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Les huit accusés plaident non coupables pour un viol collectif en Inde


Des manifestants dénoncent le viol d'une fillette de huit ans dans l'État du Jammu-et-Cachemire et celui d'une adolescente dans l'État d'Uttar Pradesh, Bombay, Inde le 15 avril 2018.
Des manifestants dénoncent le viol d'une fillette de huit ans dans l'État du Jammu-et-Cachemire et celui d'une adolescente dans l'État d'Uttar Pradesh, Bombay, Inde le 15 avril 2018.

Huit hommes accusés d'avoir violé et tué une fillette musulmane d'une tribu nomade en Inde ont plaidé non coupables lundi dans cette affaire qui révulse le pays et a fait descendre des milliers de citoyens dans la rue.

Le gardien d'un temple hindou et quatre policiers figurent parmi le groupe arrêté pour ce crime qui s'est déroulé en janvier dans l'État du Jammu-et-Cachemire, au nord de l'Inde. Selon l'acte d'accusation de la police, rendu public la semaine dernière, cet acte visait à terrifier la communauté de bergers musulmans des Bakarwals pour les forcer à quitter la zone, à majorité hindoue.

Ce fait divers est venu jeter une lumière crue sur les tensions intercommunautaires en Inde, dirigée par les nationalistes hindous de Narendra Modi depuis 2014.

Les suspects ont comparu lundi pour la première fois devant un tribunal de la petite ville de Kathua. Ils ont plaidé non coupable et ont demandé à passer au détecteur de mensonges. L'audience a ensuite été ajournée pour des questions procédurales.

"Le tribunal a ordonné que les copies de l'acte d'accusation soient distribuées à tous les accusés. La prochaine date d'audience est le 28 avril", a déclaré à la presse Ankur Sharma, avocat de la défense.

Symptôme de la tension autour de de dossier, la Cour suprême a ordonné lundi que la famille de la victime et son avocate, laquelle a dit avoir reçu des menaces de mort, soient placées sous protection policière.

D'après les enquêteurs, les suspects ont kidnappé la fillette de huit ans alors qu'elle cherchait ses chevaux en forêt. Ses tortionnaires l'auraient droguée, séquestrée pendant cinq jours dans un temple hindou, violée à tour de rôle, avant de finalement l'étrangler et lui frapper la tête avec une pierre.

Son corps avait été découvert en forêt une semaine après sa disparition.

Bollywood dans la rue

Bien que survenue il y a plusieurs mois, cette affaire a connu un écho national lorsque ses détails ont été portés à la connaissance du grand public la semaine dernière.

Des avocats de l'association du barreau local ont essayé de physiquement bloquer le chemin des enquêteurs alors qu'ils se rendaient au tribunal de Kathua pour déposer l'acte d'accusation contre les suspects, tous hindous.

Une plainte a été déposée contre eux et le conseil du barreau d'Inde a diligenté une enquête sur cet incident.

Des manifestations ponctuelles contre le fléau des violences sexuelles se sont tenues dans plusieurs grandes villes d'Inde ce week-end, sans générer pour l'instant un mouvement massif semblable à celui déclenché par le viol collectif et le meurtre d'une jeune fille à New Delhi en 2012 - une histoire qui avait choqué la planète.

Formant une caisse de résonance avec l'histoire de Kathua, un autre retentissant dossier de viol en Uttar Pradesh - grand État notoirement corrompu du nord du pays - implique un influent législateur du Bharatiya Janata Party (BJP), la formation au pouvoir en Inde. Cette affaire questionne la culture d'impunité des élites dans ce pays d'Asie du Sud.

Après des mois d'inaction, la police locale a finalement été dessaisie au profit des enquêteurs fédéraux, qui ont procédé à l'interpellation du suspect.

Fait rare, quelques stars de Bollywood ont lâché Twitter, leur espace d'expression habituel, et sont descendues dans la rue pour afficher leur mécontentement.

"Nous ne manquons pas de viols horribles et d'histoires de ce genre mais la différence ici est l'obstruction à la loi qui est survenue", a déclaré à l'AFP l'actrice Kalki Koechlin.

Environ 40.000 cas de viols sont signalés chaque année en Inde, selon les statistiques officielles. Les observateurs estiment cependant que ce chiffre n'est que la partie émergée de l'iceberg en raison de la forte culture du silence qui prévaut sur ce sujet dans la société indienne.

Avec AFP

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