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République du Congo

Pourquoi les Américains veulent saisir un appartement de luxe de la famille Sassou Nguesso

Denis Christel Sassou Nguesso, à Brazzaville, le 28 août 2018. (VOA/Arsène Séverin)

Les autorités américaines ont demandé à un tribunal fédéral l'autorisation de saisir un appartement de luxe qui appartient au fils du président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis près de quatre décennies.

L'affaire a d'abord été révélée par le quotidien Miami Herald, puis relayée par l'ONG Global Witness.

Selon les documents officiels du tribunal que VOA Afrique a parcourus, ni le président congolais ni son fils, Denis Christel Sassou Nguesso, ne sont poursuivis dans le cadre de cette affaire.

La propriété immobilière qui fait l'objet de la demande de saisie est située dans l'État côtier de Floride, dans le sud des États-Unis, plus précisément dans la ville de Miami, réputée pour ses plages et ses boîtes de nuit.

Un penthouse avec vue sur mer

Il s’agit d’un appartement de plus de 325 mètres carrés situé au dernier étage d’un gratte-ciel à 63 niveaux, soit la 3e structure la plus haute de Miami. Avec trois chambres, cinq salles de bain, et trois terrasses, le penthouse surplombe la magnifique baie de Biscayne avec une vue imprenable sur l'océan Atlantique.

Selon les procureurs américains, l’appartement a été acheté en 2011 par Denis Christel Sassou Nguesso par l’intermédiaire d’un Gabonais vivant aux États-Unis. Les autorités américaines affirment sous serment qu'il a été acheté avec de l'argent volé à Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), basée à Brazzaville.

Un deuxième bien immobilier de grande valeur est également mentionné dans la plainte déposée il y a un mois, le 12 juin, mais ce dernier ne fait pas l’objet de poursuites pour l’instant.

Selon les procureurs américains, Denis Christel Sassou Nguesso a orchestré des années durant un stratagème lui permettant de détourner les fonds destinés au trésor public congolais vers ses comptes personnels et ceux de ses complices. Dans cette entreprise, selon les autorités, il a bénéficié de soutiens de plusieurs personnes tant à Brazzaville qu’à l’extérieur.

Le fils du président Sassou Nguesso est décrit dans la plainte comme un individu calculateur ayant un penchant pour le luxe extravagant. De 2001 à 2009, il a été à la tête de différents départements de la SNPC. En 2010, il est nommé "directeur général adjoint (DGA) en charge de l'aval pétrolier" par son père, le président Denis Sassou Nguesso.

Selon les autorités américaines, le DGA s'est rendu aux États-Unis à plusieurs reprises. Un jour, les autorités aéroportuaires l'ont soumis à un interrogatoire parce qu'il avait dans ses effets 100 000 dollars, soit près de 60 millions de FCFA, en espèces. Une fois à l'intérieur des États-Unis, il utilisait un second passeport avec "Denis Christelle" comme prénom et nom. Les Américains affirment qu’il s’en est servi à plusieurs reprises pour ouvrir des comptes bancaires et faire des transactions.

"Associé A"

La plainte des procureurs fédéraux précise que Denis Christel Sassou Nguesso a reçu une assistance substantielle d’un individu dont la véritable identité n’a pas été révélée. Il est tout simplement désigné comme "Associé A".

Selon la plainte, il s’agit d’un homme originaire du Gabon qui réside aux États-Unis. A partir de 2009, "Associé A" a joué le rôle de facilitateur au compte de Denis Christel Sassou Nguesso, selon les autorités. Il l’a aidé à transférer d’importantes sommes d'argent aux États-Unis, à acheter et entretenir des actifs aux États-Unis, selon les procureurs.

Entre 2009 et 2016, "Associé A" a permis à Denis Christel Sassou Nguesso d’exfiltrer 10,3 millions de dollars, soit plus de 6 milliards de FCFA, vers les États-Unis. Il s’agit uniquement des montants que les enquêteurs américains ont pu tracer avec certitude.

Selon la plainte, "Associé A" a ouvert deux comptes bancaires avec cet argent et c’est ainsi qu’il a pu acheter l’appartement luxueux de Miami. Au départ, "Associé A" s’est présenté comme l’unique acheteur, mais à la signature des documents du cadastre, il a enregistré l’appartement sous le nom de “Denis Christelle”.

Selon la plainte des autorités américaines, "Associé A" est le fils d'un ancien membre du gouvernement gabonais. Il ne fait pas l’objet de poursuites judiciaires.

SNPC, BGFI et Bank of America

Au cœur de toutes ces malversations présumées se trouvent une société de pétrole étatique et deux banques, une américaine et une gabonaise.

La Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) est une compagnie pétrolière étatique. Elle est chargée de délivrer les permis d'exploitation pétrolière au nom de l'État congolais. D’après les procureurs américains, la SNPC détient 15 % des parts de tous les champs pétroliers du pays.

Les procureurs américains estiment que Denis Christel Sassou Nguesso a abusé de sa position de DGA pour détourner des millions de dollars de fonds publics de la SNPC. Il est également soupçonné d’avoir extorqué des millions de dollars additionnels sous forme de pots-de-vin.

Du côté du Gabon, il s’agit de la banque BGFI Bank, dont le siège social est à Libreville, dirigée par le Gabonais Henri-Claude Oyima.

Les autorités américaines ont obtenu des copies des échanges d’emails au fil des ans entre le PDG de la banque et le fils du président congolais, selon la plainte.

La BGFI joue un rôle central en facilitant l'exfiltration des fonds hors du Congo à partir de sa succursale au centre-ville de Brazzaville, effectuant régulièrement des transactions pour le compte de Denis Christel Sassou Nguesso. Ni la BGFI ni son personnel ne fait l’objet des poursuites dans le cadre de cette affaire.

Du côté américain, c’est la Bank of America, la deuxième plus grande banque des États-Unis, qui est utilisée. C'est là que l'argent prétendument détourné du Congo a été planqué, selon les procureurs fédéraux.

"Denis Christelle" et "Associé A" y ont tous deux ouvert des comptes bancaires. Il semble que la banque coopère avec les autorités judiciaires, par exemple en leur fournissant des relevés bancaires et des reçus de transactions.

Selon ces documents, Denis Christel Sassou Nguesso a ouvert quatre comptes bancaires à l'intérieur de l'établissement entre 2013 et 2016. Les responsables de la banque affirment qu’ils ne connaissaient pas la véritable identité du monsieur, vu qu’il utilisait son deuxième passeport sous le nom de "Denis Christelle".

Des preuves quasiment irréfutables

La plainte des procureurs fédéraux s'étend sur plus de 20 pages. Elle contient des comptes détaillés des transactions, des reçus bancaires, avec envoyeur, récipiendaire, dates et montants.

Le dossier comprend également des documents de voyage, notamment les registres des agents des aéroports et des douanes, les fiches du cadastre, les reçus des services des impôts sur l’immobilier.

Les autorités américaines disposent également d'une importante pile d'échanges d’emails entre les différentes personnes et entités impliquées dans l’affaire. Par exemple, il existe des copies de courriels échangés entre Denis Christel Sassou Nguesso et le PDG de la banque BGFI, de même que des copies d’emails entre Denis Christel Sassou Nguesso et "Associé A".

Personne n'ira en prison

Comme il s'agit d'un procès en matière civile, aucune des personnes impliquées ne court le risque d'aller en prison dans le cadre de cette procédure.

Plus précisément, la plainte s'inscrit dans ce que la jurisprudence américaine appelle des poursuites "in rem". Dans ce genre d’affaire, le procès est intenté contre l'appartement lui-même, et non contre ses propriétaires.

Cependant les propriétaires et les locataires ont la possibilité de contester les allégations des procureurs.

Si personne ne se présente pour contester la version des faits de l’accusation, ou si la contestation est infructueuse, le bien immobilier sera alors confisqué.

En général, il est par la suite vendu aux enchères et l’argent perçu est reversé dans les caisses du trésor, non pas celui du Congo, mais aux États-Unis.

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Le Congo devrait être relié au Gabon par route à partir de Dolisie

Une partie de la route Dolisie-Kibangou, reliant le Gabon, déjà bitumée à Louvakou, le 24 janvier 2021.

Une nouvelle route va relier le Congo au Gabon grâce à un prêt de la Banque africaine de développement (BAD) estimé à plus de 2 milliards de francs CFA. Les travaux sur un premier tronçon de la route ont été lancés par les autorités.

Depuis les indépendances, partir de Dolisie à Kinbangou, dans le Niari, au sud ouest du Congo, est un vrai calvaire. La route n’existait presque pas sur les 93 Km à bitumer, ont reconnu les autorités.

La population, en majorité paysanne et vivant des activités agricoles, jubile pour avoir vu en 60 ans, les premiers kilomètres de goudron. Elle explique également les difficultés de transport auxquelles elle est confrontée.

"C’est difficile aller vendre du manioc à Pointe-Noire. Il faut passer quatre jours", témoigne une paysanne du village Pont du Niari. "Le transport des produits agricoles et de la pêche est très difficile avec cette route. Par exemple, les crevettes ou le poisson pour rissent après un jour d’attente de véhicule", indique un pêcheur.

"Nous sommes très contents, et nous prions tous les jours que cette route se termine. Nous aurons un nouveau pont également", ajoute un autre habitant de Pont du Niari.

Il s’agit de la route nationale n°3, Dolisie-Ndende, ville du Gabon. Grâce à 2 milliards 200 millions de francs CFA de financement de la BAD, un premier tronçon, Dolisie-Kibangou, est en pleine construction.

Le représentant de la BAD promet d’autres financements pour la suite des travaux.

Le Congo qui co-finance ces travaux à hauteur de 400 millions de francs CFA, met en avant l’intérêt de cette route.

"C’est un maillon important de la liaison entre Brazzaville et Libreville qui pourrait contribuer à relier le Gabon à la République démocratique du Congo, et à l’Angola par le Cabinda", a expliqué le ministre en charge de l’Aménagement du territoire, Jean Jacques Bouya.

Les travaux de construction de cette route ont été lancés au village Pont du Niari par le président Denis Sassou N’Guesso. Ils sont réalisés par une société chinoise, la CRBC qui a construit la route Brazzaville-Pointe-Noire.

Le Congo et le Gabon partagent une longue frontière et sont déjà reliés par une route goudronnée dans le nord. Il s’agit de la route Okoyo-Lekety-Mbie, inaugurée en 2015.

A Pointe Noire, la désillusion gagne du terrain

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L'Azerbaïdjan a expédié 500 tonnes d'armes vers Brazzaville

Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, passe en revue les troupes le 15 août 2010 à Brazzaville lors d'un défilé marquant un demi-siècle d'indépendance du Congo-Brazzaville.

Le Congo-Brazzaville a importé en toute discrétion quelque 500 tonnes d'armes d'Azerbaïdjan, révèle une enquête publiée avant l'élection du 21 mars dans ce pays d'Afrique centrale où le président Denis Sassou Nguesso, 77 ans dont 36 au pouvoir, sollicite un nouveau mandat.

Au total l'Azerbaïdjan a livré des armes à au moins 17 reprises depuis 2015 au Congo-Brazzaville, indique l'étude de l'OCCRP (Organized crime and corruption project), qui se présente comme "un groupement de journalistes d'enquête fondé en 2006".

La dernière livraison daterait de janvier 2020: "Plus de 100 tonnes d'armement ont été envoyés depuis l'Azerbaïdjan à la garde républicaine du Congo-Brazzaville, dont 775 obus de mortier, et 400 caisses de roquettes".

Ce dernier transfert d'armes "a suscité l'inquiétude chez les opposants" qui pensent "que Sassou Nguesso se prépare à utiliser la force si nécessaire pour se maintenir au pouvoir à l'approche des élections du 21 mars".

"Au moins deux envois livrés entre 2015 et 2018 ont été parrainés par l'Arabie saoudite, à un moment où Riyadh examinait la candidature du Congo-Brazzaville à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)", lit-on dans les colonnes du quotidien sud-africain Mail and Guardian, qui fait partie du consortium OCCRP.

Denis Sassou N'Guesso accusé de mener "une campagne déguisée"
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Pays d'Afrique centrale producteur de pétrole d'environ cinq millions d'habitants, le Congo-Brazzaville est dirigé depuis 1979 par l'ancien officier Denis Sassou Nguesso, à l'exception d'une parenthèse de cinq ans (1992-97).

Lors de la dernière présidentielle en 2016, la réélection contestée de M. Sassou Nguesso avait provoqué une rébellion dans la région du Pool au sud de Brazzaville, fief de l'opposition.

La riposte militaire du régime et la poursuite à huis-clos des rebelles avaient provoqué quelque 140.000 déplacés internes, jusqu'à un cessez-le-feu annoncé par les autorités en décembre 2017 avec les rebelles du pasteur Ntumi.

"Des figures de l'opposition affirment que des livraisons d'armes en provenance d'Azerbaïdjan ont été utilisées pour alimenter la brutale offensive post-électorale de 2016, qui a conduit à une crise humanitaire", d'après l'étude du consortium de journalistes d'investigation OCCRP.

Ces livraisons d'armes ont été faites en toute discrétion. Le Congo-Brazzaville "n'a fait état d'aucune livraison d'armes depuis trois décennies", selon l'enquête. Le pays n'est pas sous le coup d'un embargo, et n'a donc pas l'obligation de déclarer ses importations d'armes.

L'OCCRP affirme avoir obtenu des "plans de vol" et des "inventaires d'armes" pour documenter son enquête.

Le coût de la dernière livraison d'armes de janvier 2020 a été évalué à 10 millions de dollars par un expert.

Les autorités de Brazzaville n'ont pas répondu aux questions du rapport tout comme celles de Bakou sollicitées par l'AFP.

L'ambassade du Congo en France n'était pas non plus joignable vendredi matin.

Frappé par la chute des prix du pétrole, le Congo-Brazzaville lourdement endetté est parvenu à un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) en juillet 2019.

Au total sept candidatures ont été validées pour le scrutin du 21 avril dont celle du président Sassou Nguesso et de l'opposant Guy-Brice Parfait Kolélas, arrivé deuxième à la présidentielle de 2016.

A un mois de l'élection, l'ambiance à Brazzaville est moins tendue qu'en 2016. Il y a cinq ans, le scrutin avait été précédé d'une réforme très contestée de la Constitution permettant au président Sassou Nguesso de se représenter.

Une présidentielle "biaisée" en préparation le 21 mars au Congo, selon des ONG

Des membres du mouvement citoyen Ras-le-bol lors d’un point de presse à Brazzaville, 12 mai 2018.

Deux organisations de la société civile du Congo-Brazzaville ont dénoncé mercredi des irrégularités constatées dans l'organisation de l'élection présidentielle du 21 mars, qui risque selon elles d'être "biaisée" et "non transparente".

"L’élection sera biaisée. Nous exprimons notre vive préoccupation au regard des irrégularités et autres violations de la loi constatées dans le processus de l'élection présidentielle", écrivent dans un communiqué le Cercle des droits de l’Homme et de développement (CDHD) et le Mouvement citoyen Ras-le-bol.

"Il a été constaté que le processus de révision des listes électorales engagé n’a pas permis de mettre fin à certaines irrégularités. Force est de constater que ces listes sont identiques à celles datant de plusieurs décennies sans réel changement", dénoncent les deux ONG.

Selon elles, cette situation n’est pas de nature à garantir une maîtrise effective du corps électoral.

Elles affirment en outre qu’en prenant la décision de procéder au vote anticipé des agents de la force publique, le gouvernement n’a pas rassuré l’opinion sur le lieu de leur vote : dans les casernes, les camps ou encore dans les lieux habituels.

La force publique votera le 17 mars et le reste de la population le 21 mars.

Le scrutin va opposer le président sortant Denis Sassou Nguesso, 77 ans dont 36 cumulés à la tête d’un pays de 5 millions d’habitants dont la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté, et six autres candidats dont deux anciens ministres, Mathias Dzon et Guy-Brice Parfait Kolélas devenus de farouches opposants.

Le CDHD et le Mouvement Ras-le bol accusent la majorité au pouvoir d’avoir commencé à organiser la campagne électorale alors qu’elle n’est pas encore officiellement lancée.

Ces dernières semaines, M. Sassou Nguesso a effectué plusieurs déplacements à l’intérieur du pays.

Début mars l’épiscopat a émis de "sérieuses réserves" sur les conditions d’organisation d’une élection apaisée, crédible et transparente le 21 mars.

Une nouvelle raffinerie suscite l'espoir à Pointe Noire

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