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Mali

A Tombouctou, la procureure de la CPI boucle symboliquement la boucle

La procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, donne une conférence de presse à Khartoum, la capitale du Soudan, le 20 octobre 2020, à l'issue de sa visite de cinq jours dans le pays.

Neuf ans après l'occupation de Tombouctou par les jihadistes en 2012, l'Unesco, le gouvernement malien, la CPI et le Fonds des victimes de la CPI sont tous là pour visiter le patrimoine ciblé à l'époque et aujourd'hui reconstruit ou restauré, et la visite de ce mercredi a des airs de revanche sur l'histoire.

Voile sur la tête, du même vert que son large boubou, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) Fatou Bensouda arpente silencieusement les allées de la mosquée Djingarey Bey de Tombouctou, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.

Elle écoute, studieuse, les explications du maître des lieux, sur le crépissage annuel des murs, sur une entrée d'air. A une centaine de mètres au dehors, les mausolées. La visite semblerait touristique. Elle ne l'est pas.

A l'époque, au nom de la lutte contre "l'idolâtrie", le groupe jihadiste Ansar Dine, affilié à Al-Qaïda, s'en était pris à la pioche à quatorze mausolées de saints.

"Pour moi, la boucle est bouclée!", explique Fatou Bensouda, qui ne cache pas sa fierté, à quelques semaines de quitter ses fonctions. La condamnation en 2016 d'un jihadiste malien, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, reconnu coupable d'avoir participé à la destruction des mausolées, est l'une de ses "victoires" de magistrate.

Pour la première fois, la destruction de biens culturels avait été considérée comme un crime de guerre par la justice.

Mardi, un euro symbolique a été remis par le Fonds des victimes au Mali et à la communauté internationale. D'autres réparations financières sont prévues pour les descendants des saints dont les sépultures ont été attaquées.

"Quand j'ai commencé à enquêter avec mes équipes, les gens ont demandé: 'pourquoi Bensouda n'enquête pas sur des crimes de sang, ce ne sont que des bâtiments'", dit-elle.

"Mais c'était très important! Il fallait envoyer le message que détruire des sites classés à l'Unesco ne pouvait se faire dans l'impunité".

Les vieux manuscrits de l'ancienne ville savante sont désormais sauvegardés au centre Ahmed Baba. Chèche rouge sur la tête, le jeune étudiant Sekou Baba tient dans ses mains un Coran, pas encore daté. Il montre comment les feuilles jaunies par les siècles sont stockées, restaurées.

"Nouvelles de La Haye"

Soudain, devant la salle d'archivage n°3, deux militaires maliens s'exclament: "Eh ! mais c'est Fatou Bensouda!"

L'ancienne ministre gambienne fait comme si de rien n'était, lâche un sourire en coin derrière son masque, et reprend sa marche. La visite se fait au pas de course et sous la protection de dizaines de Casques bleus de la mission de l'ONU au Mali.

Entre les agissements des jihadistes, des groupes armés et des trafiquants, la situation reste volatile dans la région. Tombouctou elle-même est gangrénée par de vieilles tensions intercommunautaires entre populations sédentaires noires et nomades arabes.

Arguant que la culture est facteur de cohésion, le directeur général adjoint de l'Unesco Xing Qu s'est voulu formel devant les imams des trois grandes mosquées: "Votre patrimoine est notre patrimoine, ce qui est à Tombouctou est à l'humanité".

Les imams ont écouté, puis l'un s'est tourné vers Mme Bensouda: "Al Mahdi a été condamné, mais il agissait sous la responsabilité d'un autre, Iyad Ag Ghaly".

A l'époque à la tête d'Ansar Dine, celui-ci dirige aujourd'hui la principale nébuleuse jihadiste affiliée à Al-Qaïda, le Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM).

"Notre travail au Mali n'est pas fini", répond la procureure.

Après une énième photo symbolique, Fatou Bensouda vient s'enquérir auprès des journalistes de l'AFP des "nouvelles de La Haye", le siège de la CPI qui statuait le même jour sur l'affaire de crimes contre l'humanité contre l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et l'un de ses proches, Charles Blé Goudé. Les deux hommes ont été acquittés en 2019 mais, elle, Fatou Bensouda avait fait appel.

"Ce n'est pas vrai!", lâche-t-elle spontanément quand elle apprend que les acquittements sont confirmés, avant de finir la visite enfermée dans sa voiture blindée, à passer des coups de téléphone. Elle a sobrement tweeté en fin de journée avoir "pris acte" du jugement.

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Un des principaux chefs de l'ex-rébellion malienne assassiné

Sidi Brahim Ould Sidati, membre du Mouvement arabe de l'Azawad, signe la version amendée de l'Accord algérien au nom de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) à Bamako, le 20 juin 2015.

Un des principaux chef des ex-rebelles du nord du Mali, Sidi Brahim Ould Sidati, président en exercice de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), a été assassiné par balles mardi matin à Bamako, ont indiqué le porte-parole de la CMA, un proche et un médecin.

"Nous venons de perdre notre président Sidi Brahim Ould Sidatt (pour Sidati) assassiné ce matin à Bamako", a dit sur les réseaux sociaux Almou Ag Mohamed, porte-parole de la CMA, alliance composée essentiellement d'anciens groupes armés indépendantistes touareg et nationalistes arabes qui ont combattu les forces maliennes dans le Nord à partir de 2012 avant de signer un accord de paix en 2015.

Sidi Brahim Ould Sidati avait signé au nom de la CMA cet accord avec le gouvernement malien et une coalition de groupes armés alliée à ce gouvernement, la Plateforme, pour restaurer la paix. L'application de cet accord est considérée comme capitale pour sortir le Mali de la crise dans laquelle il s'enfonce, mais se fait toujours attendre.

On ignore les causes de son assassinat.

"Mon oncle a été victime ce matin d'un assassinat à son domicile. On a tiré sur lui. On l'a amené dans une clinique, mais il n'a pas survécu", a dit à l'AFP l'un de ses neveux.

Un médecin de la clinique a confirmé sa mort sous le couvert de l'anonymat.

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