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Le désenchantement gagne du terrain face à une transition difficile et militarisée

Un homme tient une pancarte indiquant "Vive l'armée" pendant un rassemblement à Bamako, le 8 septembre 2020, suite à un appel du MP4 pour soutenir l'armée dans la phase de transition du Mali après le renversement du président par les militaires. (Photo Michelle Cattani/ AFP)

L'espoir placé dans les putschistes maliens pour ramener les civils au pouvoir et prendre d'immenses défis à bras le corps après des années de dégradation fait peu à peu place au désenchantement devant la militarisation de la transition et la lenteur des progrès accomplis.

Les Maliens ont d'abord salué dans le putsch du 18 août les prémices d'un "Mali nouveau" les éloignant de la violence jihadiste et communautaire, et d'une profonde crise économique, sociale et politique.

Quatre mois plus tard, "il semblerait que cela soit de la manipulation", dit Boubacar Diawara, docteur en droit public et spécialiste des questions de gouvernance.

Les partis, vite évincés des prises de décisions, ont à la quasi unanimité dénoncé les méthodes des militaires qui, eux, gagnent de plus en plus en influence.

Le Mali est "un pays fragile construit comme un château de cartes", dit M. Diawara, "la junte avait la possibilité d'en consolider les bases, mais ils ne l'ont pas fait".

Les pratiques qui ont eu raison de l'ancien pouvoir déchu, comme le népotisme ou l'immobilisme, ainsi que les réalités n'ont pas radicalement changé pour l'heure.

Les hôpitaux sont débordés par les cas de Covid-19, et une gronde sociale monte avec une grève illimitée de certains services publics. Sur le terrain, les attaques jihadistes sont moins nombreuses, mais il est difficile d'y voir un lien direct avec les changements à Bamako.

Dernièrement, c'est la création du Conseil national de transition qui a fait polémique. Le CNT tient lieu de Parlement pendant les 18 mois qu'est censée durer la période transitoire précédant le retour de civils élus au pouvoir.

Echec programmé

Les facteurs de nomination de ses 121 membres, et même l'identité réelle de certains d'entre eux demeurent obscurs. D'autres ont été nommés sans avoir postulé.

L'exemple du cinéaste Boubacar Sidibé est parlant: il s'est porté candidat et a été retenu puisque son nom figurait dans les fichiers avec sa date de naissance et sa profession. Mais quand il s'est assis sur son siège lors de la session inaugurale, un homonyme s'est présenté, a indiqué que le siège 101 était pour "le quota des militaires", et le cinéaste a été remercié.

"On est en train de remettre sur la table les mêmes irrégularités procédurales que celles qu'on dénonçait avant", pense Abdourhamane Ben Mamata Touré, ancien directeur de la formation à l'Ecole nationale d'administration.

L'avocat est désabusé: "On a programmé en amont l'échec des réformes qu'on veut engager. Le principe le plus fondamental est la confiance, et nous avons déjà trébuché dessus".

Les militaires ont promis de rendre le pouvoir aux civils, mais la place qu'ils se sont arrogée dans l'appareil de transition laisse ouverte la question de leurs motivations.

Parmi les chefs du putsch, une puissante vice-présidence a été taillée sur mesure pour le colonel Assimi Goïta; le colonel Malick Diaw a été promu président du CNT, tandis que le colonel Sadio Camara et le colonel-major Ismaël Wagué ont pris les stratégiques ministères de la Défense et de la Réconciliation.

Sur les 20 gouverneurs du pays, 13 sont désormais militaires après un train de nominations en novembre.

Certes, le président de transition Bah N'Daw et son Premier ministre Moctar Ouane restent des civils.

Mais la mystérieuse disparition médiatique du premier pendant plusieurs jours a nourri les questionnements sur leur réelle marge de manoeuvre. "Aujourd'hui, c'est Goïta qui fait tous les choix, Bah N'Daw est là pour signer les décrets et c'est tout", estime le chercheur Diawara.

Pour Mamadou Ismaila Konaté, ancien ministre de la Justice, ceux qui crient à la militarisation "ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes: on a laissé Assimi Goïta désigner le président, le Premier ministre, les trois quarts du gouvernement, la quasi-totalité du CNT".

"Même la Reine d'Angleterre et le Pape ne sont pas capables de désigner autant de personnalités de l'Etat", ajoute-il.

Un diplomate occidental nuance: "Ceux qui dénoncent la militarisation à outrance oublient que la transition est militaire depuis le début, et que ça ne dérangeait pas grand-monde". Un autre abonde: "il y a des possibilités de réformes, il faut en profiter!"

En dehors des Etats-Unis, qui ont suspendu toute assistance militaire le temps de la transition, les autres partenaires du Mali ont pris acte de la situation. Beaucoup plaident la nécessité du pragmatisme.

Face à la presse, le Premier ministre a voulu rassurer: son gouvernement est "à pied d'oeuvre pour donner du sens à cette transition" durant laquelle les réformes doivent paver la route à des élections début 2022.

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Neuf soldats tués et des dizaines blessés dans le centre du Mali

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Neuf militaires maliens tués dans le centre du pays

Un engin blindé est garé devant la base militaire française à l'aéroport malien de Gao, le 9 mars 2013.

Au moins neuf militaires maliens ont été tués jeudi soir dans une attaque contre la gendarmerie dans le centre du Mali, où sévissent des groupes jihadistes, a indiqué vendredi une source militaire, alors que de premiers bilans faisaient état de huit gendarmes tués.

"Le nouveau bilan est de neuf morts dans nos rangs", a dit à l'AFP cette source militaire ayant requis l'anonymat.

Une source militaire avait indiqué auparavant qu'il y avait "eu une attaque contre le détachement de la gendarmerie de Bandiagara par les individus armés non identifiés" entre 21H00 et 22H00 jeudi. "Le bilan provisoire est de huit morts et neuf blessés, dont cinq graves", avait-elle précisé.

L'attaque a visé un petit bâtiment abritant l'escadron de la gendarmerie à la sortie de la ville, sur la route de Bankass, selon cette source. Un autre responsable sécuritaire a pour sa part évoqué une attaque "simultanée" contre trois positions de la gendarmerie à Bandiagara.

"Les coups de feu ont duré (une partie) de la nuit", a déclaré à l'AFP un élu de Bandiagara.

Selon le porte-parole d'un collectif d'associations du pays dogon, Adama Dionko, "les échanges de tirs ont duré parce que les assaillants étaient en nombre important". Il a aussi évoqué des "dégâts matériels considérables".

Depuis 2012 et le déclenchement de rébellions, indépendantiste puis jihadiste, dans le nord, le Mali est plongé dans une tourmente multiforme qui a fait des milliers de morts, civils et combattants, et des centaines de milliers de déplacés, malgré le soutien de la communauté internationale et l'intervention de forces de l'ONU, africaines et françaises.

Les violences se sont propagées vers le centre du pays, qui en est devenu un des principaux foyers, et vers le Burkina Faso et le Niger voisins.

Les groupes armés apparus en 2015 dans le centre du Mali ont prospéré sur les anciens antagonismes liés à la terre, entre éleveurs et agriculteurs et entre ethnies peul, bambara et dogon. Ils attaquent tout ce qui reste de représentation de l'Etat et fomentent ou attisent ces tensions. Des "groupes d'autodéfense" communautaires sont également accusés d'exactions.

L'ONU accuse des Maliens d'avoir violé ses sanctions

Cérémonie de signature du cessez-le-feu entre l'ex-rébellion à dominante touareg dans le nord du Mali et les groupes armés soutenant le gouvernement à Bamako, Mali, 20 septembre 2017. (Facebppk/Azawad)

Des sanctions individuelles imposées par l'ONU à des Maliens accusés d'entraver le processus de paix au Mali ont fait l'objet de violations en 2020, indiquent dans un rapport publié jeudi les experts indépendants chargés de leur application, en regrettant des entraves onusiennes à leur travail.

"Le groupe d'experts a reçu des informations selon lesquelles des personnes inscrites sur la liste relative aux sanctions imposées par la résolution 2374 auraient continué de se déplacer pendant la période considérée, en violation de l'interdiction de voyager", indique leur document.

Les experts évoquent notamment un voyage en octobre en Mauritanie de Mohamed Ould Mataly, qui figure parmi les personnes sanctionnées par l'ONU. Ils précisent avoir rappelé aux autorités mauritaniennes qu'elles sont tenues de demander une dérogation avant d'accepter de telles personnes sur leur sol.

Le groupe d'experts a aussi demandé des éclaircissements aux autorités maliennes sur des fonds versés par l'Etat malien à huit personnes, frappées de gels d'avoirs suite à leur inscription sur la liste des sanctions, qui "sont restés sans réponse".

Le rapport cite notamment le cas de Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, secrétaire général de la Coalition du peuple de l'Azawad, qui a été nommé membre du Conseil national de transition au Mali début décembre. Ce responsable avait été placé sur la liste de sanctions de l'ONU en décembre 2018 pour avoir pris des mesures faisant obstacle à la mise en oeuvre de l'accord de paix au Mali de 2015.

Les experts disent par ailleurs regretter les obstacles qui ont été opposés à leur travail par l'ONU. Depuis leur nomination en octobre 2020, ils indiquent n'avoir pas été en mesure de se rendre au Mali ni ailleurs.

En particulier, ils précisent n'avoir pu se rendre dans plusieurs capitales européennes "en raison de (leur) nomination tardive par le secrétaire général" de l'ONU, Antonio Guterres. Ils ajoutent que la mission de paix onusienne Minusma "a refusé" aux experts de réduire de 14 à 7 jours la quarantaine qu'elle s'est imposée elle-même au Mali ou de leur accorder une exemption.

Entre octobre et décembre, leur voyage au Mali a dû être reporté à trois reprises pour finalement être annulé au dernier moment, précise leur rapport.

VOA60 Afrique du 25 février 2021

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