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Le président Buhari sous pression suite aux violences au Nigeria


Le président Muhammadu Buhari lors de l’élection du président de son parti APC (All Progressives Congress) à Abudja, Nigeria, 24 juin 2018. (Twitter/ Muhammadu Buhari)

Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, subit de plus en plus de pression pour limoger les responsables de la sécurité du pays face à la montée des violences qui ont fait près de 2.000 morts depuis le début de l'année.

L'ancien général, âgé de 75 ans, a été élu en 2015 sur la promesse de mettre fin au conflit avec le groupe islamiste Boko Haram, qui dévaste le nord-est du pays depuis 2009.

Mais malgré des progrès notables réalisés contre les jihadistes, les troubles se sont intensifiés ailleurs dans le pays, notamment avec la résurgence d'affrontements intercommunautaires meurtriers entre agriculteurs et éleveurs, une hausse des kidnappings contre rançons ou des faits de banditisme criminels.

La semaine dernière, Amnesty International a déclaré que 1.813 personnes avaient été tuées dans 17 des 36 Etats du Nigeria depuis le début de l'année - plus du double des 894 morts de 2017.

Le 23 juin, plus de 200 agriculteurs chrétiens ont été tuées dans l'État central du Plateau, dans un cycle infernal de vengeances contre les éleveurs peuls.

Cette tragédie a eu l'effet d'un électrochoc au Nigeria à quelques mois de la présidentielle et ce conflit cristallise toutes les tensions.

"Les autorités ont la responsabilité de protéger les vies et les biens, mais elles ne font manifestement pas assez d'efforts pour faire face à ce qui se passe", a déclaré le directeur d'Amnesty au Nigeria, Osai Ojigho.

Quelques jours avant les tueries dans le Plateau, les parlementaires nigérians avaient appelé Buhari à améliorer la sécurité dans ce pays de 180 millions d'habitants, dont la moitié vit dans une extrême pauvreté.

L'Assemblée nationale, dont le président est l'ennemi juré du chef de l'Etat, avait déclaré "ne pas hésiter à (invoquer) ses pouvoirs constitutionnels si rien n'est fait" dans une menace à peine voilée de procédure de destitution.

La semaine dernière, M. Buhari a rencontré les présidents du Sénat et de la Chambre des représentants et indiqué qu'une révision de l'appareil de sécurité était en cours, mais rien n'a été annoncé.

L'armée nigériane peine à mettre fin au conflit de Boko Haram, et est déployée aux quatre coins du pays dans de nombreuses opérations menées pour maintenir une paix fragile.

Les forces de sécurité sont régulièrement accusées d'inefficacité ou d'exactions, mais aussi d'être à la botte de l'exécutif ou, au contraire, de lui échapper selon des agendas politiques locaux ou fédéraux.

"Le président doit limoger immédiatement les hauts gradés. Le Nigeria a besoin de sang neuf parce que les dirigeants ont échoué", explique l'analyste nigérian Don Okereke, spécialiste des questions de sécurité.

"C'est embarrassant de continuer à les garder au pouvoir s'ils ne parviennent pas à ramener la paix", a déclaré à l'AFP cet ancien officier de l'armée nigériane.

L'inspecteur général de la police Ibrahim Idris en particulier a été sous le feu des critiques, après les tueries dans l'Etat de Benue (centre), qui avaient fait des dizaines de morts au début de l'année.

Abuja lui avait demandé de s'y rendre et d'y déployer ses forces, ce qu'il a refusé de faire, sans qu'aucune sanction ait été prise à son encontre.

"L'homme occupe toujours son poste, sans aucune conséquence. Ce genre de comportement et d'impunité ne peut se produire qu'au Nigeria", estime M. Okereke.

En réalité, en plus de l'influence politique, les questions identitaires et communautaires ne sont jamais loin au Nigeria.

Le pays compte quelque 200 groupes ethniques, et est presque également divisé entre un Nord essentiellement musulman et un Sud à prédominance chrétienne.

Pendant la campagne électorale qui a porté Buhari au pouvoir, ses opposants n'avaient pas hésité à jouer la carte religieuse, affirmant que ce politicien du Nord voulait "islamiser" le pays.

Cette accusation resurgit alors que le chef de l'Etat a annoncé vouloir se représenter à sa propre succession pour l'élection de février 2019.

Mais le président Buhari a donné raison à ses détracteurs à son arrivée au pouvoir en 2015, ne s'entourant que de proches du Nord, d'origine Haoussa, notamment aux postes clé de la défense et des renseignements.

Pour Yinka Odumakin, représentant de la société civile Yoruba (ethnie du Sud-Ouest), "il n'est pas normal que dans une nation multiethnique comme le Nigeria, sur les 17 hauts responsables de la sécurité, 15 soient originaires de la même région". C'est contraire à la Constitution du pays, souligne-t-il.

Avec AFP

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