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Une foule d'opposants en liesse célèbre "le visage de la justice" au Kenya

Raila Odinga, leader de l’opposition au milieu d’une en foule en liesse après la décision de la cour suprême à Nairobi, Kenya, 1er septembre 2017.

"Baba ! Baba !" Des Kényans scandent le surnom du chef de l'opposition kényane Raila Odinga, tout en dansant et brandissant des affiches électorales avec l'une des photos de leur candidat, quelques moments après la décision de la Cour Suprême d'annuler la présidentielle du 8 août.

Debout à l'arrière d'une moto, un homme portant un costume de gorille, mobilise la foule en klaxonnant dans le bidonville de Kibera à Nairobi, l'un des bastions de l'opposition acquis à Odinga.

Dansant et chantant, une nuée de sympathisants d'Odinga converge vers ce centre névralgique de l'opposition, où des violences meurtrières avaient éclaté après l'annonce de la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta à l'élection du 8 août, que l'opposition estimait entachée de multiples irrégularités.

Vendredi, dans ce même bidonville de misère criante, des sympathisants d'Odinga brandissent des branches d'arbres et célèbrent la décision de la Cour Suprême, saisie par Odinga, et qui a ordonné en raisons d'irrégularités une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 60 jours.

Mais dans ce paysage de pauvreté, l'homme du moment n'est pas tant Odinga que David Maraga, un homme qui affiche souvent une expression amusée, et qui est le juge président de la Cour Suprême kényane.

- "Un héros africain"-

"C'est un héros africain !", lance Joseph Omullo, un jeune diplômé de 25 ans au chômage, écrasé par la foule et qui hurle pour se faire entendre. "Le chef de la justice est exemplaire ! Tous ce que nous voulons c'est que le justice soit rendue".

A proximité, une femme âgée esquisse des mouvements de danse, tout en tenant sur sa tête un journal vieux de cinq jours, avec une photo de Maraga en Une. "C'est la première fois que nous voyons le visage de la justice au Kenya"", crie un Kényan.

Esther Osimbo, âgée de 33 ans, mariée à un pêcheur, se fraye un chemin tant bien que mal vers le coeur de la foule : "C'est historique. Maraga est un grand, grand homme", dit-elle, notant avec une pointe de regret qu'il soit déjà marié.

C'est la première fois en Afrique que la Cour Suprême annule le résultat d'une élection présidentielle, selon l'opposition kényane. La décision, aussi dramatique qu'inattendue, a été rendue à la majorité, deux juges sur un total de sept - dont un absent pour cause de maladie - ayant exprimé des opinions différentes.

Au Kenya, cette décision a surpris de nombreuses personnes estimant que la justice est inféodée à la présidence.

"Dans le monde entier, tous les yeux étaient tournés vers cette Cour Suprême et le juge a pris la bonne décision", déclare Frederick Oyieng, un gardien de nuit âgé de 36 ans.

"C'était une surprise (...) il était temps que la justice soit rendue", lance Donna Abongo, âgée de 39 ans. "Félicitations aux juges!".

Des scènes semblables étaient visibles dans d'autres quartiers à Nairobi tout comme à Kisumu, l'autre grand bastion de l'opposition dans l'ouest du pays, au bord du lac Victorioa, où des Kényans arpentaient les rues en brandissant des branches et en criant "Uhuru doit partir".

"Ils ont volé les élections depuis si longtemps", déclare Lynette Akello, une vendeuse de poissons faisant allusion au fait qu'Odinga se soit déclaré convaincu que la victoire à la présidentielle lui a été volée par trois fois. "C'est la justice pour Baba !".

Avec AFP

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Guinée: Condé laisse une nouvelle fois planer le doute sur une candidature

Alpha Condé lors d'une réunion à Bruxelles, le 7 octobre 2017

Le président de la Guinée Alpha Condé, en visite officielle à Abidjan, a une nouvelle fois laissé planer le doute sur une modification de la Constitution qui lui permettrait de briguer un troisième mandat en 2020.

"Il y a un débat en Guinée. Moi j'observe (...), ce qui est évident c'est que le peuple guinéen est un peuple souverain, (...) qu'on ne peut pas empêcher le peuple de s'exprimer s'il le souhaite", a-t-il répondu à la presse qui l'a interrogé sur le sujet.

Il a aussi fait valoir qu'il n'avait "de comptes à rendre qu'au peuple de Guinée et éventuellement au peuple africain, mais pas à l'extérieur". "Je fais ce qui sera la volonté du peuple de Guinée. Pour le moment (...) je laisse le débat se dérouler dans le pays", a-t-il ajouté.

Les principaux partis d'opposition guinéens, ainsi que des associations de la société civile et des syndicats, ont annoncé début avril la création d'une coalition pour empêcher Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020.

Ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest régie jusqu'alors par des pouvoirs autoritaires, Alpha Condé, dont le deuxième mandat constitutionnel s'achève en 2020, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats sur le continent.

M. Condé, 81 ans, n'a jusqu'à présent pas annoncé de modification de la Constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, mais plusieurs de ses déclarations récentes ont été interprétées en ce sens. "Personne en Guinée ne m'empêchera d'aller devant le peuple pour lui demander ce qu'il veut et faire la volonté du peuple", avait-il dit le 24 mars devant les militants de son parti.

En janvier, la présidence avait publié des propos de l'ambassadeur de Russie, suggérant d'amender la Constitution pour permettre au chef de l'Etat de briguer un troisième mandat, au grand dam de l'opposition et de la société civile.

Le président ivoirien Alassane Ouattara, 77 ans, dont le deuxième mandat se termine également en 2020, entretient lui aussi le mystère quant à une éventuelle candidature. Il estime avoir le droit de se représenter en raison d'un changement de Constitution en 2016, ce que conteste l'opposition.

Avec AFP

Algérie: dixième vendredi consécutif de manifestations contre le régime

Les manifestants retournent dans les rues pour reclamer des changements démocratiques en Algérie.

Le mouvement algérien de contestation testera vendredi sa capacité à rester mobilisé lors du 10e vendredi consécutif de manifestations à travers le pays, sur fond de limogeages de symboles du régime Bouteflika déchu et de spectaculaires incarcérations dans des affaires de corruption présumée.

"Pas de demi-révolution", titre en une vendredi l'édition week-end du quotidien El Watan, appelant à continuer à manifester jusqu'au départ du "système" dans son entier, tandis que des appels similaires continuent d'être relayés sur les réseaux sociaux.

Le sentiment d'avoir obtenu de nouvelles têtes pourrait encourager les manifestants, à l'issue d'une semaine marquée par de nouveaux limogeages, des convocations judiciaires et poursuites annoncées contre des caciques du régime et le placement en détention provisoire de riches hommes d'affaires.

D'autant que le pouvoir ne cède pas sur l'essentiel des revendications: départ de l'ensemble des figures de l'appareil hérité d'Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné le 2 avril après 20 ans à la tête de l'Etat, et organisation d'une transition hors du cadre institutionnel qu'il a légué.

Apparatchik ayant accompagné M. Bouteflika durant près de deux décennies, Abdelkader Bensalah est toujours président par intérim et Noureddine Bedoui, autre fidèle dévoué, toujours Premier ministre d'un "gouvernement de la honte", comme le nomment les manifestants.

- Rôle de l'armée -

Et ces dirigeants prévoient toujours, avec le soutien de l'armée, replacée au centre de la vie politique depuis le départ de M. Bouteflika, d'organiser le 4 juillet la présidentielle devant élire son successeur, ce que refuse la contestation qui estime qu'ils ne peuvent garantir un scrutin régulier.

L'incarcération en début de semaine de trois frères Kouninef, famille propriétaire d'un géant privé du BTP algérien, bénéficiaires de gigantesques contrats publics, ne peut que satisfaire la contestation qui depuis le 22 février dénonce, aux cris de "voleurs" ou "mafia", les liens troubles entre la présidence Bouteflika et les "oligarques".

Réputés proches de Saïd Bouteflika, frère et conseiller abhorré du président déchu, ces trois frères Kouninef sont notamment soupçonnés de "non respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics" et "trafic d'influence".

Mais le placement en détention préventive, simultanément, d'Issad Rebrab, première fortune d'Algérie et patron du conglomérat Cevital, premier employeur privé du pays, qui entretenait lui des relations notoirement tendues avec l'entourage de M. Bouteflika, a semé le doute sur les objectifs réels de ces enquêtes.

Une partie de la presse algérienne a qualifié "d'injonctions" les appels répétés à "accélérer la cadence" des enquêtes anticorruption, lancés aux autorités judiciaires par le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et de facto homme fort du pays depuis le départ de M. Bouteflika.

Ce qui a contraint l'armée à dénoncer, dans une rare "mise au point", "une lecture erronée" des déclarations du général Gaïd Salah, puis le Parquet a assurer n'avoir subi "aucune pression".

- Ministres chahutés -

Certains observateurs voient dans ces enquêtes une forme de "deal" implicite offert aux manifestants: les têtes des "corrompus" ou des symboles du pouvoir, contre un assouplissement des revendications notamment sur la présidentielle, dont le général Gaïd Salah a à nouveau réclamé dans la semaine qu'elle se tienne dans les délais constitutionnels.

Voire une tentative de diviser la contestation, dont au moins une partie a de la sympathie pour M. Rebrab, qui présente son groupe comme "une victime du +système+ (au pouvoir) et de sa mafia économique" qui entravent ses activités.

Dans la semaine, a été limogé le patron du Club des Pins, luxueuse résidence ultraprotégée réservée aux dignitaires, symbole des privilèges accordés aux personnalités du régime.

Mais aussi le PDG de Sonatrach, géant public des hydrocarbures, entreprise au centre de plusieurs scandales ces dernières années. Le lendemain, la justice annonçait enquêter à nouveau sur l'ancien ministre de l'Energie Chakib Khelil, très proche de M. Bouteflika, qui avait fui l'Algérie car recherché pour une affaire de corruption liée à Sonatrach, avant de rentrer une fois les poursuites abandonnées.

En province, les ministres du "gouvernement de la honte" continue d'être chahutés lors de leurs déplacements, malgré les récentes mises en garde du général Gaïd Salah contre ce phénomène qui se multiplie. Jeudi, le ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud, a écourté une visite à Saïda (nord-ouest) après avoir été conspué.

Avec AFP

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