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A Ouistreham, dans l'ouest de la France, l'errance des migrants inquiète et mobilise


Des migrants soudanais attendent près d'un feu dans la forêt à Ouistreham, France, le 5 octobre 2017.

Un an après le démantèlement d'un immense camp insalubre à Calais, dans le nord de la France, de 80 à 100 Africains vivent dans le froid humide du port de Ouistreham, grâce aux dons d'habitants et malgré l'intervention systématique des autorités pour disperser tout campement.

"C'est l'enfer. La nuit dernière, on pouvait pas dormir dans le bois: il a plu tout le temps. Mais à chaque fois qu'on essayait de dormir quelque part en ville, les gendarmes venaient nous dire de partir. Ils font ce qu'on leur demande. Mais on n'a pas dormi de la nuit", raconte, Badr, un Soudanais de 25 ans, qui explique tenter quotidiennement de se glisser à bord d'un ferry vers l'Angleterre.

Derrière lui, une bonne quinzaine de bénévoles de cette ville de 9.000 habitants s'affairent, ainsi que deux soirs par semaine, pour distribuer nourriture et soins.

Ils sont de 80 à 100 Africains, Soudanais pour la plupart, à errer, emmitouflés, dans les rues du deuxième port de France pour le flux de passagers à destination et en provenance des côtes britanniques. Trois ferry en partent quotidiennement pour Portsmouth. On est loin de Calais, d'où partent 40 ferries par jour et où la préfecture comptabilise encore près de 450 migrants.

Mais dans la petite station balnéaire normande, les migrants étaient à peine visibles il y a un an lorsque la "jungle" de Calais, un immense bidonville, a été démantelée et les migrants dispersés dans des centres d'accueil dans tout le pays.

Les nuits où il ne pleut pas ou parfois le jour, ces jeunes hommes trouvent refuge à l'entrée de Ouistreham dans un bois. Ce jeudi après-midi, ils sont quatre à se réchauffer autour d'un feu, sous une pluie intermittente mais glacée.

"Il fait très froid, la vie est très dure ici. Les citoyens français sont bons avec nous mais pas les autorités", affirme l'un d'entre eux, Ahmad, un jeune Soudanais.

Un cinquième dort un peu plus loin sous une couverture et une bâche.

Quand les services municipaux et deux gendarmes mobiles arrivent, les migrants s'écartent. La benne repart remplie d'un amas de duvets et de couvertures.

Autant d'objets que l'on retrouve dans la cave où le Collectif d'aide aux migrants de Ouistreham (CAMO) stocke les dons.

Les Soudanais attendent près de l'eau à Ouistreham, France, le 5 octobre 2017.
Les Soudanais attendent près de l'eau à Ouistreham, France, le 5 octobre 2017.

'Ne pas créer d'appel d'air'

Les migrants ont beau "majoritairement ne poser aucune difficulté, en terme d'agressivité (...), il est hors de question qu'il y ait fixation d'un point durable de migrants dans ma commune (...) pour ne pas créer d'appel d'air", justifie le maire, Romain Bail, qui a interdit la fréquentation du terrain en cours de déboisement pour y "éviter la formation d'un campement". L'effectif des forces de l'ordre est monté à 100 hommes mi-novembre, selon l'élu.

"On leur pique leur duvet, leur téléphone. C'est du harcèlement. Ces hommes ont connu pire, ils ont vu des corps flotter sur la Méditerranée mais ce n'est pas une raison. C'est dramatique", s'émeut Michel Martinez, un des fondateurs du CAMO.

Le collectif accuse même certains gendarmes mobiles de dérives ponctuelles (usage de gaz lacrymogène) mais la préfecture assure que les forces de l'ordre interviennent dans le respect de la loi et rappelle les risques pour leur vie que prennent les migrants en tentant de monter clandestinement sur un ferry.

En attendant "ce sont les citoyens qui se débrouillent pour que les migrants ne meurent pas de froid ou de faim dans les bois", déplore M. Martinez, qui précise que plusieurs associations entendent réclamer à l'Etat l'installation de sanitaires, comme à Calais.

Certains habitants de Ouistreham ont des réactions hostiles mais "tous les jours entre 15 à 20 voitures s'arrêtent devant chez moi pour porter aux migrants" de la nourriture ou des vêtements, observe le maire, qui habite à proximité d'une zone où parfois se rassemblent des migrants.

Sandrine Simon, mareyeuse installée sous les halles proches du terminal, "s'arrange" elle aussi pour leur donner ce qu'elle peut. "Ils cherchent de l'eau, pour se laver, et de l'électricité pour charger leur portable", témoigne-t-elle.

Avec AFP

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