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Égypte

Au Caire, les enfants des rues victimes collatérales de la pandémie

Un travailleur social montre à un enfant sans-abri comment utiliser un masque, dans une unité mobile gérée par les autorités égyptiennes dans le cadre du programme "Enfants sans domicile", au Caire, le 22 juin 2020. (Khaled Desouki/AFP)

En Egypte, pays de 100 millions d'habitants où près d'un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, les enfants des rues occupent le bas de l'échelle sociale et sont exposés à des violences verbales, physiques et sexuelles.

Mère adolescente et vendeuse de mouchoirs sur un coin de trottoir cairote, Zeinab est partagée quant aux effets de la pandémie de coronavirus sur sa situation et celle des milliers d'autres enfants des rues.

"Les gens nous agressent moins parce qu'ils ont peur (d'être contaminés), mais on a moins de travail et moins d'argent", résume la jeune femme, rencontrée dans un véhicule refuge pour les démunis à Abbassiya (est du Caire), tout en surveillant du coin de l'oeil son bambin d'un an.

La maladie progresse dans le pays avec quelque 900 nouvelles infections quotidiennes. Au total, le bilan sanitaire s'élève à près de 84.000 infections dont plus de 4.000 décès.

Un enfant sans abri est pris en charge à l'intérieur d'une des unités mobiles gérées par les autorités égyptiennes et utilisé dans le cadre du programme social "Enfants sans domicile", dans le quartier de l'Abbasia au Caire, le 22 juin 2020.
Un enfant sans abri est pris en charge à l'intérieur d'une des unités mobiles gérées par les autorités égyptiennes et utilisé dans le cadre du programme social "Enfants sans domicile", dans le quartier de l'Abbasia au Caire, le 22 juin 2020.

Stigmatisés et isolés

Jour et nuit, ces enfants ramassent les ordures, travaillent dans des parkings ou mendient quelques pièces en échange de mouchoirs en papier.

Certains vivent sous un toit familial dans les quartiers défavorisés de la capitale, d'autres sont sans-abri, en rupture avec leurs proches. En revanche, beaucoup sont scolarisés, selon la chercheuse Mariam Hichem.

Stigmatisés, "ils sont isolés, la population les évite (...) et leurs revenus ont diminué", affirme Youssef Bastawrous, un responsable de l'ONG Samusocial International.

En 2014, les autorités les évaluaient à environ 16.000 dans le pays, une "sous-estimation" de leur nombre réel, selon Jonathan Crickx, responsable de la communication au bureau local du Fonds de l'ONU pour l'enfance (Unicef).

Souvent issus de plusieurs générations d'enfants des rues, la plupart d'entre eux sont absents des registres de l'état civil, ce qui rend les statistiques parcellaires.

Un travailleur social pulvérise du désinfectant sur la blessure d'un enfant sans-abri à l'intérieur de l'une des unités mobiles gérées par les autorités égyptiennes et utilisé dans le cadre du programme social "Enfants sans domicile", le 22 juin 2020.
Un travailleur social pulvérise du désinfectant sur la blessure d'un enfant sans-abri à l'intérieur de l'une des unités mobiles gérées par les autorités égyptiennes et utilisé dans le cadre du programme social "Enfants sans domicile", le 22 juin 2020.

Doté de 17 unités mobiles qui vont à leur rencontre, le programme national "Atfal bala ma'wa" ("Enfants sans abri"), lancé en 2016, vise à les "intégrer" et à "leur faire abandonner les comportements de la rue", explique Mohamed Chaker, responsable au ministère de la Solidarité sociale.

Venu se changer les idées et prendre une collation, Karim, qui affirme avoir 12 ans, est un habitué du véhicule refuge d'Abbassiya.

"Je viens ici pour jouer. (...) L'école me manque. Depuis qu'elle a fermé, j'ai tout oublié. Avant, j'apprenais à lire et à compter", regrette le petit garçon chétif, qui dort dans un parc du quartier et gagne son pain en nettoyant des pare-brises de voitures.

Fin mars, les établissements scolaires égyptiens ont fermé, pour lutter contre le virus.

Par ailleurs, la pandémie a affecté l'aide humanitaire proposée à ces enfants. Et la récession économique a engendré une "baisse du financement" des associations, selon l'Unicef.

Contraints de limiter leurs activités nocturnes notamment durant le couvre-feu en vigueur entre mars et juin, les ONG et le ministère ont mis l'accent sur leurs services médicaux.

Quotidien bouleversé

"Nous les sensibilisons aux enjeux sanitaires, nous distribuons des masques et leur expliquons comment se laver les mains", a ajouté M. Bestawrous.

Fin juin, les autorités ont décidé de rouvrir partiellement les mosquées, les cafés et les restaurants, les lieux culturels, et d'annuler le couvre-feu.

Si ces mesures ont pu profiter aux enfants, la fermeture des mosquées en dehors des horaires de prières a bouleversé leur quotidien, estiment MM. Bestawrous et Chaker.

Grâce à leurs salles d'eau accessibles à tous, ces lieux constituent des points névralgiques pour les enfants, car ils leur procurent un minimum d'hygiène quotidienne.

Un travailleur social joue à un jeu éducatif avec un enfant sans-abri dans l'une des unités mobiles gérées par les autorités égyptiennes et utilisé dans le cadre du programme social "Enfants sans domicile", dans le quartier d'Abbasia, le 22 juin 2020.
Un travailleur social joue à un jeu éducatif avec un enfant sans-abri dans l'une des unités mobiles gérées par les autorités égyptiennes et utilisé dans le cadre du programme social "Enfants sans domicile", dans le quartier d'Abbasia, le 22 juin 2020.

En cette période incertaine, ils sont vulnérables à la maladie et souvent ciblés par les tracasseries des autorités, estime Mme Hichem.

Jugeant l'initiative "Atfal bala ma'wa" limitée, elle considère que l'Etat, qui s'emploie surtout à "éradiquer le phénomène", n'aide pas vraiment les enfants.

Plutôt floue, la législation antimendicité rend déjà leur présence dans la rue illégale et de futures mesures sanitaires pourraient aggraver le risque d'arrestation, avertit la chercheuse.

"Les policiers les traitent déjà comme des déchets", déplore-t-elle.

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Dix Casques bleus égyptiens blessés par des tirs de la garde présidentielle centrafricaine

Des casques bleus patrouillent dans la ville de Bangassou, en Centrafrique, le 15 février 2021.

Dix Casques bleus égyptiens de la Mission des nations unies en Centrafrique (Minusca) ont été blessés lundi par des tirs de la garde présidentielle à Bangui, a annoncé mardi l'ONU, condamnant "une attaque délibérée et inqualifiable".

"Les éléments de l’Unité de Police Constituée égyptienne", qui circulaient dans un bus, "ont essuyé des tirs nourris de la garde présidentielle sans sommation préalable ni riposte aucune, alors qu’ils n’étaient pas armés", a assuré l'ONU dans un communiqué. Deux d'entre eux ont été grièvement blessés.

Classée deuxième pays le moins développé au monde par l'ONU, la Centrafrique a été plongée dans une guerre civile sanglante après un coup d'Etat en 2013. Ce conflit perdure mais a considérablement baissé d'intensité depuis trois ans, même si des pans entiers de territoires continuent d'échapper au pouvoir central.

La Minusca, dont le mandat vient à échéance le 15 novembre, compte près de 12.000 militaires et représente une des opérations les plus coûteuses de l'ONU avec un budget annuel dépassant le milliard de dollars.

En quittant la zone après les tirs, à 120 mètres environ de la résidence présidentielle, le bus "a heurté une femme qui a perdu la vie", a ajouté la Minusca qui "a présenté ses condoléances à la famille de la victime lors d’une rencontre en fin de journée".

Bus identifié

Ces éléments de l'unité de police étaient arrivés dans la journée de l'aéroport de Bangui dans le cadre de la rotation périodique et du déploiement des troupes en Centrafrique. Ils se dirigeaient vers leur base dans un bus clairement identifié "avec les initiales UN", selon Vladimir Monteiro, porte-parole de la Minusca.

Sollicitées par l'AFP, les autorités centrafricaines n'avaient pas réagi mardi à la mi-journée.

Mi-octobre, le chef de l'ONU, Antonio Guterres avait dénoncé "des incidents hostiles" ciblant des Casques bleus et impliquant "des forces de défense et de sécurité déployées bilatéralement" qui se poursuivaient à "un niveau inacceptable". Selon l'organisation, les attaques contre son personnel sont susceptibles de "constituer des crimes de guerre".

L'ONU avait également dénoncé "la persistance de campagnes de désinformation" à l'encontre de la Minusca.

"De telles actions empêchent l'accomplissement du mandat, mettent en danger les vies des Casques bleus et sont en contradiction avec des engagements du président Faustin Archange Touadéra et du gouvernement", avait affirmé M. Guterres, en réclamant aux autorités centrafricaines "des mesures concrètes" pour y mettre un terme.

"Graves violations"

Il évoquait également "de graves violations", comme "l'entrave à la liberté de mouvement des patrouilles de la Minusca, l'arrestation ou la détention de (ses) membres", des "menaces" et des "tentatives de fouille de véhicules et de résidences du personnel des Nations Unies". Sept attaques hostiles contre des membres de la Minusca et 18 cas de harcèlement routier par les forces de sécurité nationale ont notamment été enregistrées par l'ONU entre le 1er juin et le 1er octobre.

Le président Touadéra a décrété le 15 octobre un "cessez-le-feu unilatéral" de son armée et ses alliés dans leur guerre contre les rebelles pour favoriser l'ouverture prochaine d'un dialogue national. Une décision saluée par M. Guterres comme "une étape cruciale" vers la paix.

En décembre 2020, une partie des groupes armés qui occupaient alors plus des deux tiers du pays, regroupés au sein de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), ont lancé une offensive pour empêcher la réélection de M. Touadéra. Celui-ci a sollicité Moscou et Kigali, qui ont dépêché des centaines de paramilitaires russes et de soldats rwandais à la rescousse d'une armée centrafricaine démunie.

Grâce essentiellement au soutien des Russes et des Rwandais, elle a depuis reconquis toutes les grandes villes et repoussé les rebelles dans les forêts. Mais ces derniers multiplient les attaques furtives ces dernières semaines, loin de la capitale Bangui.

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