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Algérie

Près de trois mois de contestation populaire massive

La police algérienne monte la garde lors d'une manifestation à Alger, la capitale, le 4 mars 2019, contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika, en difficulté, à un cinquième mandat.

L'Algérie est secouée depuis février par des manifestations massives déclenchées par la candidature à un nouveau mandat d'Abdelaziz Bouteflika, qui se sont transformées en contestation de tout le régime.

- "Pas de 5e mandat" -

Le 22 février, plusieurs milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes. "Pas de 5e mandat", "Ni Bouteflika, ni Saïd" (frère du président, perçu comme un "président bis" et un successeur possible), scandent les protestataires à Alger, où les manifestations sont interdites depuis 2001.

Au pouvoir depuis deux décennies, M. Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013, avait annoncé le 10 février qu'il briguerait un 5e mandat.

Le 1er mars, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à nouveau à Alger. "Le peuple veut la chute du régime", crient les manifestants.

- Présidentielle reportée -

Le 3, M. Bouteflika s'engage, s'il est élu, à ne pas terminer son mandat et à se retirer après une présidentielle anticipée.

Le 10, il regagne l'Algérie après deux semaines d'hospitalisation en Suisse pour "examens médicaux". Etudiants et enseignants occupent plusieurs universités.

Quelques jours après avoir présenté l'armée comme la "garante" de la stabilité, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major, déclare que l'armée "partage" les "mêmes valeurs" que le peuple.

Le 11, M. Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat et reporte sine die la présidentielle.

Le ministre de l'Intérieur Noureddine Bedoui remplace Ahmed Ouyahia comme Premier ministre.

Le 15, une foule impressionnante envahit Alger. Des manifestations ont lieu dans 40 préfectures sur 48. Des diplomates évoquent "des millions" d'Algériens dans les rues.

- Bouteflika démissionne -

Le 26, le général Gaïd Salah demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir, en vertu de la Constitution, ou qu'il démissionne.

Le lendemain, le Rassemblement national démocratique (RND), pilier de la majorité au côté du Front de libération nationale (FLN), demande "la démission du président".

Le 2 avril, le général Gaïd Salah demande que soit "appliquée immédiatement" la procédure constitutionnelle permettant d'écarter M. Bouteflika.

Peu après, M. Bouteflika, 82 ans, démissionne.

- "Qu'ils partent tous" -

Le 5, les Algériens descendent en masse dans la rue, déterminés à se débarrasser du "système".

Le 9, le président du Conseil de la Nation (Chambre haute du Parlement) Abdelkader Bensalah est nommé président par intérim. Les partis d'opposition boycottent la réunion du Parlement.

A Alger, des milliers d'étudiants protestent. La police tire des grenades lacrymogènes et fait usage de canon à eau.

Le directeur de l'Agence France-Presse (AFP) à Alger, Aymeric Vincenot, est expulsé par les autorités qui refusent de renouveler son accréditation.

Le 10, la présidentielle est fixée au 4 juillet.

Le 16, le président du Conseil constitutionnel Taïeb Belaiz, fidèle de l'ex-président Bouteflika, démissionne.

Des dizaines de milliers d'étudiants manifestent à Alger, mais aussi à Oran, Constantine, Annaba ou Béjaïa. "Le peuple veut qu'ils partent tous", clament les étudiants.

- Enquêtes judiciaires -

Le 29, le ministre des Finances Mohamed Loukal, ancien gouverneur de la Banque centrale, est entendu par le parquet dans le cadre d'affaires de "dilapidation" de fonds publics. Il ressort libre de son audition, sans faire de déclaration.

Le lendemain, l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, limogé en mars pour tenter d'apaiser la contestation, est entendu dans des dossiers "de dilapidation de fonds publics et d'avantages indus", selon la télévision publique. Il ne fait aucune déclaration à sa sortie du tribunal.

Le 5 mai, Saïd Bouteflika ainsi que deux ex-chefs des services de renseignements --les généraux Mohamed Mediene dit "Toufik" et Athmane Tartag alias "Bachir"-- sont placés en détention provisoire. Ils sont poursuivis pour "atteinte à l'autorité de l'armée" et "complot contre l'autorité de l'Etat".

La justice a lancé plusieurs enquêtes pour des faits de corruption contre des personnalités liées à l'ex-président Bouteflika.

- 13e vendredi de manifestations -

Le 17, une importante foule défile dans le centre d'Alger pour un 13e vendredi consécutif contre le régime et contre la présidentielle prévue le 4 juillet. Des foules nombreuses marchent dans d'autres villes du pays.

"Pas d'Etat militaire". "Gaïd Salah dégage !", scandent les manifestants à Alger, qui reprochent au général son refus de toute autre sortie de crise que la présidentielle du 4 juillet.

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CAN-2019 - Sénégal-Algérie: la fête a déjà commencé au pays des Lions

L'équipe du Sénégal lors d'un match de qualifications pour la CAN 2019, le 13 octobre 2018. (VOA/Amedine Sy)

Sûrs de la victoire face à l'Algérie en finale de la CAN-2019, les Sénégalais ont déjà commencé à faire la fête à Dakar et dans les villes de province, pavoisées aux couleurs du Sénégal, à quelques heures du coup d'envoi dans la chaleur du Caire vendredi (19H00 GMT).

Fort de son statut de mondialiste, de première nation africaine au classement Fifa, et de l'apport de son champion d'Europe Sadio Mané (Liverpool), le Sénégal rêve de vaincre le signe indien à l'occasion de la deuxième finale continentale de son histoire, après celle perdue en 2002 face au Cameroun.

Depuis le début de la matinée, les rues de Dakar sont rythmées par le son des coups de klaxon, des vuvuzelas et de la musique de son autre star internationale, le chanteur Youssou N'Dour.

Malgré la défaite (1-0) contre ces mêmes Algériens en phase de poules, "on va gagner, Inch Allah (si Dieu le veut). La coupe, ce sera au Sénégal cette année", affirme le vendeur ambulant Ibrahima Diallo, qui a rallié la place de la Nation, dans le quartier populaire de Colobane, plusieurs heures avant le début du match.

"La fête a déjà commencé et l'intensité va monter jusqu'à la fin du match", promet-il, alors que plusieurs centaines de supporters ont commencé à affluer vers ce lieu traditionnel de rassemblement. La place a été transformée en "fan zone" dotée de trois écrans géants et d'un large podium, où des groupes doivent animer une soirée que tous espèrent festive.

- Trottoirs repeints dans la nuit -

Dakar s'est mise sur son 31 pour soutenir ses Lions. "Nous avons nettoyé le quartier", sourit une collégienne, Adama Samb. Autour d'elle, dans les rues populaires du quartier de Bopp, les banderoles, poteaux électriques, troncs des arbres bordant les rues, et même les chaussées et trottoirs, repeints pendant la nuit, arborent les couleurs vert-jaune-rouge du Sénégal.

Un chauffeur de taxi rouspète. Il est "obligé de faire un détour" pour se rendre sur la corniche-ouest, où une autre "fan zone" était en cours d'installation à quelques mètres de l'océan.

Les cafés, restaurants et les centres commerciaux se préparent également à diffuser le match, même si de nombreux Sénégalais comptent le regarder en famille, à la maison.

A Kolda (sud), en Haute-Casamance d'où est originaire la star Sadio Mané, comme à Saint-Louis (nord), fief de l'ailier Ismaïla Sarr, la même fièvre et les mêmes couleurs ont envahi les rues, selon des correspondants de l'AFP.

Football/CAN-2019: Belmadi parle de son "ami" Cissé

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Le journal de la CAN-2019 du 17 juillet

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CAN-2019: pour ou contre l'Algérie, le dilemme égyptien

Des supporters algériens, le 30 juin 2014.

"Viva l'Algérie" ou "tout sauf l'Algérie": les supporters égyptiens sont partagés entre ceux qui soutiennent leurs "frères arabes" pour la finale de la CAN-2019 au Caire, et les irréductibles qui perpétuent la rivalité historique entre les deux pays.

Dix ans après le caillassage du bus des joueurs algériens au Caire, la haine a-t-elle quitté les deux camps ? Dimanche lors de la demi-finale Algérie - Nigéria, le soutien ostentatoire de certains supporters égyptiens aux Super Eagles a déclenché quelques accrochages avec des Algériens.

"En termes de performance, ils méritent d'être en finale et de la gagner contrairement à notre propre équipe", concède Mohamed, alors que l'Egypte, pays-hôte, a été éliminée dès les huitièmes de finale.

"Mais j'espère qu'ils ne vont pas remporter la compétition", s'empresse d'ajouter ce comptable de 32 ans, en évoquant de vieilles "querelles".

L'origine de cette inimitié ? L'attaque du bus des joueurs algériens, faisant plusieurs blessés avant un match de qualification au Mondial-2010, qui avait dégénéré en violents affrontements entre supporters, puis en crise diplomatique.

A la suite de ces événements, qui se sont répétés à plusieurs reprises depuis, les appels aux calmes de part et d'autre n'ont pas empêché les accusations tous azimuts par voie de presse, convocations de diplomates et protestations formelles des deux pays.

- "Aucun problème sécuritaire" -

Depuis le début de la CAN-2019, la présence des forces de l'ordre s'est renforcée dans les rues et surtout autour des stades, dans un pays où l'enjeu sécuritaire restait le défi majeur de l'organisation de la compétition, notamment face à l'afflux progressif des supporters des "Fennecs".

"Jusqu'à présent, il n'y a ni problèmes, ni différends, ni crises d'ordre sécuritaire", assure un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur qui a requis l'anonymat.

"Les célébrations (des supporters algériens) dans les rues se sont déroulées en présence d'Egyptiens sans mécontentement ou problème", a-t-il assuré.

Car, en dépit des anciennes tensions footballistiques entre les deux pays, de nombreux Egyptiens se tiennent derrière les Algériens, dans les stades ou dans les rues, au nom de l'unité arabe.

"Je vais les supporter car nous sommes tous arabes mais en temps normal je ne les soutiens pas vraiment après ce qu'il s'est passé", confie sans grand engouement Ali, un étudiant de 23 ans.

"A l'époque j'avais 13 ans. Je m'en souviens à peine, beaucoup de choses se sont passées", raconte ce fan du club d'Al-Ahly, qui refuse de tourner complètement la page des affrontements.

- "Débat nouveau et positif" -

"Après les événements de 2009, les gens soutenaient n'importe qui contre l'Algérie", se souvient Hatem Maher, journaliste sportif. Mais, selon lui, le fait que la question se pose désormais de supporter ou non les Fennecs est "un débat nouveau et positif".\

"La tension a diminué de manière notable", observe-t-il, mettant en avant l'absence de matches à enjeu au cours de la dernière décennie, l'émergence d'une nouvelle génération de fans mais aussi les "changements politiques".

"Après la révolution de janvier 2011, beaucoup de gens ont commencé à revenir sur ce qui s'était passé et ont accusé Hosni Moubarak (l'ex-président déchu lors de ce soulèvement populaire, ndlr), ses fils et ses médias, d'être les vrais responsables des tensions entre les deux pays et leurs supporters", observe-t-il.

"Entre l'Algérie et l'Egypte, à l'époque, il y avait aussi une rivalité politique pour savoir qui historiquement était le leader du monde arabe", ajoute Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques et auteur de "Géopolitique du sport".

"Les deux régimes étaient en difficulté et comptaient un peu sur l'équipe nationale pour redorer leur blason", explique-t-il.

Aujourd'hui, pour certains Egyptiens, les Fennecs doivent l'emporter. "Les Algériens sont en fête. Pourquoi ne serions-nous pas heureux pour eux ?", se demande Mohamed, ancien entraîneur de foot à la retraite.

CAN-2019: le stade de foot, laboratoire politique de la contestation algérienne

Des supporters algériens, le 30 juin 2014.

Slogans percutants, chants politiques, et expériences de groupes : les manifestations en Algérie, qui ont poussé l'ex-président Abdelaziz Bouteflika à la démission le 2 avril, ont pris racines dans les stades de foot, rares espaces de liberté dans un pays verrouillé.

"Qu'ils partent tous": pour avoir brandi dans un stade de la CAN-2019 une pancarte comportant l'un des messages phares du mouvement de contestation en Algérie lors du match contre le Kenya, un supporter des "Fennecs" a été expulsé d'Egypte puis condamné à un an de prison ferme.

La raison ? "Avoir exposé aux regards du public des tracts de nature à nuire à l'intérêt national", selon une source judiciaire, alors que les manifestations hebdomadaires débutées fin février, exigent désormais le départ de tous les dirigeants ayant eu des responsabilités durant la présidence de M. Bouteflika.

Cela n'a pas empêché les milliers de supporters encore présents au Caire d'entonner un des couplets de "La Casa del Mouradia" -- chanson composée par un groupe de supporters de l'USM Alger devenue l'un des hymnes du "hirak" (mouvement) --, l'espace de quelques secondes lors de la demi-finale contre le Nigeria.

Mardi lors de l'entraînement des "Fennecs", ouvert un quart d'heure au public, la centaine de supporters présents ont fait un pied de nez encore plus explicite à trois jours de la finale : après avoir mis l'ambiance et entonné l'hymne national, ils ont repris "La Liberté", tube engagé du rappeur-star Soolking... qui résonne habituellement lors des "vendredire", néologisme inventé par les contestataires pour désigner les manifestation chaque vendredi et signifiant "manifester joyeusement".

- Plus qu'un simple "défouloir" -

"Depuis les années 1970-80, le stade a toujours été un espace d'expression politique en Algérie, peut-être plus que dans les autres, où il pouvait y avoir plus de contrôles, de censures. C'est l'endroit où l'on peut défier l'+establishment+, déconstruire les tabous de la nation algérienne", explique à l'AFP Mahfoud Amara, professeur de sciences sociales et de management du sport à l'Université du Qatar.

"Les supporters utilisent des méthodes de provocation, où la vulgarité peut avoir un sens politique. Vu qu'il n'y a pas de débat, on rejette l'ordre moral qui a été imposé par les institutions de l'Etat", ajoute le chercheur algérien, auteur en 2012 d'une étude sur le sujet.

Un "défouloir" qui peut aussi créer des incidents diplomatiques, à l'image d'un tifo grimant en 2017 le roi Salmane d'Arabie saoudite et Donald Trump comme "les deux faces d'une même pièce" lors d'un match du championnat local, ou sombrer dans la violence, parfois meurtrière, lors d'affrontements entre supporters ou contre les forces de l'ordre...

Mais depuis le 22 février, la violence brute a laissé place à l'humour et à la créativité, avec des pancartes pleines de métaphores footballistiques.

- Avant-garde -

"Ce n'est pas un match, non aux prolongations !", "Peuple 3 - 0 Pouvoir"... Même des membres de groupes "ultras" des différents clubs algérois, habituellement "ennemis", ont manifesté main dans la main dans les rues de la capitale.

De quoi rappeler le phénomène "Istanbul United", quand les groupes rivaux des clubs de Besiktas, Galatasaray et Fenerbahçe avaient participé ensemble aux manifestations place Taksim en 2013, ou l'alliance déterminante des supporters cairotes d'Al-Ahly et de Zamalek dans le soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011 ?

"Je ne sais pas si on peut faire le parallèle", explique à l'AFP Maher Mezahi, journaliste spécialiste du football maghrébin. "C'est très commun de voir des supporters provenant de groupes différents être côte à côte. Mais cela ne se produit qu'à l'échelle individuelle et non au nom du groupe en lui-même."

A défaut d'avoir réellement apporté aux manifestants leur expertise en matière d'organisation, "les ultras algériens ont davantage donné un genre artistique aux forces d'expression", complète Mahfoud Amara.

"Ils ont contribué, un petit peu, à être la voix du peuple à un moment où il y avait une lassitude de la politique, admet le chercheur. Le stade a été pendant ce temps l'endroit où il y a eu cette continuité."

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