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Un nouveau groupe armé, le Siriri, sévit dans l'Ouest en Centrafrique

Des soldats tanzaniens de la mission de maintien de la paix de l'ONU en République centrafricaine (MINUSCA) patrouillent la ville de Gamboula, menacée par le groupe Siriri, le 6 juillet 2018.

"La route n'est pas sûre", lâche un soldat tanzanien de l'ONU, les mains crispées sur sa kalachnikov, le regard glissant sur un mur végétal que seuls quelques minces rayons de soleil parviennent à percer.

Cramponnés à leur pick-up qui patine dans une boue rougeâtre, les Casques bleus tanzaniens scrutent l'épaisse jungle de la Mambéré-Kadéï, région de l'ouest de la Centrafrique où sévit depuis septembre dernier un nouveau groupe armé, appelé le Siriri.

Il est constitué en majorité d'éleveurs peuls, prétendant lutter contre les vols de bétail, très fréquents dans cette région de transhumance que l'Etat centrafricain ne contrôle pas plus que la plupart des autres régions du pays, déjà sous la coupe d'une quinzaine de groupes armés.

Ce nouveau groupe, dirigé par un certain Ardo Abba et dont les effectifs ne dépasseraient pas la centaine d'hommes, a menacé la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique (Minusca) de représailles si elle continuait ses opérations dans la région.

"Si tu viens demander la paix, tu ne viens pas avec des armes!", s'exclame Michel, un responsable de la mairie d'Amada-Gaza, localité de la région, en référence au Siriri qui signifie "la paix", en sango, principal dialecte centrafricain.

>> Lire aussi : Un prêtre tué dans des combats entre groupes armés en Centrafrique

Le 31 décembre, Michel a cru voir sa dernière heure arriver lorsque le groupe a attaqué son village: "Ils sont venus en moto, ils étaient une vingtaine, voulaient s'installer dans le village, mais on a refusé. Alors ils ont commencé à faire leur pillage". Bilan, deux morts et 25 boutiques pillées.

"Ils m'ont fouetté ici", poursuit Michel, en désignant sa nuque. L'un des membres du groupe "a sorti le fusil pour me tuer, mais leur chef a dit non. C'est (à ce moment) là que je me suis sauvé", se souvient-il.

- Villages rançonnés -

Les exactions de ce type se sont multipliées depuis le début de l'année au fur et à mesure que le groupe gagnait en puissance et en équipement.

"Ils ont des tenues neuves, des armes neuves, des rangers neuves, certains ont même des gilets pare-balles", affirme un ancien chef d'une milice antibalaka de la zone, reconnaissant que ni lui, ni les autres groupes d'autodéfense autoproclamés ne peuvent faire le poids face à un tel ennemi.

"Chaque mois ils rançonnent les villages. 1,5 million de francs CFA (2.283 euros) pour un grand village, 500.000 (761 euros) pour un petit. Les éleveurs doivent leur payer au moins un boeuf par semaine, en échange de leur +protection+", ajoute-t-il.

>> Lire aussi : Touadéra dénonce l'instrumentalisation de la religion en Centrafrique

Ceux qui refusent risquent de tout perdre. Mamadou Moktar, éleveur peul d'Amada-Gaza, peut en témoigner. Le groupe, censé protéger les éleveurs, lui a volé 40 boeufs, soit plus de huit millions de FCFA (plus de 12.000 euros).

En réaction à ces attaques, la Minusca a entamé depuis le 12 avril des actions militaires, tuant des dizaines de combattants du Siriri. Ce jour-là, le groupe qui avait érigé un barrage, a ouvert le feu sur une patrouille de l'ONU qui a répliqué.

Quatre rebelles, dont le chef des opérations militaires, Mahamat Djibrila, sont morts. "Djibrila croyant dur comme fer à ses grigris a chargé le blindé de l'ONU" et a été abattu, raconte une source sécuritaire.

- Divisions au sein du groupe -

Affaibli, le Siriri est allé chercher des renforts plus au nord, au sein de deux autres groupes armés, le FDPC (Front démocratique du peuple centrafricain) d'Abdoulaye Miskine et les 3R (Retour, réclamation, réconciliation), de Sidiki.

Ces renforts semblent avoir leur propre agenda. Ils occupent le village de Nofou, fief d'origine du Siriri dont les premiers combattants se sont, eux, relocalisés dans le village de Dilapoko.

"Il y a maintenant des divisions entre ceux qui acceptent de négocier et ceux qui refusent", explique une source sécuritaire.

>> Lire aussi : Reddition d'un chef antibalaka à Bangassou dans l'est de la Centrafrique

L'arrivée de ces renforts coïncide avec l'augmentation des exactions contre la population et des attaques contre l'ONU. Début juin, le Siriri a tué un Casque bleu et en a blessé sept autres dans une embuscade qui a couté la vie à seize rebelles.

Le groupe, qui veut venger la mort de son chef des opérations, entend aussi lutter contre l'installation d'avant-postes dans sa zone d'action où les Casques bleus tanzaniens en ont déjà construit quatre et s'apprêtent à en installer un cinquième.

Des actions utiles, mais insuffisantes, prévient une source militaire: "Tant que la frontière avec le Cameroun (proche) ne sera pas contrôlée, ils auront toujours des sanctuaires où se cacher".

Avec AFP

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Le corps de la paix s'affirme au Togo

Le corps de la paix s'affirme au Togo
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Sit-in de la presse guinéenne lundi 26 août pour dénoncer la situation des journalistes interpellés

Souleymane Diallo (G), PDG du groupe de presse Le Lynx/La Lance, Mamadou Diallo (C), Administrateur adjoint, et Aboubakar Diallo (D), directeur de Lynx FM.

Le milieu des médias en Guinée est secoué par les poursuites judiciaires engagées contre le doyen de la presse, Souleymane Diallo, fondateur du groupe Le Lynx/La Lance, et Aboubakar Diallo, directeur de Lynx FM. Les avocats des journalistes vont demander la levée des restrictions qui leur sont imposées, selon Me Mohamed Traoré, joint par VOA Afrique.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo ont été inculpés après une intervention, dans l’émission Œil de Lynx, de la dissidente Sano Doussou Condé, ancienne militante du parti au pouvoir RPG. Cette dernière est connue pour ses critiques contre le président Alpha condé.

Les deux journalistes ont été placé sous contrôle judiciaire pour «complicité de production, de diffusion et de mise à la disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre ou la sécurité publics (…)». Il s’agit d’une disposition qui figure dans la loi guinéenne sur la cyber-sécurité de 2016.

Souleymane Diallo, 74 ans, supporte “d’une manière sereine” cette situation, a dit son avocat, Maître Traoré, rappelant qu’il “a l’habitude des tracasseries sur les questions de liberté de la presse”, et disant qu’il lui avait confié “s’attendre à tout”.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo interdits de quitter Conakry
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Entretien:

Maître Mohamed Traoré: Nous avons été au niveau de la Direction centrale de la police judiciaire, où Monsieur Souleymane Diallo, pour protester contre le fait que la base de la poursuite n'est pas légale, n'a pas voulu s'exprimer devant les enquêteurs de la police; et c’est ainsi que le dossier été transmis au procureur du tribunal de Kaloum, spécialisé dans le domaine des infractions qui entrent dans le cadre de la cyber-criminalité.

On nous a parlé d'un enregistrement de cette émission au cours de laquelle, Madame Doussou Condé aurait tenu des propos, qui avaient été au départ qualifiés de délits contre l’autorité publique. Ça concerne en particulier l’offense au chef de l'Etat.

C'est au niveau du parquet que cette qualification a été abandonnée pour celle de production de diffusion et de mise à disposition d’autrui de données de nature à porter atteinte au public et à la dignité humaine par le biais d'un système informatique.

VOA Afrique: Pourquoi des accusations aussi graves sur la base de cette loi?

Me Traoré: Ce qui nous inquiète, c'est moins les poursuites que la base légale de la poursuite. En Guinée, depuis 2010, il y a une loi sur la liberté de la presse qui dépénalise partiellement les délits de presse.

Autrement dit, aujourd'hui, en Guinée, un journaliste ne peut pas faire l'objet d'une mesure privative de liberté en cas de commission d'une infraction. La seule sanction qui peut lui être infligée au plan pénal est une amende.

Mais cette loi sur la cyber-sécurité comporte des peines d'emprisonnement; elle est beaucoup plus répressive. Je pense que c’est pour cette raison qu’on y fait recours afin d'intimider les journalistes.

VOA Afrique: Quelles restrictions ont été imposées à Souleymane Diallo et Abou Bakr?

Me Traoré: En ce qui concerne Monsieur Souleymane Diallo, il est mis en liberté sous contrôle judiciaire; ce qui l'oblige à être présent deux fois par semaine au niveau du greffe du tribunal. Il lui est également interdit de sortir des limites de Conakry.

Pour Aboubacar Diallo, les mesures sont encore plus énergiques parce qu'il doit se présenter au tribunal trois fois par semaine. Il lui est interdit de sortir de Conakry sans l'autorisation du juge, et il lui est interdit de prendre part à l’émission Oeil de Lynx.

VOA Afrique: Comment expliquez-vous cette situation? Sachant que même sous Lansana Conté, il ne semble pas qu'il y ait eu des méthodes aussi dures à l'encontre de ce média satirique.

Me Traoré: Malheureusement, c’est ce que nous ne comprenons pas et ce que beaucoup de guinéens ne comprennent pas. Je dois rappeler d’ailleurs que même lorsque l'actuel président de la République a eu des ennuis avec la justice guinéenne, le groupe de presse fondé par Souleymane Diallo était au-devant de la scène pour la défense de sa cause. C’est même des journaux les plus courageux. Nous ne pensions donc pas que ce qui n'a pas pu se faire au temps du général Lansana Conté se fasse aujourd'hui, alors qu’il y a des méthodes que l'on condamnait.

Il y a des raisons de s’inquiéter parce qu’il y a quelques mois, c'était la restriction ou la limitation totale de la liberté de manifester. Aujourd'hui on est en train de passer à une autre phase, la restriction de la liberté de la presse, donc il y a vraiment des raisons de se poser la question de savoir de quoi sera fait demain en ce qui concerne les libertés individuelles.

VOA Afrique: Qu'est-ce que vous envisagez?

Me Traoré: Nous avons décidé de relever appel de ces mesures-là et nous allons demander à ce que le dossier soit transmis au niveau de la chambre de contrôle de l'instruction à la Cour d'Appel de Conakry pour que ces mesures soient levées, parce que nous estimons qu'elles ne sont pas du tout justifiées et n'ont pas lieu d'être…

Un groupe de presse guinéen placé sous contrôle judiciaire
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La mise sous contrôle judiciaire de Souleymane Diallo et Aboubacar Diallo a suscité des réactions au plan national et international et sur les réseaux sociaux. Des organisations de la société civile, comme la Maison des Associations et ONG de Guinée, et des personnalités politiques, notamment Cellou Dalein Diallo, ont apporté leur soutien aux journalistes interpellés.

«Nous sommes vivement préoccupés par cette nouvelle forme de censure, qui viole la loi de façon flagrante dans un pays où les délits de presse sont dépénalisés depuis 2010» a déclaré Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, estimant que «la loi sur la cybercriminalité, invoquée pour inculper les journalistes, n’est qu’un subterfuge pour pouvoir continuer de harceler les médias libres».

Dans une déclaration relayée par la presse guinéenne, Sanou Kerfala Cissé, président de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Libres de Guinée (Urtelgui), a appelé la Haute Autorité de la Communication (HAC), à faire rétablir le droit en matière de procédures judiciaires à l’encontre des journalistes.

Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.
Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.

«Il convient de mentionner que l’on n’a plus besoin de trimbaler un journaliste entre les postes de gendarmerie, la Direction de la police judiciaire et les tribunaux, car, la loi est très claire en la matière. En cas de commission de délit par le journaliste et par voie de presse, la citation directe à comparaître devant un juge reste et demeure l’unique voie empruntable”, a-t-il précisé.

Avant le cas de Souleymane Diallo et Abou Bakr, d’autres journalistes étaient déjà sous contrôle judiciaire et/ou en procès, comme Mohamed Bangoura du site d’information mosaiqueguinee.com et Lansana Camara de conakrylive.info. Les organisations de la presse guinéenne ont ainsi prévu un sit-in lundi 26 août devant le siège de la Haute Autorité de la Communication, afin d’attirer l’attention des commissaires de la HAC sur la gestion des procédures de délits de presse en Guinée.

Goma: une marche citoyenne contre l'Ebola

Goma: une marche citoyenne contre l'Ebola
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Entretien exclusif: Dennis B. Hankins, ambassadeur des Etats-Unis au Mali

Entretien exclusif: Dennis B. Hankins, ambassadeur des Etats-Unis au Mali
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"La lutte contre le terrorisme et l'extrémisme", principal objectif des Etats-Unis au Mali selon l'ambassadeur Hankins

Dennis B Hankins au bureau de VOA Afrique à Bamako, le 23 août 2019. (VOA/Kassim Traoré)

A l'issue, vendredi, d'une visite au bureau de VOA Afrique à Bamako, l'ambassadeur des Etats-Unis au Mali, Dennis B. Hankins a parlé de la situation dans le centre du pays, l'apport des USA et de la mission des Nations Unies au Mali, la MINUSMA.

VOA Afrique : Les Etats-Unis sont l’un des principaux partenaires techniques et financiers du Mali. Pouvez-vous nous parler de vos efforts dans la résolution de la crise dans le centre du pays ?

Dennis B. Hankins : J'ai tendance à dire que presque toutes les activités des Etats-Unis se situent entre la lutte contre le terrorisme et la lutte contre l'extrémisme. Et dans ce sens, nous voyons que les extrémistes dans le centre ont profité des faiblesses.

Nous savons que la nécessité de sécuriser la région, ce n'est pas seulement une question militaire et de police, mais ausi une question des services de bases. C'est dans ce sens que, mieux nous pouvons aider les Maliens à fournir les services d'éducation et de santé, moins les extrémistes peuvent provoquer les populations.

Estimez-vous que vous faites assez pour résoudre la crise ?

D.B.H: Je pense que nous faisons notre maximum, mais le fait qu'il y a toujours une crise veut dire que, soit nous, soit les Maliens, soit les autres partenaires, nous n'en avons pas encore suffisamment fait, parce qu'il y a toujours la crise. Cela dit, pendant ces derniers mois, nous devrons saluer les activités du gouvernement au centre du pays. Il y a eu renforcement de la présence sécuritaire, les deux visites du Premier ministre ont été bien notées, avec tous nos contacts dans le centre.

Ils ont bien apprécié les visites du gouvernemente parce que cela a montré vraiment les actions du gouvernement pour le centre. Il y a aussi le fait que le Premier ministre n'a seulement parlé avec la police et les militaires, mais avec toutes les communautés pour voir quels sont les problèmes à la base.

Nous allons aider le gouvernement dans ce sens.

Est ce que le gouvernement fait assez pour mettre fin à la crise au centre ?

D.B.H: Je dirai que, pendant les deux derniers mois, j'ai vu de vrais efforts, même si je vois que les ressources - sur le plan sécurité, l'équipement et la formation, la capacité de maintenir les troupes dans la région - sont limitées. On voit que c'est la moitié des forces combattantes qui sont au centre.

Le gouvernement a vraiment tenu son engagement. Ce n'est pas suffisant. Nous voyons une fenêtre d'opportunités dans la région. Mais je suis sûr que maintenant, c'est la saison des pluies, et quand la pluie va s'arrêter, je suis presque que sûr que la Katiba du Macina va lancer des attaques. Il va essayer de détruire le progrès accompli.

Nous espérons que les actions du gouvernement, avec notre appui, vont renforcer la capacité des communautés à faire face. Je sais que c'est calme dans la région, mais je suis au courant qu'il y a des personnes qui meurent chaque jour à cause de la violence.

Il y a des gens qui veulent manipuler leur communauté. Je vois que ce ne sont pas seulement les terroristes. Il y a les trafiquants de drogue, il y a des trafiquants de cigarettes, ils ne veulent pas la stabilité dans la région. Ils sont au Nord et au centre. Ils veulent l'instabilité pour faire leurs affaires.

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