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Algérie

Une présidentielle le 4 juillet est-elle encore possible ?

Des étudiants algériens scandent des slogans pendant une manifestation dans la capitale, Alger, le 21 mai 2019.

Le pouvoir algérien s'accroche à la présidentielle prévue le 4 juillet pour sortir de la crise. Mais, critiquée de toute part, sans candidat crédible déclaré et sans électeurs annoncés, sa tenue apparaît de plus en plus incertaine.

Pourquoi la date fait-elle débat ?

Avec la démission le 2 avril, sous la pression populaire, du président Abdelaziz Bouteflika, chef de l'Etat durant deux décennies, l'Algérie est entré dans une phase de transition.

Le pouvoir actuel et son président par intérim Abdelkader Bensalah, désigné conformément à la Constitution en tant que président de la Chambre haute, veut s'en tenir aux délais constitutionnels : l'élection d'un nouveau président dans les 90 jours suivant le début de l'intérim.

M. Bensalah, officiellement entré en fonctions le 9 avril, a donc fixé ce scrutin au 4 juillet.

Mais, pour le mouvement de contestation, il est hors de question que le pouvoir intérimaire et le reste de l'appareil hérité du président déchu organisent ou supervisent le scrutin, alors que de forts soupçons de fraude ont entaché toutes les élections durant deux décennies.

Mobilisés depuis le 22 février, les manifestants restent inflexibles et réclament, avant tout scrutin, des structures de transition ad hoc, chargées de démanteler l'appareil hérité de M. Bouteflika et d'élaborer une nouvelle loi électorale et une nouvelle Constitution.

Mais, pour l'heure, l'armée et son chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, redevenus les véritables centres de décision, refusent tout autre processus que celui prévu par la Constitution actuelle.

Le scrutin peut-il se tenir le 4 juillet ?

Techniquement, oui. Mais de nombreux doutes émergent, alors que les délais raccourcissent et que certaines échéances semblent incertaines.

Contrairement aux scrutins précédents, le Conseil n'a pas communiqué officiellement sur les procédures ou les délais de dépôt des dossiers de candidature qu'il est chargé de valider. Selon les calculs de l'AFP, la date-limite est le 24 mai -c'est à dire vendredi-, mais aucune des personnes contactées au sein du Conseil n'a pu confirmer.

Le pouvoir algérien assure vouloir maintenir le scrutin dans les délais constitutionnels, mais la date du 4 juillet n'est plus explicitement citée, ni par M. Bensalah ni par le général Gaïd Salah. Ce dernier a appelé à "accélérer" la mise en place de l'instance indépendante chargée de l'organisation et de la supervision du scrutin.

Au sein des partis de l'ex-coalition soutenant M. Bouteflika, l'idée d'un léger report et d'une entorse mineure au cadre constitutionnel fait son chemin, tant l'échéance semble compliquée à tenir.

Tout en rejetant la "transition" demandée par la contestation, Mohamed Djemai, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), parti -majoritaire- du président déchu, a suggéré un report, "mais pas de beaucoup", le temps notamment de modifier la loi électorale.

Cadre du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié du FLN, Seddik Chihab a indiqué à l'AFP que "l'idéal" serait un délai de "trois mois supplémentaires ou de six mois" maximum.

L'opposition est quasi-unanime à demander un report, avec des durées variables.

Autre obstacle : des maires et magistrats ont annoncé refuser de prendre part à l'organisation du scrutin, dont ils sont des maillons importants.

- Quels candidats possibles ?

Au 20 mai, le ministère de l'Intérieur a dit avoir reçu 76 actes de candidatures mais, contrairement à l'usage, il n'a dévoilé les noms que de trois petits partis, pas ceux d'individus.

Aucune personnalité d'envergure n'a fait publiquement acte de candidature et ni le FLN ni le RND n'ont désigné pour l'heure de candidat. Selon des observateurs, plusieurs figures sollicitées par le pouvoir ont décliné.

Plutôt effacé, M. Bensalah ne peut se présenter en vertu de la Constitution. Quant au général Gaïd Salah, il a assuré mercredi n'avoir "aucune ambition politique".

Enfin, les principaux partis d'opposition n'entendent pas participer, pas plus que la contestation, qui refuse même dans l'immédiat de choisir le moindre représentant.

- Le scrutin peut-il permettre une sortie de crise ?

Au vu de la détermination du mouvement, les électeurs ne devraient pas se bousculer dans les urnes, dans un pays où la participation est chroniquement faible.

Lors de la présidentielle de 2014, à peine plus de 50% des électeurs s'étaient déplacés, malgré les moyens de pression des autorités de l'époque sur les fonctionnaires, salariés d'entreprises publiques ou bénéficiaires de prestations sociales. Des chiffres en outre gonflés a posteriori selon les observateurs.

En l'état, il est par conséquent difficile d'imaginer que la présidentielle à laquelle s'accroche le pouvoir soit une réelle voie de sortie de crise.

"Si l'élection est maintenue le 4 juillet, le président n'aura aucune légitimité populaire" et "je crains (...) que nous entrions dans une spirale qui ferait perdurer la crise", a déclaré à l'AFP Zoubir Arous, professeur de sociologie à l'Université d'Alger II.

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Nouveau vendredi de manifestations contre le pouvoir

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26e vendredi de manifestations contre le régime

Des manifestants algériens scandent des slogans et brandissent des drapeaux nationaux dans les rues de la capitale, Alger, le 26e vendredi consécutif de manifestations du 16 aout 2019.

Les Algériens manifestent à nouveau massivement dans les rues du centre de la capitale, quadrillé par la police, pour un 26e vendredi consécutif d'un mouvement de protestation qui s'apprête à clore son 6e mois sans avancée vers une solution à la crise.

Malgré la forte chaleur estivale, la mobilisation, difficile à estimer précisément en l'absence de comptage officiel, semblait aussi importante que ces dernières semaines.

Amoindrie par les vacances scolaires par rapport aux premières semaines du "Hirak" (le mouvement de contestation né le 22 février), la mobilisation reste forte à Alger, où comme chaque vendredi, hommes, femmes et enfants de tous âges sont au rendez-vous.

"C'est ou nous ou ce pouvoir, on ne va pas s'arrêter", scandent les manifestants qui continuent de réclamer le départ du pouvoir de tous ceux ayant accompagné, durant ses 20 ans de présidence, Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue puis de l'armée.

Des dizaines de véhicules de police sont garés des deux côtés de la rue, sur une partie du parcours emprunté par la manifestation. Le dispositif semble toutefois avoir été légèrement allégé par rapport aux dernières semaines.

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, reste une cible principale des protestataires.

- "Experts de la triche" -

"Unis, on fera partir le +Gang+ (au pouvoir) puis Gaïd", scandent ces derniers.

Alors que le mouvement de contestation, qui s'apprête à fêter son 6e mois le 22 août, ne semble pas s'essouffler, aucune solution à la crise politique dans laquelle est plongée l'Algérie ne se profile.

Le "Hirak" continue de refuser la présidentielle que le pouvoir souhaite coûte que coûte organiser le plus rapidement possible pour élire le successeur de M. Bouteflika. Une élection convoquée le 4 juillet a dû être annulée, aucun candidat sérieux ne s'étant présenté.

"On ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement. Ils trouveront le moyen de frauder. Ce sont des experts de la triche. Qu'ils partent avant les élections", résume Mohamed Benouafek, 45 ans, ingénieur dans une entreprise privée, interrogé dans une rue d'Alger par l'AFP.

Chauffeur de taxi de 65 ans, Ahmed manifeste vendredi "pour redire à Gaïd que nos revendications n'ont pas été satisfaites", contrairement à ce que le chef d'état-major a assuré le 8 août, en dénonçant "certains groupes" qui "s'acharnent à rejeter toutes les initiatives présentées et tous les résultats obtenus".

Le "dialogue" proposé par le pouvoir à la classe politique et à la société civile pour définir les modalités de cette élection, censé en garantir l'équité, est également rejeté par les manifestants, et "l'Instance de dialogue" mise sur pied pour parler avec les divers acteurs, peine à asseoir sa légitimité à leurs yeux.

- "A la poubelle" -

Nommé à la tête de cette instance, Karim Younès, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de M. Bouteflika, est une fois encore conspué vendredi par les manifestants aux cris de "Karim Younès à la poubelle!".

"On reste avec des pratiques anciennes, ce genre d'instance va nous mener à l'impasse", a averti jeudi, dans un entretien au site d'information TSA (Tout sur l'Algérie), l'économiste Smail Lalmas, qui a démissionné de cette instance après le refus du pouvoir de prendre des mesures "d'apaisement" réclamées en signe de bonne volonté.

De leur côté, plusieurs partis politiques et organisations de la société civile ont été contraints de reporter une réunion prévue samedi, faute d'avoir obtenu - comme le veut la loi - une autorisation préalable des autorités.

"Au moment où le pouvoir fait la promotion de son offre de dialogue, la réalité est tout autre", s'insurgent les organisateurs dans un communiqué, dénonçant "le verrouillage du débat public, des médias, du dialogue dans la société".

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