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Afghanistan: colère après un nouvel attentat anti-chiite à Herat


Sur les lieux de l'attentat-suicide à Herat, Afghanistan, le 1er août 2017.

De nouveau frappée par un attentat meurtrier en pleine prière, la communauté chiite de Herat, la grande ville de l'ouest afghan, reproche aux autorités de l'abandonner sans protection et manifeste sa colère et son désespoir.

Les corps des 30 victimes, fauchées vers 20H00 locales mardi par deux kamikazes dans la principale mosquée chiite de la ville, doivent être inhumés en fin d'après-midi dans un climat de tension qui risque malgré le chagrin de dégénérer en manifestation, après cette nouvelle attaque contre cette minorité religieuse en Afghanistan.

L'opération n'a toujours pas été revendiquée - mais les talibans ont rapidement fait savoir qu'ils n'étaient pas responsables.

Des heurts ont éclaté dès mardi soir devant l'hôpital et près de la mosquée, où la foule s'est jetée sur un poste de police qu'elle a incendié aux cris de "Mort au gouvernement", ont rapporté des témoins à l'AFP.

Selon le porte-parole du gouverneur provincial, Jilani Farhad, qui a communiqué mercredi un nouveau bilan, "trente personnes ont été tuées et 64 blessées la nuit dernière. Certains blessés sont dans un état critique, des enfants figurent parmi les morts et les blessés".

D'après les récits collectés par l'AFP sur place, les assaillants ont d'abord ouvert le feu sur les fidèles, puis ont déclenché leurs vestes explosives à l'intérieur de la mosquée, pleine en ce rassemblement traditionnel du mardi soir.

"Ils ont tiré sur la foule et lancé des grenades puis ils se sont fait exploser" a ainsi raconté Farhad Afshar.

"Quand je suis arrivé sur place, la mosquée était souillée de morceaux de corps et de sang. J'ai vu une mère qui pleurait, elle cherchait ses deux enfants: elle en a découvert un, blessé dans les décombres. L'autre a été retrouvé mort dans une ambulance" poursuit ce témoin.

- Demander justice -

Ali a essayé de sauver un enfant, en vain: "Il n'y avait pas assez d'ambulances, les gens utilisaient des voitures particulières pour évacuer les blessés; j'ai voulu emmener un petit enfant à l'hôpital mais il est mort dans mes bras".

"Ils ont même tué un enfant de sept ans", rapporte Farhad Dost qui a perdu un cousin. L'homme pleure en évoquant ces victimes.

Pour lui, "ce n'est pas une attaque contre les chiites mais contre tous les Afghans, contre les musulmans. Nous allons enterrer nos morts cet après-midi, mais après nous descendrons dans les rues pour demander justice", promet-il.

Il revient sur l'attaque du poste de police, la veille: "Les gens étaient en colère, ils ont mis le feu. Les policiers étaient à 100 mètres de la mosquée, ils n'ont même pas essayé d'arrêter les assaillants, ils se sont tous enfuis à la première détonation" accuse-t-il.

Le service des urgences a été rapidement débordé par l'afflux de blessés, tandis que les proches accouraient aux nouvelles. Mercredi matin, les habitants continuaient de se présenter pour donner leur sang.

La communauté chiite a été durement éprouvée récemment, déjà frappée à Kaboul le 24 juillet dans un de ses quartiers de prédilection par un kamikaze qui a fait 26 morts et une quarantaine de blessés.

Cet attentat a été revendiqué par les talibans qui affirmaient avoir visé un bus d'agents des services de renseignement - apparemment il s'agissait d'employés du ministère des Mines.

Mais le groupe Etat islamique a revendiqué la plupart des actions visant les chiites depuis un an, y compris dans la capitale. Dont une attaque complexe menée par quatre assaillants contre l'ambassade d'Irak à Kaboul, qui a fait deux morts parmi le personnel afghan.

L'EI, qui recule au Levant, est apparu dans l'est de Afghanistan début 2015 et progresse désormais dans le nord du pays.

Dans un communiqué, le gouvernement confronté à une multiplication des opérations violentes a appelé "les Afghans et les responsables religieux à se dresser, unis, contre la barbarie des terroristes".

"Les terroristes ne peuvent pas semer le sectarisme au sein de notre peuple", a ajouté le président Ashraf Ghani.

Avec AFP

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