selon Aaron Artimas, un responsable de la communauté yandang, "plus de 50 agriculteurs ont été tués et 50 villages ont été brûlés".

"Plus de 2.000 personnes des villages touchés se sont réfugiés à l'école primaire centrale de Jalingo, tandis que quelques-unes sont dans d'autres villages", a indiqué M. Artimas. Il a accusé des milices de l'Etat voisin d'Adamawa d'être à l'origine des violences.

L'Adamawa a été le théâtre d'une série d'affrontements meurtriers entre éleveurs et agriculteurs dans un cycle de violences qui s'est intensifié ces derniers mois.

Six personnes ont été tuées lundi dans des affrontements entre éleveurs peuls et agriculteurs bachama dans les districts de Demsa et de Numan, dans l'Etat d'Adamawa.

Ces deux districts sont proches de celui de Lau.

La recrudescence de la violence dans l'ensemble du Nigeria a mis la pression sur le président Muhammadu Buhari, qui avait promis d'améliorer la sécurité dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Avec AFP

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Au Sénégal, la friperie, c'est chic et pas cher

Un grossiste transporte un sac de vêtements de seconde main à son stand du marché de Colobane, le plus grand marché de vêtements de seconde main de la capitale sénégalaise, le 25 juin 2019.

Sur le marché de Colobane, place tentaculaire au coeur de Dakar, les marchands de fripe négocient depuis l'aube au milieu de centaines de petites échoppes de "feugue-diaye", terme qui désigne en wolof les vêtements de seconde main importés par milliers de tonnes chaque année au Sénégal.

Les Etats-Unis sont en tête du classement mondial des exportateurs de fripes, avec plus de 756.000 tonnes en 2018. La France, en neuvième position, a exporté l'an passé 69.000 tonnes de vêtements usagés vers l'Afrique, son premier marché.

"Si tu veux des vêtements de marque pas chers, c'est ici qu'il faut venir", lance Mamadou Sarr, un grossiste de 23 ans qui dès cinq heures du matin défait sur son étal en bois des balles de vêtements recyclés. "Tout ça vient d'Angleterre", sourit-il en désignant une pile de jeans délavés.

Pour obtenir ces pantalons, vendus par petite balle de 45 kg, l'ancien vendeur ambulant a déboursé entre 50.000 et 70.000 francs CFA (entre 76 et 106 euros).

Mamadou Sarr, 23 ans, grossiste en vêtements d'occasion prépare son stand au marché de Colobane, le plus grand marché de vêtements d'occasion de la capitale sénégalaise, Dakar, le 25 juin 2019.
Mamadou Sarr, 23 ans, grossiste en vêtements d'occasion prépare son stand au marché de Colobane, le plus grand marché de vêtements d'occasion de la capitale sénégalaise, Dakar, le 25 juin 2019.

Les détaillants qui s'affairent parmi les quelque 300 tables des grossistes, invisibles de la rue, cherchent la perle rare, comme les maillots de football, très prisés par la jeunesse africaine.

"Le vendeur qui m'achète un T-shirt à 300 francs CFA (0,45 euro), il peut le revendre à 500, 700, 800 dans sa boutique", à l'autre bout du marché, déclare le jeune Sénégalais.

Après avoir payé les intermédiaires, les frais de douane et de transport, Mamadou et son grand frère peuvent gagner jusqu'à 450.000 francs CFA (environ 675 euros) "pour les meilleurs mois", soit plus de huit fois le salaire minimum sénégalais.

Vocation sociale

Au Sénégal, les grossistes s'approvisionnent notamment auprès du "Relais", qui leur fournit quelque 500 tonnes par an de vêtements triés en France.

Acteur majeur du secteur en France, cette entreprise à vocation sociale est également implantée depuis 2006 à Diamniadio, à une trentaine de kilomètres de la capitale, où ses 51 employés se chargent de trier de 200 à 250 tonnes de vêtement supplémentaires.

"Ce sont des balles de vêtements mélangés qui arrivent ici dans notre entrepôt", explique à l'AFP la numéro deux du groupe au Sénégal, Virginie Vyvermans.

Les pièces sont triées selon leurs catégories (robes, chemises, etc.), puis en fonction de leur qualité et de leur niveau d'usure. "Il y a des marchandises qui n'ont pas forcément de valeur, mais nous voulions créer de l'emploi avant tout", souligne Mme Vyvermans.

Une photo prise le 25 juin 2019 montre des ballots de vêtements de seconde main prêts à être envoyés à des grossistes au centre de recyclage de textiles de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal.
Une photo prise le 25 juin 2019 montre des ballots de vêtements de seconde main prêts à être envoyés à des grossistes au centre de recyclage de textiles de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal.

Les bénéfices sont investis dans des projets locaux de développement et dans les salaires des employés, majoritairement des femmes, toutes en CDI.

"Cela m'a permis d'inscrire mes enfants à l'école privée et d'acheter un terrain pour ma maison", explique l'une d'elles, Marie-Hélène Marome.

A l'ouverture du centre de tri du Relais, Aliou Diallo, un ancien épicier de 34 ans originaire de la ville voisine de Thiès, s'est reconverti.

"Pour moi, c'était une chance", explique le chef d'entreprise, qui emploie 30 personnes dans ses sept boutiques de Thiès et dans des entrepôts disséminés au Sénégal.

"On peut acheter des robes, des jeans, des T-shirts à bas prix, de grandes marques. Ils sont plus résistants que ceux de fabrication chinoise", commente Binta, 29 ans, une habituée, en fouillant parmi les tas de vêtements qui débordent de cartons entreposés à même le sol.

"Travail risqué"

Depuis les années 1980, "les tarifs douaniers ont été considérablement abaissés et les restrictions quantitatives supprimées, ce qui a ouvert la porte à des importations massives de friperie", souligne l'économiste Ahmadou Aly Mbaye, professeur à l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar.

Dans le même temps, les entreprises du secteur textile et de l'habillement "ont disparues du Sénégal et des autres pays de la sous-région", dit-il, en soulignant que s'il fallait relancer un secteur "dynamique" de la confection, "les importations massives de friperie seraient un obstacle total".

Surtout présents dans le secteur informel, les métiers du vêtement recyclé n'offrent pas que des avantages, relève encore l'économiste, en citant un "niveau de précarité élevé", des revenus "plus réduits que dans le secteur formel" et de plus grands risques d'accidents du travail.

Une pile de vêtements de seconde main au centre de recyclage du textile de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal, le 25 juin 2019
Une pile de vêtements de seconde main au centre de recyclage du textile de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal, le 25 juin 2019

Peuls au Nigeria: la guerre de la terre

Un groupe de bergers vendant des vaches attendent des clients au marché aux bestiaux de Kara à Lagos, au Nigéria, le 10 avril 2019.

"Poussez-vous !" Un épais nuage de poussière se soulève sous les cris et les coups de bâtons d'adolescents coiffés de chapeaux de paille: la foule s'écarte aussitôt, un nouveau cortège de bœufs aux cornes interminables se bouscule vers l'enclos. Agege Market, dans la capitale économique du Nigeria, Lagos, est le plus grand marché à bestiaux d'Afrique de l'Ouest.

A l'intérieur, des centaines, des milliers de têtes de bétail piétinent la boue et les sacs plastique sous une chaleur assommante. Il est 10H00 du matin, les acheteurs arrivent et les tractations vont pouvoir démarrer.

Jusqu'à 50 camions pleins sont déchargés ici tous les jours pour approvisionner Lagos, la bouillonnante mégalopole de 20 millions d'habitants. Le pays le plus peuplé du continent compte déjà près de 200 millions de bouches à nourrir. On en prévoit presque 400 millions d'ici 2050. Le marché de la viande rouge et des produits laitiers, en pleine expansion, accompagne ce boom démographique. Dans l'espace ouest-africain, on estime qu'un consommateur de bœuf sur deux est nigérian.

Des éleveurs Hausa-Fulani et des acheteurs de bétail attendent les transactions de bétail alors qu'ils étaient assis sur une clôture métallique au marché aux bestiaux de Kara à Lagos, au Nigeria, le 10 avril 2019.
Des éleveurs Hausa-Fulani et des acheteurs de bétail attendent les transactions de bétail alors qu'ils étaient assis sur une clôture métallique au marché aux bestiaux de Kara à Lagos, au Nigeria, le 10 avril 2019.

Certaines bêtes, épuisées par la route, affaiblies par les maladies, se sont effondrées à l'arrivée. Couchées sur le flanc, côtes saillantes, elles s'apprêtent à rendre l'âme dans l'indifférence générale. Celles-là ne valent plus grand-chose. Trop maigres. Les autres, la majorité, nourries aux grains et aux fourrages pour faire monter les enchères, affichent un poil luisant et des cuisses généreuses, signe de bonne santé.

Toutes ont parcouru des centaines de kilomètres, en marchant d'abord, puis dans de gros camions à bétail. Toutes finiront leur voyage à quelques mètres de là, dans les grands abattoirs de Lagos. Sur un parking crasseux, de petits fourgons réfrigérés attendent patiemment leur chargement.

Aisha Maila est une des rares femmes à se frayer un chemin dans cet immense capharnaüm, où l'air blanchâtre est saturé de l'odeur d'excréments des bêtes et de la sueur des hommes. La vieille dame marie sa fille dans quelques jours, et veut des festivités à la hauteur de l'évènement. Elle n'est pas bien riche, alors elle vient s'approvisionner à la source. Combien pour ce gros mâle blanc, là-bas ? "350.000" (nairas, soit près de 900 euros). "Trop cher". Elle se rabat sur une taille plus modeste, adaptée à son budget.

Nigeria : des ONG militent pour la fin des affrontements violents
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Le vrai business, celui qui rapporte, suit son cours à l'écart des particuliers. Vendeurs, grossistes, intermédiaires s'attroupent. Gambo Usman a déniché un bon client, représentant d'une boucherie, pour un lot de vaches Ambala venues du Tchad.

"Yauwa, yauwa" ("ok, ok"), répète-t-il en haoussa. Le téléphone vissé sur l’oreille, il négocie en liaison directe avec son patron, riche propriétaire resté à Kano, ville commerçante du grand nord nigérian. Gambo n'est qu'un commis. Deux fois par mois, il traverse le Nigeria en avion du nord au sud, sur près de 1.000 km entre Kano et Lagos, pour venir vendre les bêtes.

"La demande ne cesse de grossir et nous avons parfois du mal à y répondre. Ces derniers temps, il y a des pénuries à cause des violences avec les agriculteurs. Beaucoup de troupeaux ont été décimés là-haut", ajoute Gambo, jean déchiré, chaussé de bottes maculées de boue.

Evènements violents impliquant des Peuls depuis 2011, selon les données de l'ONG Acled.
Evènements violents impliquant des Peuls depuis 2011, selon les données de l'ONG Acled.

Champs saccagés et vol de bétail

C'est de "là-haut" que proviennent la majorité des bêtes destinées aux grandes villes du sud: aux confins du Niger, du Tchad et du Cameroun, le Sahel est le berceau d'une tradition millénaire, l'élevage transhumant essentiellement pratiqué par les Peuls, aujourd'hui confrontée à d'immenses défis. Il y a là en jeu un cheptel considérable: près de 20 millions de bovins, 40 millions d’ovins et 60 millions de caprins.

Chaque année à partir de novembre, lorsque débute la saison sèche, les éleveurs et leurs bêtes descendent en quête de nouveaux pâturages vers les plaines fertiles du centre, traversées par les fleuves Niger et Benoué.

Il y avait autrefois de la place pour tout le monde dans la "Middle Belt", la ceinture du milieu où se rencontrent un Nord à dominante musulmane et un Sud majoritairement chrétien: le lait s'échangeait contre des céréales, les résidus agricoles servaient à nourrir les troupeaux, et le crottin comme engrais pour les sols.

Des tensions pouvaient naître, surtout lorsqu'un troupeau saccageait des récoltes en pénétrant sur un champ cultivé. Cela dégénérait parfois en règlement de compte. Mais les puissantes chefferies traditionnelles, aujourd’hui reléguées à un rôle figuratif, pouvaient encore apaiser les esprits.

La baisse des précipitations et les sécheresses dans le nord, la sanglante insurrection jihadiste de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, le recul de certains parasites leur permettant d'accéder aux zones humides du centre… ont progressivement poussé les éleveurs peuls à s’aventurer plus au sud. Et à s'y installer, souvent de manière durable.

Avec la croissance démographique vertigineuse qui a accompagné le XXe siècle au Nigeria, l'expansion urbaine, industrielle et surtout agricole, la terre est devenue l'objet d'une compétition féroce. Peu à peu, les conflits à propos des saccages de récoltes, de pollutions de l’eau ou de vol de bétail se sont généralisés.

Le village d'Ang War Aku, où vivent des chrétiens de l'ethnie Adara, dans l'Etat de Kaduna (centre-nord), est au cœur de cette guerre larvée qui fait désormais plus de morts que Boko Haram. Depuis l'attaque du 8 avril, ce n'est plus qu'un champ de ruines.

Le troupeau des Fulani, Isa Ibrahim, âgé de 30 ans, se promène dans la brousse à la recherche de son bétail pendant le pâturage du matin dans la réserve de pâturage de Kachia, État de Kaduna, au Nigeria, le 16 avril 2019.
Le troupeau des Fulani, Isa Ibrahim, âgé de 30 ans, se promène dans la brousse à la recherche de son bétail pendant le pâturage du matin dans la réserve de pâturage de Kachia, État de Kaduna, au Nigeria, le 16 avril 2019.

Dans le silence pesant du dispensaire de campagne où ont été évacués les blessés, le corps immobile de Monica Gabriel est allongé sur un vieux matelas posé à même le sol, simplement recouvert d'un pagne rouge vif. Comme la couleur du sang qui a coulé et dont l'odeur est restée.

Une semaine après les tueries, la cultivatrice de 48 ans est encore sous le choc. Son visage s'est figé et elle n'a plus prononcé un seul mot.

Des balles se sont logées dans chacune de ses jambes. Son crâne rasé est traversé d'une immense balafre tandis qu'un bandage grossier recouvre son poignet gauche. Les hommes qui l'ont attaquée lui ont tranché la main à la machette.

Autour d'elle, deux infirmières combattent les mouches qui voudraient venir pondre sur les plaies. Si ce n'était le hoquet qui soulève sa poitrine à intervalles réguliers, on douterait que Monica soit encore de ce monde.

Déjà 7.000 morts

Vers 6h30, ce matin-là, elle préparait une bouillie de mil quand les tirs d'armes automatiques ont commencé à pleuvoir sur Ang Wan Aku.

"Quelqu'un a crié pour donner l'alerte, mais nous n'avons pas entendu. Ma mère a été tuée sur le pas de la porte. Ma femme a essayé de s'enfuir en courant, mais ils l'ont rattrapée", raconte d'une voix tremblante son mari Dauda, qui n'a pas quitté son chevet.

"Nous ne savons pas pourquoi ils nous ont attaqués, on ne leur avait rien fait".

Maison après maison, ils sont entrés, abattant hommes, femmes, enfants, vieillards qui se trouvaient sur leur chemin. En moins de deux heures, 27 personnes ont été massacrées, et 16 autres gravement blessées dans ce village de quelque 2.000 âmes.

Les survivants assurent que les assaillants sont "des Peuls". Ils les ont entendus parler leur langue, le fulfulde. Ils en sont certains : ils ont reconnu leur "peau claire" et leurs "traits émaciés".

Evolution des terres agricoles et des zones d'habitation entre 1975 et 2013, selon des données de l'USGS.
Evolution des terres agricoles et des zones d'habitation entre 1975 et 2013, selon des données de l'USGS.

S'agit-il de bandits de grand chemin, comme la région en compte tant ? D’éleveurs venus des hameaux environnants ou de contrées lointaines ? Est-ce là un acte de vengeance, un déchaînement de violences gratuit ?

La vérité est que bien souvent, personne ne sait qui a commencé, ni ce qu'il s'est vraiment passé. Il existe autant d'histoires que d’hommes dans ces régions reculées.

Certains racontent qu'une décision de justice tranchée en faveur des Adara sur un litige foncier, a déclenché la colère des Peuls. D'autres affirment qu’une dispute à propos d'une fille a dégénéré entre deux bandes de jeunes...

Seule certitude : la spirale infernale des violences n’en finit plus entre les deux communautés, à l’image de ce qui se passe dans toute la Middle Belt. Le conflit aurait fait 7.000 morts en cinq ans.

Les fermiers sédentaires – issus d’une multitude de minorités ethniques chrétiennes - brandissent leur statut d’"indigènes" pour étendre leurs plantations, sûrs de leurs droits coutumiers et ancestraux sur la terre. Ils y ont été encouragés par les politiques agricoles des gouvernements successifs soucieux de sortir le pays du tout pétrole.

Instrumentalisation politique

Mais, au fil des mois, les violences ont transformé la campagne en un no man's land: en parcourant les pistes en terre sur des dizaines de kilomètres, les villages adara saccagés succèdent aux hameaux peuls abandonnés.

A certains endroits, le feu qui a ravagé les maisons quelques jours plus tôt brûle encore, au milieu des carcasses de moto et des casseroles calcinées. Les amas de tôles sont tout ce qu'il reste des toits effondrés. Seuls les hurlements de chiens apeurés viennent briser le silence.

Les morts ont été enterrés à la hâte, sans cercueil ni sépulture, dans des fosses communes creusées par les villageois avant que les charognards ne viennent les dévorer. A Dogon Noma, où 71 personnes ont été tuées et 250 habitations incendiées mi-mars, les victimes ont été enfouies dix par dix sous ce qui ressemble à un gros champ de terre fraichement labourée.

Bien souvent, la police comme les secours arrivent tard, plusieurs jours après le drame. Les enquêtes piétinent, et l’impunité règne. De quoi nourrir les haines.

Mohammed Abubakar Bambado, le Sarkin Fulani de Lagos, est assis sur son trône alors qu'il présidait une assemblée avec des Fulani à la recherche de ses conseils dans son palais situé dans le district de Surulere à Lagos, au Nigéria, le 28 avril 2019.
Mohammed Abubakar Bambado, le Sarkin Fulani de Lagos, est assis sur son trône alors qu'il présidait une assemblée avec des Fulani à la recherche de ses conseils dans son palais situé dans le district de Surulere à Lagos, au Nigéria, le 28 avril 2019.

Le pasteur Yohanna Buru est attendu ce dimanche matin dans l’église évangéliste de Mararaban. Elle est remplie de déplacés venus recevoir l’onction suprême, et récupérer des sacs de vivres sous le regard bienveillant d’un immense christ sur sa croix.

"Faites confiance au Seigneur, seul lui peut vous sauver. Ne cherchez pas à vous venger, priez pour vos ennemis et le salut de leur âme", tonne au micro le quadragénaire aux grosses lunettes de soleil noires, en jean, chemise et baskets, qui porte rarement la soutane.

Regards étonnés, murmures dans les rangs.

Visiblement, ce n’est pas exactement ce que les fidèles étaient venus entendre. Ils se sont habitués aux discours vengeurs de leurs chefs coutumiers, de leurs responsables politiques, qui travaillent sans relâche à diviser les communautés sur une base ethnique et religieuse.

Quoi de plus pratique pour justifier la pauvreté galopante, la faim qui tenaille le ventre, le chômage, les frustrations ? Surtout en période électorale, comme en cette année 2019, où les Nigérians ont réélu Muhammadu Buhari à la tête de la première économie d’Afrique.

Carte superposant les frontières du califat de Sokoto à son apogée et celles des pays aujourd'hui.
Carte superposant les frontières du califat de Sokoto à son apogée et celles des pays aujourd'hui.

L'exil des Peuls

Le religieux insiste: "Peul n'est pas synonyme de terroriste". Dans sa maison située au cœur du quartier chrétien de Kaduna, où s'applique la charia, il invite les imams à célébrer Noël et Pâques à ses côtés et répète à qui veut l'entendre que "le dialogue reste la seule issue".

Sa voix est devenue célèbre dans toute la région. Elle résonne chaque dimanche sur les ondes de la radio locale Alheri, où il a désormais sa propre émission. "Je suis un faiseur de paix. Mais n'allez pas croire que ça plaise à tout le monde. J'ai reçu des menaces, des intimidations. On me demande pourquoi je parle avec les ennemis de la chrétienté".

"Ce n’est pas facile, mais il faut les comprendre", poursuit le pasteur. "Cette terre, c’est leur seule richesse, tout ce qu’ils savent faire, c’est la cultiver. Et si on leur enlève, ils n’ont plus rien".

Oyama Kwanaki est de ceux-là. De ceux qui ont tout perdu et qui ruminent en silence. Rencontré sur un lit d'hôpital, blessé par balle, c'est un costaud aux yeux sombres, animés par la rage. "Ce que j'ai vu cette nuit-là, je ne pourrai jamais l'oublier. Si mon chemin croise celui d’un Peul, il devra payer". Pour les autres ? "Je ne pourrai pas pardonner".

Le 16 avril 2019, Isa Ibrahim, berger des Fulani âgé de 30 ans, assiste à une prière dans une mosquée de la réserve de Kachia Grazing, dans l'État de Kaduna, au Nigeria.
Le 16 avril 2019, Isa Ibrahim, berger des Fulani âgé de 30 ans, assiste à une prière dans une mosquée de la réserve de Kachia Grazing, dans l'État de Kaduna, au Nigeria.

Les campagnes sont pleines désormais de ces jeunes, organisés en milices, armés de fusils artisanaux, parfois d'arcs et de flèches, pour, non plus traquer le gibier sauvage mais défendre leurs villages et prévenir de nouveaux pillages. Les Peuls, eux, "ont des AK47, alors il faut bien se défendre", argumente Oyama.

Ils ont beau s’être installés sur ces terres il y a plusieurs générations, les Peuls restent perçus comme des "envahisseurs": un peuple de 30 à 40 millions de personnes réparti sur une quinzaine de pays, du Sénégal à la Centrafrique. Un peuple méconnu et à part, qui se joue des lois comme des frontières. Et pour qui la préservation du troupeau aurait "plus de valeur qu’une vie humaine".

Le fait qu'ils soient eux aussi victimes de tueries à grande échelle, comme en février, lorsque 130 d'entre eux ont été massacrés dans le sud de l’Etat de Kaduna en une seule nuit, n'y change rien.

Prises au piège des violences, montrées du doigt et attaquées pour des crimes commis par d'autres, les familles peules ont plié bagages les unes après les autres, rassemblé leurs bêtes et pris le chemin de l’exil.

Pour les rencontrer, il faut s'enfoncer dans la savane boisée, à la limite de la région du Plateau, elle aussi touchée par le conflit entre agriculteurs et éleveurs. Dans la réserve pastorale de Kachia: un îlot de sécurité au milieu de terres brûlées.

Berger à temps partiel

Au bout d'une piste interminable, qui emprunte des ponts à moitié écroulés, le village aux cases rondes et aux maisons en torchis se profile dans une lumière jaune, aveuglante. Ici, les Peuls vivent entre eux, à quelques rares exceptions près.

Ils étaient 18.000 selon les dernières estimations, il y a quatre ans. Mais la réserve se peuple au fil des vagues successives de déplacés. "Il n’y avait rien ici quand on est arrivés, juste la brousse", explique d’un air las l’unique médecin à des kilomètres à la ronde, Idriss Jamo, qui regarde défiler les heures assis sur son tabouret. "Personne n’atterrit ici par choix".

Sauf lui: il y a quelques années, il est revenu de la capitale régionale, Kaduna, pour ouvrir sa clinique privée. Elle manque de tout, de matériel, de médicaments, mais les malades ont désormais au moins un médecin. Un vrai.

Un pasteur Fulani et son fils portant un turban attendent les transactions de bétail au marché aux bestiaux d'Illiea, dans l'État de Sokoto, au Nigéria, le 21 avril 2019.
Un pasteur Fulani et son fils portant un turban attendent les transactions de bétail au marché aux bestiaux d'Illiea, dans l'État de Sokoto, au Nigéria, le 21 avril 2019.

"Nous aurions pu rester en ville, avec tout le confort moderne. Mais mon père en a eu marre de voir les gens mourir du paludisme, les femmes enceintes perdre leur enfant avant d'atteindre l'hôpital", raconte sa fille aînée, Bilkisu, les yeux emplis de fierté et les cheveux soigneusement dissimulés sous un long hijab marron qui ne la quitte jamais. La jeune fille poursuit ses études de microbiologie dans la prestigieuse université de Zaria à 200 kms de là. "Je ne suis pas encore mariée à 24 ans, autant dire que je suis une extra-terrestre ici !".

Hormis les deux mosquées, où les cinq prières quotidiennes rythment la vie de la communauté, le marché et le terrain de foot, qui s'animent lorsque le mercure des 40 degrés commence à tomber, vers 18 heures, sont les seules distractions.

Le village n'a pas d'accès Internet. Pas de réseau téléphonique pour communiquer avec l'extérieur. Pas même d'électricité. Il faut débourser quelques nairas pour charger son portable dans un magasin alimenté au générateur.

Le 16 avril 2019, Isa Ibrahim, berger des Fulani âgé de 30 ans, pose pour un portrait devant sa maison dans la réserve de Kachia Grazing, dans l'État de Kaduna au Nigéria.
Le 16 avril 2019, Isa Ibrahim, berger des Fulani âgé de 30 ans, pose pour un portrait devant sa maison dans la réserve de Kachia Grazing, dans l'État de Kaduna au Nigéria.

Isa Ibrahim est berger, à temps partiel. Le reste du temps, il est chauffeur d'Okada. Ces motos chinoises bon marché, sont les seuls moyens pour les jeunes désœuvrés d'échapper à l’ennui. De s'échapper tout court.

Dès qu'il le peut, le trentenaire à la barbe en collier et au front tatoué en étoile, selon la coutume peule, laisse femme et enfants au village pour avaler sur sa moto les 20 km de piste qui le séparent de "Crossing". Là, il peut enfin téléphoner, écouter de la musique et surtout, jouer au billard, la principale attraction de ce bled en bordure du goudron.

Isa est né à quelques dizaines de km de là, dans un petit village nommé Madakyia, à une époque où la vie tournait encore entièrement autour du troupeau. Où le nombre de vaches dans l’enclos disait qui vous étiez, votre richesse, votre statut social.

"La vache est magique"

On était berger de père en fils dans son clan, celui des Kofoji. Enfant, il partait en transhumance avec les bêtes pendant plusieurs mois, avant de rentrer au village. Ils n’étaient plus tout à fait nomades comme l’étaient leurs aïeux (moins de 10% des éleveurs nigérians ont conservé ce mode de vie). Mais il a eu le temps de connaitre cette vie de campements sommaires et de feux de brousse. Une vie heureuse.

Puis en 2011, tout a volé en éclat. Les violences post-électorales qui ont suivi la présidentielle se sont vite transformées, dans la région de Kaduna, en règlements de comptes religieux, ethniques. Chrétiens contre musulmans, Peuls contre Atyap, Peuls contre Ninzom, Peuls contre Kaninkom... les villages ont brûlé les uns après les autres.

Quatre-vingt membres de son clan ont été massacrés en une nuit. De leurs 100 vaches, les deux tiers ont été abattues. Les moutons, rançonnés. Alors, la famille polygame, avec ses 15 enfants, s’est réfugiée comme tant d’autres dans la réserve.

"L'adaptation fut difficile. Nous avons commencé à cultiver la terre car le bétail avait beaucoup diminué. Nous ne pouvions plus compter là-dessus pour vivre", raconte Isa, qui s'est levé à l'aube pour aller traire ses bêtes, avant de commencer sa journée de taxi-moto au village.

Le berger des Fulani, âgé de 30 ans, Isa Ibrahim utilise son téléphone tout en jouant avec son fils Suleima Isa, âgé de 4 ans, devant son domicile dans la réserve de Kachia Grazing, État de Kaduna, au Nigeria, le 16 avril 2019.
Le berger des Fulani, âgé de 30 ans, Isa Ibrahim utilise son téléphone tout en jouant avec son fils Suleima Isa, âgé de 4 ans, devant son domicile dans la réserve de Kachia Grazing, État de Kaduna, au Nigeria, le 16 avril 2019.

Le lait tombe au compte-gouttes dans les calebasses. La récolte du jour est d'à peine deux litres, pas assez pour aller la vendre au marché. Accroupi sous une mère allaitante, son petit frère de 12 ans tente un bras de fer avec un tout jeune veau venu chercher son dû. Accrochés aux mamelles, le veau et l'enfant tètent avec avidité le précieux liquide blanc.

Quand un membre de la famille tombe malade, qu'on célèbre un mariage ou un baptême, alors la famille se résigne à vendre une vache: le troupeau est une sorte de "compte épargne" dans lequel on va puiser exceptionnellement.

"La vache est magique, plus magique que les fées !", disait l'écrivain peul Tierno Monénembo. "Elle apparaît, le désert refleurit. Elle mugit, le reg (un désert de pierres) s'adoucit. Elle s'ébroue, la caverne s'illumine. Elle nourrit, elle protège, elle guide. Elle trace le chemin. Elle ouvre les portes du destin".

Mais les temps sont durs, Isa est nostalgique. "Le troupeau n’est plus symbole de richesse, mais de survie", se désole-t-il. "Il est devenu impossible de faire 10 km en brousse sans traverser des champs, et on aura des problèmes avec les agriculteurs. Les routes de transhumance n'existent plus, tout est cultivé".

Pour moderniser l'élevage, sur les conseils de la Banque mondiale, le Grazing Reserve Act promettait, dès 1964, de convertir 10% du territoire national en pâturages avec des droits fonciers pour les éleveurs.

Les années de dictature militaire ont passé, et comme dans le cas de beaucoup d'autres projets, une infime fraction des réserves ont finalement vu le jour. Sur les 415 réserves prévues, une centaine ont été officiellement délimitées, et une vingtaine sont réellement occupées par les éleveurs. Le reste a été vendu, construit ou cultivé.

Face à l'ampleur qu'a pris le conflit pastoral ces dernières années, de plus en plus de voix s'élèvent pour que la loi s'applique enfin, avec l'espoir que les éleveurs se sédentarisent pour de bon, et que les violences cessent. La réserve de Kachia est censée être un modèle du genre.

Kalachnikovs et codéine

Pour Isa, désormais il est hors de question de sortir de la réserve. "Avec les vols de bétail, les bandits et les criminels rôdent partout. Nous n'allons jamais très loin avec les bêtes. Nous sommes pauvres, mais ici au moins, nous sommes en sécurité, et nos enfants vont à l'école".

Lui n'a pas eu cette chance. Il aurait voulu être vétérinaire. Mais la fuite et l'appauvrissement brutal de la famille l'ont empêché d’entrer au collège.

Des écoles primaires, la réserve en compte 21 (plus un collège), pour un total de près de 6.000 élèves. Toutes labélisées "écoles nomades", et imaginées par le gouvernement à la fin des années 80 afin de permettre aux enfants d'éleveurs d'accéder à l'éducation. Aujourd'hui, le constat reste amer: sur les 10 à 15 millions d'éleveurs que compte le Nigeria, plus de 3 millions nfants ne vont pas à l’école.

Même à Kachia, la réserve modèle des Peuls, les rêves 'écrasent contre les murs crépis des écoles. Les enfants s'entassent à plus de 120 dans es salles de classes, qui n’ont ni pupitres, ni bancs, ni cahiers.

Yusuf Abubakar a 16 ans. Il est en CM2, et ne parle toujours pas couramment anglais. Mais il ne désespère pas de devenir un jour gouverneur de Kaduna, pour "faire ce que les autres n'ont pas fait": "ramener la paix à mon peuple, construire des écoles et des hôpitaux".

Dans l'établissement le plus ancien, établi en 1990, quatre professeurs se répartissent 860 élèves. Ils courent d'une classe à l'autre pour leur faire faire leurs devoirs. Mais il y a les classiques qu'ils connaissent par cœur: ce matin-là, ils récitent, sans faute et en chanson, les capitales des 36 Etats du pays.

"Plus de 90% des jeunes de la réserve sont sans emploi. Ils végètent au village, certains fument de l'herbe ou prennent de la codéine", un sirop pour la toux devenue une drogue à la mode, assène, sans beaucoup d’optimisme le maitre d'école de 29 ans, Shitu Abdullahi. "Ils ne veulent plus s'occuper du bétail, mais ils n'ont pas de diplôme, pas de qualifications. Comment voulez-vous qu'ils s'en sortent ?"

Un groupe d'étudiants peuls fait la queue sur les terrains de l'école avant le début des cours de la journée à l'école nomade Wuro Fulbe de la réserve de Kacha Grazing pour peuple Peul, État de Kaduna, au Nigeria, le 19 avril 2019.
Un groupe d'étudiants peuls fait la queue sur les terrains de l'école avant le début des cours de la journée à l'école nomade Wuro Fulbe de la réserve de Kacha Grazing pour peuple Peul, État de Kaduna, au Nigeria, le 19 avril 2019.

Les statistiques n'existent pas, mais tous le reconnaissent: le taux de criminalité au sein de la jeunesse peule a explosé dans le nord du Nigeria. Dans l'Etat de Zamfara, devenu une zone de non-droit, vols de bétail à grande échelle et kidnappings contre rançon sont devenus la norme.

"Beaucoup de ceux qui avaient tout perdu lors d'attaques se sont à leur tour procurés des armes. Une kalachnikov coûte 30 à 40.000 nairas (autour de 100 euros)", explique Malam Mansur Isah Buhari, enseignant à l'Université de Sokoto. Les Peuls opèrent surtout comme petites mains, mais il y a énormément d'argent en jeu pour les chefs de gangs".

La spirale des violences est sans fin, n'épargne personne: "les criminels agissent sans discrimination, les Peuls attaquent des Peuls, qui cherchent à leur tour un moyen de survivre".

Les animaux volés sont chargés vivants sur des bétaillères, puis, ainsi "blanchis", en l’absence de système de traçabilité, ils s'insèrent sans grande difficulté dans le circuit formel de revente, passant à prix cassés de négociants à revendeurs... pour finalement rejoindre le grand marché de Lagos.

Mauritanie : une centaine "d'étrangers" arrêtés, internet coupé

L'opposition a dénoncé l'arrestation de dizaines de personnes à la suite d'incidents dimanche entre manifestants et policiers dans la capitale et à Nouadhibou (nord-ouest).

Une centaine "d'étrangers" ont été arrêtés en Mauritanie lors des manifestations qui ont éclaté après l'annonce de la victoire du candidat du pouvoir à la présidentielle de samedi, a annoncé mardi le ministre de l'Intérieur, alors qu'Internet était entièrement coupé depuis le milieu de l'après-midi.

Les ambassadeurs du Sénégal, du Mali et de la Gambie ont été convoqués dans l'après-midi par le ministre des Affaires étrangères, Ismael Ould Cheikh Ahmed, qui les a enjoints de demander à leurs ressortissants de "s'abstenir de participer aux manifestations et à tout ce qui perturbe l'ordre public en Mauritanie, a expliqué le chef de la diplomatie sur la télévision nationale.

Les quatre opposants en lice ont rejeté les résultats provisoires donnant la victoire au premier tour à l'ancien chef d'état-major Mohamed Cheikh El-Ghazouani, dauphin du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz.

Selon la Commission électorale nationale indépendante (Céni), M. Ghazouani a obtenu 52,01% des suffrages, devant le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid (18,58%), l'ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%), le journaliste Baba Hamidou Kane (8,71%) et le professeur d'université Mohamed Ould Moloud (2,44%).

Trois des opposants ont introduit mardi un recours en annulation devant le Conseil constitutionnel, tandis que le quatrième, Baba Hamidou Kane, a affirmé n'avoir pas encore pris de décision, disant à l'AFP "douter de l'intérêt d'une telle procédure devant une institution inféodée au pouvoir".

Le siège de campagne de M. Kane a été fermé par la police lundi et celui des trois autres candidats de l'opposition mardi, "sur ordre du gouvernement", a indiqué leur entourage à l'AFP.

"On ne peut comprendre cette décision des autorités alors que des recours sont en cours et que l'élection n'est pas terminée", a réagi M. Ould Mouloud.

L'opposition a dénoncé l'arrestation de dizaines de personnes à la suite d'incidents dimanche entre manifestants et policiers dans la capitale et à Nouadhibou (nord-ouest).

Lundi soir, des heurts ont éclaté entre policiers et militants de l'opposition aux abords du siège des partis de MM. Ould Abeid et Kane, où la police a effectué une descente musclée, selon l'opposition.

"Il y a une main étrangère qui est derrière ces événements", a affirmé le ministre de l'Intérieur, Ahmedou Ould Abdallah, à propos de ces contestations, évoquant un "plan de déstabilisation" du pays.

"Nous avons arrêté une centaine d'étrangers dont on ne peut expliquer la présence dans la contestation d'une élection dans un pays qui n'est pas le leur", a ajouté le ministre.

Il a affirmé que cette présence étrangère était "en relation avec certains candidats".

La société mauritanienne est marquée par des disparités entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes.

Biram Ould Dah Ould Abeid avait demandé lundi aux Mauritaniens de se "méfier des provocations des autorités", jugeant que le pouvoir avait l'habitude d'invoquer les risques de sédition "à chaque fois qu'il est en difficulté".

Depuis 15H00 (GMT et locales) environ, il était impossible de se connecter à Internet, d'accéder à ses emails ou d'utiliser les réseaux sociaux comme WhatsApp et Facebook, alors que l'internet mobile était inaccessible depuis dimanche après-midi.

Interrogé par des journalistes sur ces coupures, le ministre de l'Intérieur a semblé ironiser. "Vous n'avez pas d'autres moyens qu'internet pour travailler?" a-t-il répondu, sourire aux lèvres.

La France a salué mardi "le bon déroulement de l'élection présidentielle", intervenue "dans un climat pacifique", et "félicité" M. Ghazouani.

Avec AFP

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