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L'opposition craint une "dérive dictatoriale" à Sao Tome

Le Premier ministre Patrice Trovoada et François Louncény Fall,représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, le 22 janvier 2018

A sept mois d'élections législatives cruciales, les partis d'opposition de Sao Tome et Principe, petit archipel de l'Atlantique pourtant considéré comme un modèle de démocratie en Afrique centrale, accusent le pouvoir de "dérive dictatoriale".

"C'est un moment difficile pour la démocratie santoméenne", déclare à l'AFP François Louncény Fall, représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique centrale, venu à Sao Tome fin janvier comme médiateur de la crise qui secoue ce pays à régime parlementaire, avant les élections prévues en octobre.

L'opposition "vit très mal le fait de ne plus être au pouvoir", analyse M. Fall. Car depuis la présidentielle de juillet 2016, l'Action démocratique indépendante, (ADI) de centre-droit possède les pouvoirs législatif comme exécutif: le Premier ministre Patrice Trovoada et le président Evaristo Carvalho sont tous deux issus de ses rangs.

>> Lire aussi : La Chine établit des relations diplomatiques avec Sao Tome

Pour les responsables des sociaux-démocrates du Mouvement de libération de São Tomé-et-Príncipe (MLSTP) et du Parti socio-démocrate PSD, qui forment la principale coalition d'opposition au Parlement, le pays risque tout simplement "de tomber dans une dictature".

"La démocratie santoméenne est malade", renchérit de son côté Anaclet Rolimi, secrétaire général du Parti travailliste santoméen (PTS), parti de l'opposition qui n'a pas de siège au Parlement mais des représentations municipales, pointant les tensions politique et institutionnelle.

Car l'opposition ne reconnaît pas les cinq juges de la nouvelle Cour constitutionnelle élus début 2018, alors que cette nouvelle institution est justement censée valider les résultats électoraux.

Elle conteste les modalités d'élection des juges à la majorité simple par le Parlement et les députés d'opposition ont en majorité boycotté leur désignation.

Dénonçant une institution "inconstitutionnelle", l'opposition accuse en outre les cinq juges élus d'être "proches de la majorité". L'ordre des avocats et le Conseil supérieur de la magistrature ne reconnaissent pas non plus cette cour.

- 'Bisbilles préélectorales' -

L'opposition se plaint aussi de manière récurrente depuis l'arrivée de l'ADI au pouvoir en 2014 au Parlement de ne pas avoir accès aux médias publics.

"Un séminaire pour discuter de l'accès aux médias publics par certains membres de l'opposition sera bientôt organisé", note M. Fall.

Le haut fonctionnaire onusien se veut rassurant: "Sao Tome reste un modèle de démocratie en Afrique centrale". "Il y a quand même l'alternance démocratique" depuis 1991 et la fin du parti unique, estime-t-il, rappelant que ces changements se sont toujours faits dans le calme, dans une région habituée aux coups d'État et prises de pouvoir par la force. Et d'appeler au "compromis", alors que le pays a déjà "connu des crises, souvent surmontées".

En juillet 2016, arrivé deuxième du premier tour, le président sortant, le socialiste du MLSTP et ex-premier président de Sao Tome (1975-1991), Manuel Pinto da Costa, 80 ans, a ainsi refusé de participer au deuxième tour et exigé l'annulation de l'ensemble du processus électoral pour cause de "fraudes".

La Commission électorale nationale (Cen) avait proclamé Evaristo Carvalho vainqueur dès le premier tour le 17 juillet, avec 50,1 % des voix, avant de se rétracter et de voir ces résultats provisoires modifiés par le tribunal électoral: 49,8% pour Carvalho contre 24,8% pour Manuel Pinto da Costa qui a finalement accepté le résultat.

Côté pouvoir, Lévy Nazare, secrétaire général de l'ADI, minimise ces tensions, qualifiées de "bisbilles préélectorales".

"L'opposition joue son rôle, à huit mois des législatives", ajoute M. Nazare dans un entretien à l'AFP. "Ils disent que Sao Tome est une dictature. C'est normal, c'est l'année des élections!"

Avec AFP

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Algérie: manifestation contre le patron du principal syndicat, figure du régime

Des employés de la ville installe le drapeau algérien et un poster du président Abdelaziz Bouteflika, à Alger, en Algérie, le 26 avril 2016.

Un millier de syndicalistes ont réclamé mercredi à Alger le départ du patron de l'UGTA, principale centrale syndicale d'Algérie, à qui ils reprochent ses liens avec le clan d'Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir début avril par une contestation inédite, a constaté un photographe de l'AFP.

Les manifestants se sont rassemblés devant le siège de l'Union générale des Travailleurs algériens (UGTA) pour exiger le départ d'Abdelamdjid Sidi Saïd, secrétaire général depuis 1997 de l'ancien syndicat unique et seule organisation syndicale considérée comme représentative par les autorités algériennes.

"Sidi Saïd, dégage", "Sidi Saïd fait partie de la mafia" au pouvoir, "Libérez le syndicat", pouvait on lire sur les pancartes brandis par les manifestants.

Abdelmadjid Sidi Saïd a longtemps été l'un des thuriféraires les plus enthousiastes d'Abdelaziz Bouteflika et fut des mois durant, au côté de la principale organisation patronale, l'un des principaux meneurs des partisans d'un 5e mandat de M. Bouteflika, perspective qui a fait descendre des milliers d'Algériens dans la rue.

Il a, comme d'autres piliers du régime, lâché M. Bouteflika en ralliant la proposition de l'armée de lancer un processus constitutionnel pour l'écarter du pouvoir.

Depuis le début le 22 février du mouvement de contestation du régime, son autorité a été fortement contestée au sein de l'UGTA, par les branches locales ou les syndicats affiliés. Il lui est reproché son autoritarisme, sa proximité affichée avec les cercles du pouvoir et une attitude conciliante avec la politique sociale de l'ex-président Bouteflika.

M. Sidi Saïd est considéré par les manifestants comme l'une des incarnations du "système" au pouvoir dont ils réclament la chute, au même titre que M. Bouteflika, que le Premier ministre Ahmed Ouyahia, depuis limogé, et que l'homme d'affaires Ali Haddad, chef du patronat contraint à la démission puis incarcéré.

Des centaines d'avocats ont aussi manifesté mercredi devant des tribunaux à Alger, à Blida, Béjaia et Tizi Ouzou et Chlef (nord), pour demander "le départ de toutes les personnalités qui représentent le système de gouvernance actuel", selon l'agence officielle APS.

"Les services de sécurité n'ont reçu aucune instruction de la part du gouvernement pour réprimer" les rassemblements, a pour sa part déclaré mercredi le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Hassane Rabehi à des journalistes.

Le Conseil de sécurité en quête d'une trêve en Libye

Le nouvel émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, à gauche, lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre du gouvernement libyen de l’accord national (GNA) Fayej Seraj, et ministre des affaires étrangères Taher Siala à Tripoli, L

La communauté internationale cherche à négocier un cessez-le-feu en Libye, après le lancement par le maréchal controversé Khalifa Haftar d'une offensive contre la capitale Tripoli, siège du gouvernement d'union (GNA) et cible de tirs de roquettes qui ont fait six morts.

Soumis par le Royaume-Uni à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU, un projet de résolution réclamant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combats près de Tripoli, ne fait toujours pas l'unanimité, selon des diplomates à New York.

Le projet est toujours en négociations à New York. La Russie qui avait bloqué la semaine dernière un projet de déclaration du Conseil invitant les forces pro-Haftar à suspendre l'offensive continue à soulever des objections quant aux références critiquant le maréchal, selon l'un des diplomates.

"Ils étaient très clairs. Aucune référence nulle part", a dit ce diplomate.

Depuis le début le 4 avril de son offensive, l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar piétine au sud de la capitale, même si elle proclame des percées. Les combats ont fait en deux semaines au moins 189 morts dont des civils et 816 blessés, selon un dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a fait état mercredi de 25.000 déplacés, dont plus de 4.500 ces dernières 24 heures. "Nous avons constaté la plus forte augmentation de déplacements en un jour, avec plus de 4.500 personnes déplacées" par les combats.

Mardi soir, plusieurs roquettes ont frappé Tripoli, tuant six civils, dont trois femmes, dans les quartiers résidentiels d'Abou Slim et Al-Antissar, a indiqué mercredi le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha).

- "Barbarie" -

Le maire du quartier d'Abou Slim, Abdelrahman Al-Hamdi, a confirmé le bilan de six morts, ajoutant que 35 autres personnes avaient été blessées.

Fayez al-Sarraj, le chef du GNA, reconnu par la communauté internationale, s'est rendu sur place dans la nuit.

Dans une vidéo diffusée par son service de presse, il a dénoncé "la sauvagerie et la barbarie" du maréchal Haftar qualifié de "criminel de guerre".

Il a ajouté que son gouvernement présenterait mercredi "tous les documents à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité".

Selon lui, il est "de la responsabilité juridique et humanitaire du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, de tenir ce criminel responsable de ses actes".

Dans un communiqué, le commandement de l'ANL du maréchal Haftar a toutefois démenti être à l'origine des tirs contre Tripoli. Il a accusé des "milices terroristes qui contrôlent la capitale de tirer aveuglément des roquettes de type Grad et des obus" sur la ville.

L'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, a "condamné avec la plus grande fermeté les bombardements, rappelant que la responsabilité d'actes pouvant constituer des crimes de guerre incombe non seulement aux auteurs des attaques aveugles, mais également à ceux qui les ont commandés", selon Stéphane Dujarric, le porte-parole de l'ONU à New York.

- "Positions irréconciliables" -

La veille, la procureure de CPI Fatou Bensouda a prévenu qu'elle n'hésiterait "pas" à élargir ses enquêtes pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" en Libye.

Jusqu'à présent, le maréchal Haftar ne veut pas entendre parler d'un cessez-le-feu. Et Fayez al-Sarraj refuse tout processus politique en l'absence d'un cessez-le-feu et d'un retrait sur les lignes d'avant le début de l'offensive. "Des positions irréconciliables", note un diplomate à l'ONU.

Au Conseil de sécurité, "tout le monde veut éviter une guerre civile longue avec beaucoup de victimes civiles", indique un autre diplomate.

Avec le risque d'enlisement dans ce pays pétrolier en proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, il est probable que les belligérants cherchent à se réarmer auprès de leurs soutiens.

L'ANL veut légitimer son offensive en la présentant comme une guerre contre le "terrorisme". "Nous nous battons pour toute l'humanité, pas seulement pour la Libye. Nous voulons débarrasser la capitale des terroristes", a dit son porte-parole Ahmad Al-Mesmari.

Le GNA a lui démenti que ses forces comptaient des personnes accusées de "terrorisme" dans leurs rangs, accusant le maréchal Haftar de vouloir "vendre son agression" à la communauté internationale.

M. Salamé semble du même avis. L'offensive de Khalifa Haftar "ressemble davantage à un coup d'Etat qu'à une lutte antiterroriste", a-t-il déclaré dans une interview à la BBC.

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