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Morts en série au sommet de l'Etat et rumeurs d'empoisonnement à Kinshasa

L’immeuble du gouvernement, Kinshasa, RDC, 23 juin 2018. (VOA/ John Lyndon)

Des morts en série dans l'entourage du président de la République démocratique du Congo (RDC), officiellement de la maladie Covid-19, alimentent des rumeurs d'empoisonnements au sommet de l'Etat à Kinshasa.

Ce climat déjà pesant s'est alourdi avec le décès soudain du juge en charge d'un procès anticorruption sans précédent. Ce procès doit reprendre mercredi avec, sur le banc des accusés, un homme fort de la vie politique congolaise, le directeur de cabinet et principal allié du chef de l'Etat, Vital Kamerhe.

Le président Félix Tshisekedi est muet depuis ses deux interventions télévisées les 18 et 24 mars pour instaurer "l'état d'urgence sanitaire" face aux premiers cas de nouveau coronavirus en RDC.

Depuis, le Covid-19 a touché selon les derniers chiffres officiels 3.326 personnes et tué 72 patients, dont une bonne dizaine dans les cercles de la présidence et du gouvernement.

La maladie a d'abord touché fin mars la ministre de l'Economie Acacia Bandubola, qui a perdu une soeur et son frère, membre de son cabinet.

Depuis, plusieurs décès ont été signalés à la présidence: Jacques Ilunga, l'un des principaux négociateurs de l'accord de coalition avec le précédent président Joseph Kabila; l'oncle du président, Mgr Gérard Mulumba, responsable de la "Maison civile" (les affaires privées); Charles Kilosho, directeur adjoint de la communication présidentielle.

"Si je ne me trompe pas, nous avons enterré deux ou trois personnes cette semaine", a encore déclaré vendredi soir le porte-parole du président, Tharcisse Kasongo Mwema Yamba Y'amba.

"Tous les services de la présidence sont mis en alerte", a-t-il reconnu sur la chaîne d'Etat RTNC, qui l'a interrogé sur les rumeurs d'empoisonnement entourant ces décès en série.

"Scientifiquement, il n'y a encore aucune preuve qui a été donnée pour dire qu'il y autre chose que le Covid-19 parmi les décès que l'on a déplorés à la présidence de la République", a-t-il répondu.

"Je ne sais pas vous dire si c'est le Covid ou si c'est le poison", a-t-il ajouté dimanche sur la radio privée Top Congo FM, relancé sur la même question.

Il a repris le même argument de l'absence de preuves scientifiques infirmant la thèse de la mort par Covid ou validant des décès par empoisonnement.

"Je ne sais pas si les autopsies ont été réalisées, je n'ai pas entendu parler d'autopsies", a-t-il ajouté.

Dans ce climat délétère, l'opinion attend le résultat de l'autopsie du magistrat Raphaël Yanyi, mort dans la nuit de mardi à mercredi.

- Le parti de Kamerhe se défend -

Deux jours avant sa mort, visiblement en pleine forme, le magistrat âgé d'une cinquantaine d'année présidait avec professionnalisme et fermeté le procès de Vital Kamerhe et de deux autres accusés, jugés pour le détournement de quelque 50 millions de dollars de fonds publics.

Le juge est décédé moins de 48 heures plus tard, d'une crise cardiaque, d'après la police.

"Aucun résultat n'est sorti", a déclaré mardi à l'AFP Lambert Ombalakonde, porte-parole de la famille du défunt.

"Il faut patienter encore quelque jours", a expliqué à l'AFP un magistrat du Parquet, indiquant que ce rapport n'est pas destiné au public.

En attendant, la famille a qualifié de "spéculations" les informations qui circulent sur les réseaux sociaux et même dans certains médias.

Dimanche soir, la radio onusienne Okapi a avancé que "le juge Raphaël Yanyi n'est pas décédé d'une mort naturelle. Un poison aurait été utilisé pour le tuer". Ce média généralement fiable affirmait se baser sur le rapport d'autopsie et des sources judiciaires.

Le parti de Vital Kamerhe, l'Union pour la Nation congolaise (UNC), a regretté les "attaques distillées sur les réseaux sociaux tendant à lui attribuer" les morts en série à la présidence. L'UNC a dénoncé un acte de "cybercriminalité".

Le Parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête et demandé une autopsie pour déterminer les "causes ou moyens" du décès. L'autopsie a été pratiquée vendredi, selon certains médias congolais.

"Le parti dénonce également des critiques tendancieuses dirigées contre son président national (Vital Kamerhe) et ses avocats à la suite de la mort inopinée du juge Raphaël Yanyi".

L'UNC a demandé d'éclaircir "les morts inquiétantes à la présidence de la République et le décès inattendu du juge", demandant pour celui-ci "l'implication d'un médecin légiste indépendant et international".

Bien plus qu'un simple directeur de cabinet, Vital Kamerhe, 61 ans, est le principal allié du président dans son arrivée au pouvoir en janvier 2019.

Ancien président de l'Assemblée nationale, M. Kamerhe s'est désisté en novembre 2018 pour permettre à M. Tshisekedi d'être candidat. Les deux hommes ont conclu un accord politique qui prévoyait que M. Kamerhe soit candidat à la prochaine élection en 2023.

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RDC: un milliardaire israélien aurait contourné les sanctions américaines

Dan Gertler est assis dans son bureau à Ramat Gan près de la ville israélienne de Tel Aviv, vu le 18 septembre 2000. Getler avait conclu un accord lui donnant le droit exclusif d'acheter des diamants produits au Congo. (Photo AP / Mati Stein)

L'homme d'affaires israélien Dan Gertler, proche de l'ex-président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, a contourné des sanctions américaines prises à son encontre en s'appuyant sur un réseau international de blanchiment d'argent, ont affirmé jeudi deux ONG.

Dan Gertler est sous sanctions du Département d'Etat depuis décembre 2017 pour avoir signé des "contrats miniers et pétroliers opaques et entachés de corruption". Washington l'accuse d'avoir faire perdre à la RDC "1,36 milliard de dollars de recettes" fiscales dans les années 2010.

"Le sulfureux milliardaire Dan Gertler semble avoir utilisé un réseau de blanchiment d'argent, s'étendant de la RDC jusqu'à l'Europe et Israël, pour échapper aux sanctions américaines contre lui, faire transiter des millions de dollars vers l'étranger et acquérir de nouveaux actifs miniers en RDC", selon l'enquête de Global Witness et la Plate-forme pour la protection des lanceurs d'alerte en Afrique (Pplaaf).

Les auteurs affirment s'appuyer "sur des documents fournis par des lanceurs d'alerte malgré de grands risques pour leur sécurité personnelle".

Ils avancent que Gertler et ses mandataires ont "ouvert des comptes bancaires dans les succursales congolaises d'Afriland First Bank, basée au Cameroun".

A la veille de la diffusion de l'enquête, une plainte a été déposée mercredi à Paris auprès du parquet par la banque Afriland First Bank.

Il s'agit d'une plainte pour "vol de documents, violation du secret bancaire, faux et usage de faux, dénonciation calomnieuse, le tout en bande organisée", d'après l'avocat Eric Moutet joint par l'AFP.

La justice française est compétente car le Pplaaf a son siège à Paris.

Gertler a contourné les sanctions par des prête-noms et des sociétés écrans, d'après l'enquête des ONG: "Au total, entre juin 2018 et mai 2019, au moins 100 millions de dollars ont transité par des comptes bancaires associés à ce réseau".

"Parmi les transactions révélées aujourd'hui, au moins 21 millions de dollars ont été envoyés sur des comptes inconnus détenus en dehors de la RDC et 25 millions de dollars ont été versés à la Gécamines, la compagnie minière publique controversée de la RDC", poursuivent Global Witness et la Pplaaf.

La Gécamines est dirigée par un proche de M. Kabila, Albert Yuma.

En conclusion, les deux ONG encouragent le gouvernement congolais à "geler les avoirs" du milliardaire israélien en RDC.

Investi le 24 janvier 2019, le nouveau président de la République Félix Tshisekedi s'est engagé à lutter contre la corruption.

M. Tshisekedi gouverne en coalition avec les forces politiques de M. Kabila, majoritaires au sein même de son gouvernement, au Parlement et à la tête des 26 provinces.

"Dan Gertler est en RDC. Je l'ai rencontré. Je ne fais pas d'affaires avec lui, je ne suis pas homme d'affaires. Et je ne juge pas les sanctions américaines. Je ne sais pas pourquoi elles ont été décrétées.

Mais je n'ai jamais entendu nos amis américains nous dire que Dan Gertler est tellement mauvais qu'il ne doit pas faire d’affaires en RDC", avait déclaré le président Tshisekedi dans un entretien à TV5-Le Monde en septembre.

Une rue Lumumba inaugurée dans une ville de Belgique avec un des fils du Congolais légendaire

Le roi du Maroc Mohamed V remet le Grand Cordon de l'Ordre du Trône au Premier Ministre du Congo Patrice Lumumba le 8 août 1960 durant sa visite officielle au Maroc. / AFP PHOTO

La ville belge de Charleroi a inauguré jeudi une rue Patrice Lumumba en présence d'un des fils de ce héros de l'indépendance de l'actuelle République démocratique du Congo (RDC), éphémère Premier ministre assassiné en 1961 et qui aurait eu 95 ans ce 2 juillet.

"Cela met du baume au cœur, c'est la reconnaissance du combat de notre père", a déclaré Guy-Patrice Lumumba, joint au téléphone par l'AFP peu avant la cérémonie.

Deux ans après celle d'un square Lumumba à Bruxelles, l'inauguration de cette rue, dans la troisième plus grande ville de Belgique, intervient en plein débat sur le passé colonial belge, dans le sillage de la mobilisation antiraciste ayant suivi la mort de George Floyd fin mai aux Etats-Unis.

Dans une lettre adressée au président de la RDC Félix Tshisekedi, le roi des Belges Philippe a présenté mardi "ses plus profonds regrets pour les blessures" infligées aux Congolais lors de la période coloniale (1885-1960), une première historique.

Selon Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et président du Parti socialiste, première force politique en Belgique francophone, ces regrets ont ouvert la voie à "des excuses officielles" du gouvernement belge.

"Il faut pouvoir rappeler aussi les crimes qui ont été accomplis, les dénoncer et présenter des excuses pour ça", a dit jeudi à l'AFP M. Magnette.

Le numéro un du PS a salué en Patrice Lumumba "une personnalité exemplaire, un militant de la lutte contre le racisme". La décision de changer un nom de rue pour lui avait été prise en décembre 2017 à Charleroi.

En 2002, la Belgique, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Louis Michel, avait présenté ses "excuses" pour la "part de responsabilité irréfutable" de certains membres du gouvernement belge dans son assassinat.

Intellectuel patriote devenu Premier ministre du Congo indépendant en juin 1960, renversé trois mois plus tard, Lumumba avait été assassiné le 17 janvier 1961 dans la province du Katanga, avec la complicité présumée de la CIA et du MI6 britannique.

Il était perçu comme prosoviétique par les Américains, et avait été désavoué par les milieux d'affaires belges qui voyaient en lui une menace.

Jeudi son fils Guy-Patrice a rappelé qu'une plainte déposée par la famille en 2011 à Bruxelles pour faire la lumière sur l'assassinat était toujours au stade de l'instruction.

"La Belgique traîne vraiment pour qu'il y ait ce procès", a-t-il déploré, fustigeant aussi "le silence de la justice" belge sur les "ossements" de son père dont il réclame la restitution depuis deux ans.

Le chef du parquet fédéral belge Frédéric Van Leeuw a reconnu que le dossier judiciaire - une enquête pour "crime de guerre" - comportait "une dent de Patrice Lumumba". Celle-ci a été saisie dans la famille d'un policier belge ayant contribué à faire disparaître son corps (jamais retrouvé) il y a 59 ans.

Félix Tshisekedi accorde une grâce pour de nombreux prisonniers congolais

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Bilan controversé pour le gouverneur du Nord Kivu

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Tshisekedi réduit la peine d'Eddy Kapend, condamné pour l'assassinat de l’ex-président Laurent-Désiré Kabila

Eddy Kapend moko na baye baketelamaki etumbu ya liwa mpo kufa ya mokonzi ya kala Laurent-Désiré Kabila, tata na président ya kala Joseph Kabil, na Kinshasa, 16 janvier 2001.

La condamnation de l'ex-aide de camp de l'ancien président a longtemps été décriée par beaucoup qui le considéraient comme un bouc émissaire.

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a annoncé mercredi des commutations de sentences et des grâces collectives pour des centaines de prisonniers.

La mesure, qui intervient à l’occasion des 60 ans de l’indépendance de la RDC, s’applique à titre exceptionnel aux personnes condamnées pour l’assassinat de l’ancien président Laurent-Désiré Kabila, père de son prédécesseur Joseph Kabila.

Ainsi le colonel Eddy Kapend et ses co-condamnés, jugés coupables devant un tribunal militaire en 2001, sont parmi les bénéficiaires de la mesure du président Tshisekedi.

La condamnation de l'ex-aide de camp présidentiel et de ses co-accusés avait défrayé la chronique, et nombreux sont les Congolais qui à ce jour pensent que M. Kapend est innocent.

En avril l’Association africaine pour la défense des droits de l’homme (ASADHO) avait demandé au président Tshisekedi de libérer Eddy Kapend et ses compagnons, selon la radio onusienne Radio Okapi.​

Selon des sources proches de l’ancien président Joseph Kabila, le président Tshisekedi aurait consulté son prédécesseur avant de finaliser cette grâce. Ces mêmes sources précisent que la famille de M. Kapend avait récemment adressé une correspondance à l'ex-président pour demander clémence.

Du coup, le colonel Kapend et les autres personnes condamnées pour avoir tué celui qui avait délogé Mobutu Sese Seko voient leur peine de mort commuée en prison à perpétuité.

Selon un avocat à la Cour d’Appel de Kinshasa-Gombe qui a requis l'anonymat, grâce présidentielle n'est pas à écarter pour ces condamnés qui ont déjà passé 19 ans en prison.

Le président Tshisekedi a aussi commué de nombreuses sentences.

Certaines personnes qui avaient été condamnée à 5 ans de travaux forcés ont été libérées, d'autres ont vu leur sentence réduite à 5 ans d'emprisonnement.

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