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Après des manifestations massives pour sa démission, Mugabe rencontre l'armée


Le président Robert Mugabe (C) lors d'une réunion avec le général Constantino Chiwenga, la ministre sud-africaine de la Défense Nosiviwe Mapisa-Nqakula, le ministre zimbabwéen de la Défense, Sydney Sekeramayi et le ministre zimbabwéen de la Sécurité Cde Kembo Mohadi Maison à Harare, Zimbabwe, le 16 novembre 2017.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, lâché par ses plus fidèles alliés, doit rencontrer dimanche l'état-major de l'armée qui l'a placé en résidence surveillée, au lendemain de manifestations massives pour sa démission.

Le Zimbabwe a connu samedi l'une des plus grandes manifestations jamais organisées depuis l'indépendance et l'arrivée au pouvoir de Robert Mugabe en 1980. Des dizaines de milliers de Zimbabwéens se sont rassemblés, dans une ambiance festive, pour exiger son départ.

"Un jour historique", a résumé samedi soir, avec une voix émue, la présentatrice du journal de la ZBC, la télévision d'Etat.

"Trop c'est trop, Mugabe doit partir", "Repose en paix Mugabe", "Non à la dynastie Mugabe", "Au revoir grand-père", proclamaient des affiches brandies par des manifestants euphoriques dans un concert de klaxons et de vuvuzelas.

Les manifestations organisées dans la capitale et la deuxième ville du pays, Bulawayo (sud-ouest), ont rassemblé des citoyens de tout bord politique: des ministres, des proches du parti au pouvoir, la Zanu-PF, mais aussi de l'opposition, des Noirs et, fait rarissime, des Blancs, tous unis contre un seul homme, Robert Mugabe.

"Ça fait longtemps qu'un truc pareil n'est jamais arrivé, être ensemble", la majorité noire et la minorité blanche issue des descendants de colons britanniques, s'est réjoui Stephanus Krynauw, un fermier blanc expulsé dans le cadre de la réforme agraire très controversée lancée en 2000 par le régime Mugabe.

"C'est le plus beau jour de ma vie. Nous espérons une nouvelle vie après Mugabe", a déclaré Sam Sechete, un manifestant à Highfield, une banlieue ouvrière de Harare.

Dans le centre de la capitale, des jeunes ont arraché une plaque de rue métallique portant le nom de Robert Mugabe et l'ont jeté sur la chaussée à plusieurs reprises puis l'ont piétinée.

Tout la journée, les manifestants ont salué l'intervention de l'armée qui a pris le contrôle du pays dans la nuit de mardi et à mercredi et assigné à résidence le président Mugabe.

"Merci les forces armées", pouvait-on lire sur des pancartes au milieu de nombreux portraits du chef d'état-major, le général Constantino Chiwenga.

A Harare, l'armée, qui a officiellement apporté son soutien à cette journée anti-Mugabe, a stoppé en début d'après-midi des milliers de personnes qui se dirigeaient vers le palais présidentiel, provoquant l'incompréhension des manifestants.

"Ce n'est pas juste. Pourquoi les soldats nous empêchent-ils d'aller au palais présidentiel ?", s'est indignée Rutendo Maisiri, une chômeuse de 26 ans. La foule s'est finalement dispersée dans le calme, sous l'oeil de militaires masqués et lourdement armés.

Ensemble

L'intervention de l'armée constitue un tournant dans le long règne de Robert Mugabe, marqué par la répression de toute opposition et une grave crise économique. Environ 90% de la population active est au chômage.

A 93 ans, le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète se retrouve de plus en plus isolé, abandonné par ses alliés les plus précieux: après l'armée et les anciens combattants, neuf des dix sections régionales de la Zanu-PF l'ont à leur tour lâché vendredi soir et ont demandé son départ.

Dimanche, le comité central du parti doit se réunir pour décider de son sort.

"Nous nous réunissons pour endosser les décisions des neuf provinces" du pays, a déclaré à l'AFP un haut responsable du parti sous couvert d'anonymat.

Les négociations entre Robert Mugabe et l'armée, engagées jeudi, vont se poursuivre dimanche, a annoncé la ZBC. Le président, qui s'accroche pour l'instant au pouvoir, a accepté de rencontrer l'état-major de l'armée, pour la deuxième fois depuis le début du coup de force militaire.

'Lady Gaga'

Dans la nuit de mardi à mercredi, l'armée était intervenue - sans effusion de sang - à Harare en soutien à Emmerson Mnangagwa, limogé une semaine plus tôt de son poste de vice-président.

Dans la ligne de mire de l'armée se trouve le groupe dit des G40, une faction de la Zanu-PF qui soutient la Première dame Grace Mugabe et ses ambitions présidentielles.

C'est elle qui a fait tomber Emmerson Mnangagwa, devenu un concurrent beaucoup trop encombrant dans sa course à la succession du président. Elle avait mené une active campagne de dénigrement de son adversaire. Elle a finalement été le catalyseur de la crise politique actuelle.

"Au revoir Lady Gaga", se félicitait avec humour un manifestant samedi.

Le nom d'Emmerson Mnangagwa, surnommé le "crocodile", circule désormais pour prendre la direction d'une éventuelle transition politique. Plusieurs manifestants brandissaient samedi son portrait et des objets en forme de reptile, devenu le symbole de cette "révolution de palais".

Ils avaient répondu à l'appel des anciens combattants du Zimbabwe - acteurs incontournables de la vie politique - et de mouvements de la société civile, dont le mouvement ThisFlag du pasteur Ewan Mawarire, une des têtes d'affiche de la fronde anti-Mugabe réprimée en 2016 par les forces de sécurité.

Avec AFP

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