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Au Maroc, faux dentistes mais vrais charlatans

Une pancarte devant le cabinet d’un dentiste au Maroc, 26 juin 2016. (Facebook/Dentiste au Maroc)

Au Maroc, la blouse blanche ne fait pas le médecin: arracheurs de dents, pseudo "dentistes" et autres "professionnels" de la santé non formés soignent dans l'illégalité des populations souvent déshéritées, avec des conséquences parfois dramatiques.

"Tout est question de savoir-faire. Le mien, je l'ai hérité de mon père", s'enorgueillit Hamid, moustache fine et dents jaunies d'une épaisse couche de tartre.

L'homme brandit sa pince universelle au milieu du joyeux tumulte du souk dominical de Béni Yakhlef, une commune rurale à une trentaine de kilomètres de Casablanca.

Sous un parasol en fin de vie, assis sur des tabourets en plastique frappés du logo d'une célèbre marque de soda, une dizaine de patients attendent patiemment leur tour.

Hamid arrose son matériel d'eau de javel, place sa pince dans la bouche d'une femme en djellaba. Et d'un coup habile mais inattendu lui arrache un vieux chicot.

La patiente grimace, crache son sang. Le fils et assistant de Hamid, dix ans, s'empresse de lui chercher du coton et de l'aspirine dans le coffre d'une antique berline allemande, qui sert à la famille de cabinet dentaire mobile.

"Mon père faisait ce métier, mon fils est en train de l'apprendre, ce n'est pas facile", enchaîne-t-il devant une petite caisse en bois remplie de plusieurs centaines de dents arrachées, gage de sa solide expérience acquise au fil des ans.

"Grâce à Dieu, beaucoup de gens viennent chez nous. Nous soignons les gens pauvres. On arrache la dent moyennant 40 ou 50 dirhams (4 à 5 euros), contre au moins 200 chez un médecin", poursuit-il.

- Enfant décédé -

Le phénomène clandestin d'arrachage de dent reste marginal. Mais il est l'arbre qui cache la forêt: au Maroc, quelque 3.500 faux "dentistes" exercent illégalement le métier dans des cabinets, en ville comme à la campagne, selon des chiffres officiels.

Ce sont principalement des "prothésistes dentaires qui s'improvisent dentistes", plus rarement des "assistants qui ont appris sur le tas le b.a.-ba du métier ou des femmes de ménage qui ont travaillé dans des cabinets dentaires", explique Lahcen Brighet, chirurgien-dentiste basé à Casablanca et consultant pour l'Ordre national des médecins dentistes.

Ces "intrus de la profession" pratiquent toutes sortes d'interventions: extractions, détartrage, dévitalisation. Et font courir aux patients des risques d'infection, de fracture de la mâchoire, de transmission de l'hépatite B ou C...

Un garçon de 12 ans est mort suite à "une intoxication aiguë d'origine bactérienne du sang, suivie d'une hémorragie, après extraction d'une dent chez un prothésiste dentaire qui exerçait sous le nom d'un dentiste" à Oued Laou (nord)", rapportait ainsi l'Ordre national des médecins dentistes fin août.

"La médecine dentaire au Maroc obéit à des normes, des lois, des règles. Le charlatanisme n'obéit à aucune règle. C'est comme mettre une robe noire sans être avocat et aller plaider devant le juge", soutient Lahcen Brighet.

La loi marocaine est pourtant formelle: nul n'est autorisé à exercer la profession s'il n'est pas diplômé et inscrit au tableau de l'Ordre. "Mais les autorités ferment les yeux. Elles sont au courant et ne font rien", accuse-t-il.

Pour se défendre, les prothésistes brandissent comme argument leur "légitimité historique" et accusent les dentistes de vouloir "s'accaparer tout le gâteau".

Abdelfateh Benamr, prothésiste basé à la médina de Rabat, explique ainsi avoir "appris la profession auprès de son père" et débuté sa carrière en 1978 "avant l'ouverture de la première faculté de médecine dentaire (en 1981 à Casablanca, ndlr) et l'arrivée des dentistes".

Avec la création d'un cursus dédié et à mesure que les dentistes diplômés sont arrivés sur le marché, de nombreux prothésistes marocains se sont retrouvés exclus d'une activité qu'ils exerçaient pourtant auparavant.

"Nous sommes 30.000 prothésistes aujourd'hui" sur un secteur restreint, "c'est un gros problème", argumente Abdelfateh Benamr.

-'Troisième secteur'-

Fatima, une femme au foyer d'une cinquantaine d'années, souffre d'une infection dentaire après un passage chez un faux dentiste, ce qui l'a poussée à en consulter un "vrai". "Je pensais faire des économies. Me voilà en train de payer le double!", se lamente-t-elle. "C'est la dernière fois que je me fais charcuter par un charlatan!"

La médecine dentaire n'est pas la seule discipline médicale concernée, même si elle est manifestement la plus touchée.

Rachid Choukri, président de la Fédération des médecins généralistes privés du Maroc, affirme que les "charlatans pullulent dans les villes. Ils ont pignon sur rue, soignent beaucoup de pathologies, prescrivent des ordonnances, demandent des analyses. Dieu sait ce qu'ils donnent comme produits aux gens. C'est dramatique!"

"Ils n'ont pas suivi de formation. Et quand c'est le cas, ce n'est pas pour être médecin. Des diététiciens s'affichent docteur, des sages-femmes s'improvisent gynécologue-obstétricien (...) C'est ce qu'on appelle le troisième secteur", une zone grise en marge des secteurs public et privé, étaye-t-il.

Il n'existe aucune donnée statistique mais les professionnels du secteur médical estiment qu'il y aurait plusieurs milliers de praticiens illégaux.

"L'État en est conscient mais ne fait rien pour arrêter ça. Car il faudrait leur trouver un job, les recaser", dit Rachid Choukri.

Publiquement, le ministère de la Santé condamne ces agissements. Mais sollicité par l'AFP, il n'a pas exposé les mesures prises ou envisagées pour lutter contre ce phénomène.

Avec AFP

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Un groupe armé attaque un village dans l'ouest

La mairie d’Alindao, à 400 km au sud-est de Bangui, Centrafrique, 29 novembre 2018. (VOA/ Felix Yepassis-Zembrou)

Des éléments du groupe armé Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) ont attaqué lundi le village de Lokoti, dans l'ouest du pays, où ils ont incendié des véhicules et pris en otage onze personnes, a appris mercredi l'AFP de la gendarmerie locale.

"Ils sont entrés dans le village, ont incendié deux camions ainsi qu'une moto", a indiqué à l'AFP une source à la gendarmerie de Bouar, ville située à environ 70 km de Lokoti.

Onze personnes ont été prises en otage par les éléments du FDPC, les autres villageois ont réussi à prendre la fuite, a précisé cette source.

"Les casques bleus sont dans une phase d'action et de recherche dans la zone", a indiqué mercredi à la presse le porte-parole de la MINUSCA (mission des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique) Vladimir Monteiro.

Début avril, une opération militaire avait été lancée par la Minusca dans la zone contre ce groupe implanté localement, mais sans influence nationale.

L'ONU reprochait au groupe armé d'avoir érigé des barricades sur la route nationale 1, la seule permettant d'approvisionner Bangui depuis le Cameroun, et volé une dizaine de pick-up.

Le Premier ministre centrafricain, Firmin Ngrebada, avait alors "appelé à la raison" le FPDC. " (Nous) n'avons pas signé un accord de paix pour revenir à la guerre", avait-il déclaré.

Après la signature d'un accord de paix début février entre Bangui et 14 groupes armés, dont le FDPC, ce dernier avait érigé des barricades en signe de mécontentement vis-à-vis des autorités qui, selon lui, n'avaient "pas respecté" l'accord dans la formation du gouvernement.

Un nouveau round de négociations avait eu lieu mi-mars en Ethiopie, et un nouveau gouvernement avait été nommé le 22 mars.

Si le leader du groupe, Abdoulaye Miskine, avait décliné le poste ministériel qui lui était destiné, l'un de ses proches avait été nommé "conseiller spécial" à la Primature et l'autre préfet de la Nana-Mambéré, région de l'ouest.

L'accord de Khartoum, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'Union africaine, est le huitième signé depuis le début de la crise marquée par le renversement en mars 2013 du président François Bozizé.

Riche en ressources naturelles, la Centrafrique est déchirée par la guerre, qui a forcé près d'un quart des 4,5 millions d'habitants à fuir leur domicile.

Ghassan Salamé espère une avancée dans ses contacts avec les belligérants lybiens

Le nouvel émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, à gauche, lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre du gouvernement libyen de l’accord national (GNA) Fayej Seraj, et ministre des affaires étrangères Taher Siala à Tripoli, L

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé, a dit mercredi à Rome espérer que les contacts qu'il a pu avoir avec les belligérants sur le terrain "portent leurs fruits" avant le ramadan.

"J'espère que les contacts que nous avons rétablis avec les deux belligérants puissent porter leurs fruits avant le début du ramadan", a déclaré M. Salamé lors d'un point de presse à l'issue d'une rencontre avec le ministre italien des Affaires étrangères Enzo Moavero Milanesi.

Le ramadan, période de jeûne pour les musulmans, débute cette année le 5 mai au soir.

M. Salamé n'a pas caché les difficultés qu'il reste à résoudre avant que le processus de stabilisation de ce pays en proie au chaos depuis 2011 puisse reprendre avec quelque chance de réussite.

Tout était prêt pour la conférence nationale, prévue mi-avril et censée préparer le terrain à des élections en Libye, avant que le maréchal Khalifa Haftar ne lance son offensive contre la capitale Tripoli, a affirmé l'envoyé de l'Onu.

Elle est aujourd'hui en suspens, mais pas annulée, a-t-il ajouté, précisant toutefois qu'il fallait aussi "un fort soutien de la part de la communauté internationale". Or, a-t-il déploré, celle-ci est divisée, notamment au niveau du Conseil de sécurité de l'Onu, qui n'est pas parvenu à se mettre d'accord sur un projet de résolution sur la Libye.

Sur le terrain, les combats s'enlisaient près de trois semaines après le début de l'offensive de Khalifa Haftar contre Tripoli, siège du gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Production record de coton de plus de 700.000 tonnes

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51 morts dans des inondations en Afrique du Sud

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Au Soudan, les militaires veulent négocier avec les leaders de la contestation

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