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Un évêque espagnol dans l'enfer des violences de Bangassou en Centrafrique

Des Casques bleus patrouillent à Bangui, en Centrafrique, le 14 février 2016.

De l'Espagne à l'enfer de la Centrafrique: le prêtre andalou Juan José Aguirre Muñoz assume depuis quinze ans la lourde charge d'évêque de Bangassou, théâtre du dernier épisode de violence meurtrière à grande échelle dans ce pays ravagé par les groupes armés qui attisent la haine entre chrétiens et musulmans.

Né à l'ombre de la magnifique cathédrale-mosquée de Cordoue (sud de l'Espagne), l'homme d'église a débarqué en 1980 dans l'ex-colonie française, un an après le renversement du fantasque "Empereur" Jean-Bedel Bokassa.

"J'ai vécu 33 belles années. Mais depuis quatre ans, c'est l'inexorable descente dans l'abîme", soupire l'évêque à la barbe grisonnante bien entretenue, 63 ans le 5 juin, qui accuse sous des airs débonnaires le coup de la fatigue après des infarctus et des pontages coronariens.

Parlant parfaitement français et couramment sango, l'autre langue nationale de la Centrafrique, Aguirre Muñoz a vu son pays d'accueil et de coeur s'enfoncer en 2013 dans la spirale des haines communautaires entre groupes armés Sélékas pro-musulmans et anti-Balakas pro-chrétiens.

La nostalgie d'avant 2013 s'empare de lui, malgré la pauvreté chronique du pays: "Je suis arrivé à Obo, près de la frontière du Soudan, en tant que missionnaire combonien. C'est là que j'ai passé mes sept premières années. Je prenais ma mobylette pour aller visiter la quarantaine de chapelles à la frontière du Soudan. La nuit je dormais dans une cabane, complètement seul. J'en profitais pour prier, pour écrire. Et puis la journée on construisait des chapelles avec les gens".

Ordonné évêque de Bangassou en 2000, l'Espagnol devient vite une figure dans cette ville reculée à 470 km à l'est de Bangui, posée sur la frontière avec la République démocratique du Congo.

L'Andalou a gagné le respect des populations avec sa "Fondation Bangassou", soutenue par un site internet et des bénévoles jusque dans son Espagne natale. "On a créé quatre maisons dans le diocèse pour les vieillards séniles, ceux qui sont accusés de sorcellerie, plusieurs coopératives pour les jeunes, pour qu'ils apprennent les métiers comme menuisier, des écoles pour les enfants".

Son engagement en faveur du dialogue et de la paix lui a aussi valu le surnom d'"homme qui dialogue avec les groupes armés". L'Espagnol a vécu l'un des pires moments de son sacerdoce dans la nuit du 12 au 13 mai 2017, quand le quartier musulman de Bangassou a été attaqué par un groupe lourdement armé et organisé, des anti-Balakas d'après la Mission des Nations unies (Minusca).

L'assaut a fait 108 morts, 76 blessés et plus de 4.400 déplacés, selon le bilan de la Croix rouge centrafricaine et du bureau des Affaires humanitaires des Nations unies en Centrafrique (Ocha).

Médiateur au coeur l'attaque

Réveillé par les coups de feu, l'Espagnol s'est dirigé vers la mosquée, où la population musulmane avait trouvé refuge sur les conseils des Casques bleus, qui sont par la suite partis, affirme-t-il.

Le missionnaire a vu de ses yeux des hommes armés piller les boutiques et les maisons du quartier musulman. "Une centaine encerclait la mosquée. Moi, j'ai tenté de m'interposer plusieurs fois", se souvient l'Espagnol rencontré par l'AFP lors d'un reportage à Bangassou.

"Ils ont vu l'imam sortir. Ils lui ont tiré dessus. Il est tombé à genoux, blessé à mort. Quand je suis arrivé, je l'ai trouvé comme ça, puis je l'ai porté pour allonger son corps dignement. Les anti-Balakas m'ont hurlé dessus pour que je n'y touche pas", relate l'évêque, le visage encore marqué par l'émotion.

Des familles musulmanes fuyant leurs habitations ont ensuite trouvé refuge chez lui, à l'évêché. "Ici, c'est Rome, on est sous la protection de l'évêque, il ne peut rien nous arriver", racontait à l'AFP un musulman réfugié dans l'église.

Quelques jours avant l'assaut contre Bangassou, l'Espagnol avait été mandaté par la Minusca pourrécupérer auprès des assaillants les corps de quatre Casques bleus tués dans l'assaut de leur convoi sur la route à 25 km de Bangassou. Déjà des anti-Balakas, d'après la Minusca.

"Deux jours de négociations. Une épreuve. Le plus dur est quand j'ai ramassé la main gauche d'un soldat. J'ai vu qu'il était marié. Cette image me hante depuis. Je pense à lui et à sa famille", soupire l'évêque.

Avec AFP

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33 morts dans des inondations et glissements de terrain en Afrique du Sud

Le port de Durban, en Afrique du Sud, le 25 mars 2013.

Au moins 33 personnes ont été tuées mardi par des pluies torrentielles qui ont provoqué des inondations et des glissements de terrain à Durban et dans sa province, sur la côte est de l'Afrique du Sud, ont annoncé les autorités.

"Les fortes pluies ont fait 33 morts", a déclaré Mme Nomusa Dube-Ncube, ministre de la province du KwaZulu-Natal, dont Durban est la principale métropole.

Dix enfants sont portés disparus à Durban et 42 personnes ont été blessés, a-t-elle ajouté. Parmi les morts figure un bébé de six mois et un enfant d'une dizaine d'années.

Au moins 145 personnes ont été déplacées par les inondations, selon le gouvernement.

En plus de maisons écroulées et de routes inondées, des conduites d'évacuation d'eau sont bouchées et des pylones électriques sont tombés.

Des renforts militaires ont été envoyés en soutien aux services de secours dans certaines zones particulièrement touchées par les pluies.

Les précipitations ont touché durant le week-end et la nuit de lundi à mardi tout le sud et l'est de l'Afrique du Sud.

Les services météorologiques sud-africains ont averti de la poursuite jusqu'à mercredi de cette épisode de précipitations, pouvant notamment affecter les axes routiers et les ponts situés dans les zones les plus basses du pays.

Pénurie de gaz au Tchad : appel à manifester en dépit d'une interdiction

Bonbonnes de gaz butane vide à N’Djamena, le 4 avril 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Le Collectif tchadien contre la vie chère a appelé mardi les Tchadiens à "manifester pacifiquement" jeudi pour protester contre la pénurie de gaz qui affecte le pays depuis plus de deux mois, en dépit d'une interdiction du gouvernement.

"Nous appelons les Tchadiens, jeunes, femmes, enfants touchés par cette situation à sortir massivement avec leurs bonbonnes de gaz et marmites vides" jeudi dans les rues, a déclaré le porte-parole du collectif, Dyngamnayal Nely Versinis, selon un communiqué.

Lundi, le gouvernement tchadien avait pris un arrêté pour interdire la marche lancée par ce collectif de la société civile. Mi-mars, une première marche avait déjà été interdite.

"Le gouvernement dans sa logique de restreindre la liberté d'expression, a pris un arrêté pour interdire ladite manifestation sans qu'aucune raison valable ne soit avancée", a indiqué le collectif qui a décidé "de maintenir la marche" jeudi "sur toute l'étendue du territoire".

Depuis fin janvier, la raffinerie de Djarmaya, seule source d'approvisionnement en gaz du pays, tourne au ralenti.

En cause, la révision des machines de la centrale, qui détient le monopole du gaz dans le pays, et qui n'aurait pas été anticipée.

Pour parer à la situation, le gouvernement avait autorisé l'importation de gaz du Nigeria ou du Cameroun, mais les besoins en énergie de la population ne sont toujours pas satisfaits.

"Aujourd'hui, il s'agit plus d'un bras de fer entre le gouvernement et la société chinoise actionnaire de la raffinerie pour la renégociation de contrats qui est en cause", a indiqué à l'AFP une source proche du ministère tchadien de l'Economie.

Au Tchad, les manifestations de la société civile sont souvent interdites par le gouvernement qui invoque des "raisons de sécurité".

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