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Mali

Un journaliste enlevé dans le centre par des jihadistes

La police malienne lors d'une manifestation à Bamako, le 10 janvier 2018.

Un journaliste malien a été enlevé jeudi dans le centre du Mali par des jihadistes présumés, une première depuis le début de la crise dans le nord du pays en 2012, a appris l'AFP samedi auprès de sa famille et d'une association nationale de journalistes.

"Issiaka Tamboura, directeur de publication de l'hebdomadaire Soft, a été enlevé jeudi par des jihadistes armés entre les localités de Boni et de Nokara (centre) et conduit vers une destination inconnue", a déclaré à l'AFP un membre de sa famille, contacté par téléphone.

Le journaliste conduisait une voiture, était seul et détenait sa carte de presse au moment de son rapt, selon la même source. Il faisait souvent état des "exactions" des jihadistes dans le centre du Mali, a indiqué à l'AFP un autre membre de sa famille.

Le véhicule à bord duquel le journaliste a été enlevé aurait été retrouvé samedi au pied d'une colline dans le centre du Mali mais aucun des trois téléphones qui étaient en sa possession ne répondait, a affirmé à l'AFP une source de sécurité malienne.

L'enlèvement d'Issiaka Tamboura par "des hommes armés" a été confirmé par la Maison de la presse de Bamako, qui regroupe plusieurs associations de journalistes maliens.

"Nous sommes très inquiets. Depuis le début de la crise malienne, des journalistes maliens ont été molestés, intimidés mais c'est la première fois qu'un journaliste malien est enlevé. Nous demandons sa libération immédiate", a déclaré à l'AFP Alexis Kalembry, un responsable de la Maison de la presse.

Le Mali occupe la 115e place dans le classement mondial de la liberté de presse 2018 établi par l'ONG Reporters Sans Frontières (RSF).

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été en grande partie chassés du nord du Mali ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire, qui se poursuit actuellement.

Cependant, les violences jihadistes ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires.

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Un rapport secret de l'ONU accuse de hauts responsables maliens d'entraver la paix

Les soldats de la force conjointe du G5 Sahel assistent à l'inauguration de son nouveau quartier général à Bamako, le 3 juin 2020. (Photo: MICHELE CATTANI / AFP)

Parmi les personnalités visées, l'ancien chef d'Etat major de l'armée de terre, le général Keba Sangaré et le général Moussa Diawara, à la tête du renseignement.

Des experts de l'ONU accusent des hauts responsables maliens de l'armée et des services de renseignements de "compromettre" l'application de l'accord de paix d'Alger, en dépit d'appels pressants de la communauté internationale pour résoudre la crise.

Ce rapport, remis au Conseil de sécurité de l'ONU le 7 août, n'est pas encore rendu public. L'AFP en a pris connaissance vendredi, alors que le Mali fait depuis plusieurs mois face à une nouvelle contestation politique majeure.

Une coalition d'opposants, de religieux et de personnalités de la société civile demande depuis juin la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en l'accusant notamment ainsi que son entourage de corruption et de népotisme. Au moins quatorze Maliens ont été tués en juillet dans des troubles, selon l'ONU.

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Ce rapport détaille la "méfiance" et la "confusion" créées par l'obstruction par de hauts responsables maliens de l'application de l'accord de paix signé en 2015 entre Bamako et les groupes armés, feuille de route censée résoudre la profonde crise sécuritaire débutée en 2012 avec le soulèvement de groupes armés indépendantistes touareg, puis jihadistes dans le nord du pays.

Les responsables maliens, qui ont "menacé et retardé" l'application de l'accord, devraient selon les experts être "tenus responsables" par le Comité de sanctions de l'ONU, qui doit se réunir prochainement.

Parmi les personnalités visées, l'ancien chef d'Etat major de l'armée de terre (2019-2020), le général Keba Sangaré, qui est notamment accusé de "prises de décision douteuses" lors du redéploiement programmé d'éléments de l'armée malienne dans le nord du pays fin 2019.

"Tactiques dilatoires"

Ce redéploiement progressif de l'armée nationale dans les principales villes du nord du pays doit se faire sous la forme de bataillons mixtes d'une armée dite reconstituée composés à ratio égal des forces armées maliennes, des combattants de l'ex-rébellion et des groupes armés pro-gouvernement.

Certains de ces bataillons mixtes ont fini leur entrainement officiel le 2 septembre 2019, dit le rapport onusien, mais ont reçu leur lieu d'affection par l'état-major "seulement en décembre", retard "largement" imputable à une décision de M. Sangaré selon les experts.

Entre temps, la plupart des soldats (pour la majorité originaires du nord du Mali, sans famille à Bamako selon l'ONU) "n'ont pas reçu de moyens de transport pour retourner dans leur région d'origine".

Certains ont essayé de rentrer chez eux par leur propres moyens. Mais 20 d'entre eux, voyageant dans un bus public, ont été enlevés par des hommes armés sur la route entre Bamako et Gao début septembre. Ils restaient fin août "disparus", disent les experts de l'ONU.

Ces événements symbolisent à la fois les "erreurs de planification" mais aussi les "tactiques dilatoires du gouvernement" dans l'application de l'accord de paix.

Le général Sangaré est également ciblé pour son rôle lors de l'attaque en février d'Ogossagou, un village peul du centre du Mali déjà attaqué en 2019 (160 morts). L'armée malienne, qui avait été déployée dans Ogossagou après cette première attaque, avait été largement critiquée par les ONG pour avoir quitté les lieux quelques heures avant la seconde attaque, le 14 février 2020.

Alimenter les "divisions internes"

M. Sangaré, en sa qualité de Chef d'état-major de l'armée de terre et en charge de la région du centre du Mali, "a été appelé à de nombreuses reprises et a reçu des messages l'informant de la menace, de la préparation et du début" de l'attaque, selon le rapport.

Mais il a "donné une fausse assurance à sa hiérarchie (...) que l'unité ne partirait pas avant l'arrivée de l'unité de remplacement".

L'unité sur place a quitté Ogossagou en fin d'après-midi, celle de remplacement n'est pas arrivée avant l'attaque durant la nuit, et au moins 35 personnes ont été tuées dans le village sans défense.

M. Sangaré a été limogé suite à l'attaque.

Les experts pointent également du doigt les services de renseignement maliens, devenus selon eux "vecteurs" d'une "stratégie non officielle (des autorités) visant à entraver la mise en oeuvre de l'Accord".

Selon le rapport, la Direction générale de la sécurité d'Etat (DGSE) "a incité, encouragé et facilité la fragmentation de la Coordination des mouvements de l'Azawad", la principale alliance signataire de l'accord de paix de groupes armés ex-rebelles, en "finançant" des "individus clés qui ont créé des groupes dissidents" du MNLA, groupe armé membre de la CMA, en 2016.

De plus, la DGSE a "alimenté les divisions internes" au sein de la Plateforme, l'autre alliance de groupes armés signataire de l'accord de paix, dit le rapport.

Le général Moussa Diawara, à la tête de la DGSE, est ciblé par les experts comme étant "personnellement intervenu" dans un détournement lié au processus d'attribution des quotas d'intégration d'anciens combattants ex-rebelles dans l'armée.

Le coronavirus interdit de visite dans la plus grande prison malienne

Des détenus sont vus dans leur cellule de la prison centrale de Bamako à Bamako, le 3 juillet 2020.

C'est loin d'être leur première préoccupation. Mais pour ceux qui s'accrochent aux barreaux de cette prison de Bamako, le coronavirus est devenu une réalité quotidienne avec laquelle il faut compter.

La maison centrale d'arrêt de Bamako, plus grande prison du Mali, s'est organisée dès le début pour empêcher la pandémie de franchir ses hauts murs. Avec succès jusqu'à présent, malgré la surpopulation, malgré la promiscuité et malgré des gestes barrière difficiles à faire appliquer par ses plus de 2.000 détenus.

Construit en plein centre de la capitale sous la colonisation française en 1951, l'établissement est une ville dans la ville. Si certains détenus - dont quelque 350 suspectés de jihadisme - sont gardés derrière d'épais barreaux, d'autres sirotent le thé dans de larges cours.

La vie y est bruyante et animée, chacun s'apostrophe dans un désordre apparent où chaque chose a sa place: à droite, la cuisine où d'immenses marmites laissent échapper le fumet du déjeuner, à gauche, le vendeur de cigarettes. Là, le coiffeur, plus loin, des détenus refont le monde (et le Mali), séparés par une grille.

Le colonel Adama Guindo, directeur général de la prison centrale de Bamako dans son bureau, le 3 juillet 2020.
Le colonel Adama Guindo, directeur général de la prison centrale de Bamako dans son bureau, le 3 juillet 2020.

A priori, la prison réunissait les conditions idéales pour une propagation rapide du virus, d'autant que la capitale concentre la majorité des quelque 2.500 cas de coronavirus officiellement recencés (pour plus de 120 morts) dans cet immense pays sahélien confronté à la pauvreté, à la guerre depuis 2012 et, depuis juin, à une profonde crise politique.

"Dès le début de la pandémie, on a tout fait pour qu'elle ne rentre pas ici", explique à l'AFP le colonel Adama Guindo, régisseur de la maison d'arrêt, un masque couvrant le bas de son visage.

Mi-juillet, quatre mois après l'apparition du coronavirus au Mali, aucun cas n'avait été détecté parmi les prisonniers, selon les reponsables de l'établissement.

"On est au bon milieu du fleuve, on ne peut pas crier victoire tant qu'on a pas atteint l'autre rive!", tempère Adama Guindo.

Surpopulation carcérale

Pour les visiteurs, dont le nombre a été réduit, la prise de température et le lavage des mains sont devenus des passages obligés, après les traditionnels contrôles de sécurité.

Environ 600 détenus ont été transférés vers une prison en proche banlieue, pourtant toujours en construction, et d'autres ont bénéficié d'une grâce présidentielle pour désengorger la maison d'arrêt.

Mais ils sont encore 2.100 prisonniers dans un établissement conçu pour en accueillir 400.

Des détenus dans la cour de la prison centrale de Bamako à Bamako, le 3 juillet 2020.
Des détenus dans la cour de la prison centrale de Bamako à Bamako, le 3 juillet 2020.

Les cellules, de vastes pièces aux murs salis par les années, abritent des dizaines de détenus, parfois des centaines, selon l'un d'eux, qui affirme vivre avec 300 personnes entassées les unes sur les autres.

Certains sont là depuis des mois, d'autres des années. L'immense majorité n'a pas été jugée; 160 seulement ont été condamnés, moins de 10% des détenus, "une catastrophe", selon le régisseur de la prison.

Tous les jours, de nouveaux arrivants franchissent les murs, chacun pouvant apporter avec lui la maladie.

Mais jusqu'à présent, il y a "seulement eu des cas suspects, envoyés au centre de santé" du quartier et revenus négatifs, explique Mahamadou Diarra, un des deux médecins de la prison.

Celle qui attend

Comment l'expliquer ? Toutes les personnes interrogées invoquent les mesures prises très tôt par les autorités. Au Mali, contrairement à certains de ses voisins, le coronavirus n'a que peu prospéré sur le terreau pourtant fertile de la promiscuité sociale, de la pauvreté et de la difficile prise en charge médicale.

Dès le début de la pandémie, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appuyé le centre de couture de la maison d'arrêt, qui s'est lancé dans la fabrication de masques.

Un détenu est vu en train de coudre un masque à titre préventif contre la propagation du coronavirus COVID-19 à la prison centrale de Bamako, le 3 juillet 2020.
Un détenu est vu en train de coudre un masque à titre préventif contre la propagation du coronavirus COVID-19 à la prison centrale de Bamako, le 3 juillet 2020.

"D'habitude, on produit de tout pour tout le monde, des pantalons, des chemises; mais maintenant les masques sont devenus une priorité", explique Chiaka, la vingtaine, détenu et apprenti couturier.

Les masques, environ 500 par semaine, sont rachetés par le CICR, qui les redistribue dans la prison. L'ONG a également offert des kits de lavage des mains, disposés un peu partout dans la maison d'arrêt.

Devant l'entrée de l'infirmerie, une douzaine de détenus discutent sous un arbre.

On trouve de tout dans les petits commerces improvisés de cette cour; un tatouage? Va pour un pistolet dessiné d'un trait sur l'avant-bras, ou le prénom de la femme qui attend au dehors, sur le biceps qu'on arbore fièrement devant les visiteurs du jour.

En dehors du personnel pénitentiaire, très peu de masques sont portés ici. Mais "si le contrôle continue de façon dynamique on a toutes les chances d'être épargnés!", veut croire le régisseur.

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