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Ukraine: trois défis très sérieux pour le président humoriste

Volodymyr Zelensky célèbreau siège de son parti sa victoire face au président sortant Petro Porochenko., le 21 avril 2019. REUTERS / Stringer .

Pendant 20 ans, il a tourné en dérision sur scène la politique ukrainienne. Désormais président, Volodymyr Zelensky va être confronté à des défis très sérieux avec des interlocuteurs redoutables, que ce soit Vladimir Poutine, le FMI ou une classe politique frondeuse.

- Un conflit dans l'impasse

C'était l'argument essentiel de son adversaire, le président sortant Petro Porochenko: "Un acteur sans expérience ne peut pas faire la guerre avec l'agresseur russe".

Volodymyr Zelensky hérite d'un conflit à l'origine de près de 13.000 morts en cinq ans, qui prive l'Ukraine de contrôle sur le bassin houiller et industriel du Donbass et sur une partie de sa frontière avec la Russie.

Kiev et les Occidentaux accusent Moscou de soutenir militairement les séparatistes pro-russes à la tête de ces régions, ce que démentent les autorités russes malgré les constatations de plusieurs médias dont l'AFP.

Les accords de Minsk de début 2015, signés sous l'égide de Paris, Berlin et Moscou, ont permis de réduire l'intensité des combats, sans mettre fin au conflit ni apporter de solution politique.

M. Zelensky a promis dimanche de "relancer" ce processus après avoir émis pendant sa campagne l'idée d'associer les Etats-Unis ou le Royaume-Uni au processus de paix.

S'il s'est dit prêt à négocier avec Vladimir Poutine, il reste ferme: ces territoires doivent revenir pleinement dans le giron ukrainien, sans statut particulier.

Pour le politologue Mykola Davidiouk, plutôt qu'une solution militaire, "il essaiera à tout prix soit de conclure des accords personnellement avec Poutine soit d'utiliser des méthodes politico-diplomatiques avec l'aide de l'Union européenne et des Etats-Unis".

Voulant tendre la main aux populations qui vivent dans ces territoires, Volodymyr Zelensky a promis en fin de campagne une "guerre de l'information" visant à les convaincre "que l'Ukraine a besoin d'elles, qu'elles ont besoin de l'Ukraine" et des "mesures humanitaires" en leur direction.

- Urgence financière

Au bord du gouffre financier, l'Ukraine a bénéficié en 2014 d'un plan d'aide occidental, mené par le Fonds monétaire international (FMI). Mais les crédits ont été débloqués au compte-gouttes en raison de la difficulté à adopter certaines mesures de rigueur ou anticorruption exigées en contrepartie.

Espéré d'ici deux mois, le versement de la prochaine tranche (1,3 milliard de dollars) reste incertain, laissant les comptes en situation précaire.

"Dans les trois prochaines années, l'Ukraine devra rembourser plus de 20 milliards de dollars de dette publique, et on ne sait pas vraiment comment", avertit Olexandre Parachtchi, analyste de la banque Concorde Capital, soulignant l'"importance critique" de continuer à travailler avec le FMI.

Reste à voir si le futur président compte faire avaler à la population qui l'a massivement élu qu'elle doit consentir à des mesures de rigueur alors que le pays est l'un des plus pauvres d'Europe et qu'il se remet à peine d'un effondrement économique en 2014-2015.

M. Zelensky a insisté vouloir améliorer les conditions de vie pour enrayer l'hémorragie de main d'oeuvre subie par l'Ukraine en direction de ses voisins de l'UE.

Il se montre en revanche ferme sur la corruption, exigence majeure des Occidentaux qui n'ont pas caché leur agacement ces dernières années face au manque de progrès contre ce fléau. Il s'est aussi adjoint les services d'un ancien ministre des Finances respectés des milieux financiers, Oleksandre Daniliouk.

Très vite, Volodymyr Zelensky risque de se trouver face à une situation financière délicate. A trois jours du second tour, la justice a annulé le sauvetage fin 2016 de la première banque ukrainienne, PrivatBank, où repose une part non négligeable des économies des Ukrainiens. Les bailleurs de fonds de Kiev ont fait savoir qu'ils suivaient de près ce dossier clé pour l'assainissement financier du pays.

- Une classe politique hostile

Pour le politologue Mykola Davydiouk, "le premier risque, et le plus important, ne proviendra pas de l'armée ni de la guerre, mais de la formation de son équipe".

S'il a dit vouloir moderniser le pouvoir en introduisant une procédure de destitution, déménageant de la présidence au profit d'un "open space" ou se déplacer en vols réguliers, Volodymyr Zelensky n'a pas de majorité au Parlement pour former un gouvernement.

Les élections législatives ne sont prévues que le 27 octobre, dans une éternité à l'échelle de la vie politique ukrainienne. Les avancer pour bénéficier de l'élan de la présidentielle est très compliqué légalement.

"Zelensky aura beaucoup de mal à s'assurer du soutien du Parlement", qui lui sera "très hostile", estime Anatoli Oktysiouk, du centre d'analyse Democracy House.

Autre difficulté, selon cet expert, "les relations avec les oligarques", très puissants en Ukraine, et en premier lieu avec Igor Kolomoïski, adversaire farouche de Petro Porochenko accusé d'avoir organisé la candidature de M. Zelensky.

Avec AFP

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Brexit: Boris Johnson martèle que Londres sortira de l'UE le 31 octobre

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, le samedi 19 octobre 2019. (Photo AP / Kirsty Wigglesworth)

Le gouvernement de Boris Johnson a martelé dimanche que le Brexit aurait lieu le 31 octobre comme prévu, bien qu'il ait été contraint par le Parlement d'écrire à Bruxelles pour demander un report, un coup de théâtre qui relance l'incertitude sur les modalités du divorce.

La journée de samedi - avec un vote historique prévu au Parlement britannique sur le nouvel accord de Brexit triomphalement annoncé deux jours plus tôt à Bruxelles - devait enfin apporter une clarification plus de trois ans après le référendum de 2016.

Mais les députés ont repoussé leur décision et les Européens se sont retrouvés dimanche avec trois lettres, dont l'AFP a obtenu copie, disant tout et son contraire. Et moins de deux semaines pour éviter une sortie sans accord qui donne des sueurs froides aux milieux économiques.

La première lettre, non signée, demande un report de trois mois du Brexit. La deuxième, signée par Boris Johnson, dit qu'il ne veut pas de ce délai. La troisième, de l'ambassadeur britannique auprès de l'UE, Tim Barrow, précise que le report n'a été demandé que pour se plier à la loi.

Malgré cette demande, le gouvernement a assuré dimanche que le Brexit aurait bien lieu le 31 octobre. "Nous allons sortir le 31 octobre. Nous avons les moyens et la capacité de le faire", a déclaré Michael Gove, bras droit de Boris Johnson, lors d'un entretien avec Sky News.

Sur la BBC, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab s'est estimé "confiant", jugeant qu'"il y avait beaucoup de gens dans l'UE qui ne veulent pas d'un report".

- "Toutes les options ouvertes" -

A Bruxelles, le président du Conseil européen Donald Tusk a indiqué samedi soir "commencer à consulter les dirigeants de l'UE sur la manière de réagir". D'après une source européenne, les consultations "pourraient prendre quelques jours".

Dimanche, lors d'une courte réunion à Bruxelles des ambassadeurs des 27, autour du négociateur européen du Brexit Michel Barnier, la demande a été évoquée mais pas débattue.

"L'Union européenne garde toutes les options ouvertes", a déclaré à l'AFP un diplomate européen sous couvert d'anonymat, indiquant que le processus de ratification de l'accord était bien engagé.

Jeremy Corbyn, chef de l'opposition travailliste, crie pourtant déjà victoire : pour lui, "l'accord dommageable (de Boris Johnson) a été défait" et "malgré sa posture irritable et fanfaronne", il a dû "obéir à la loi", a-t-il dit sur Twitter.

La loi qui a forcé à réclamer cette extension a été adoptée en septembre pour éviter un "no deal", Boris Johnson s'étant dit prêt à cette option s'il s'agissait du prix à payer pour sortir le Royaume-Uni de l'UE le 31 octobre.

Elle dispose que si aucun accord de sortie n'était approuvé par le Parlement d'ici au 19 octobre, le Premier ministre doit réclamer un report du Brexit au 31 janvier 2020.

Boris Johnson espérait y échapper en faisant approuver samedi son nouvel accord de retrait de l'UE. Mais par l'un de ces coups de théâtre dont la démocratie parlementaire a le secret depuis le début de cette crise, la Chambre des Communes l'a contraint samedi à s'y conformer en repoussant son vote sur l'accord.

- "Nous nous battrons" -

Cette nouvelle journée folle à Westminster a relancé la grande incertitude au Royaume-Uni sur la manière dont le pays va sortir de l'UE. Le Brexit, initialement prévu le 29 mars, a déjà été repoussé deux fois.

En dépit de ce nouveau développement, la livre restait relativement stable lundi matin sur le marché des changes à 1,2910 dollar, ne cédant qu'environ 0,50% depuis vendredi soir. "On peut dire que la livre tient bon, ce qui montre que les espoirs (d'éviter un Brexit sans accord) n'ont pas été abandonnés", a affirmé à l'AFP Shinichiro Kadota, analyste chez Barclays Securities au Japon.

Vent debout contre une nouvelle prolongation "dommageable", Boris Johnson a assuré qu'il présenterait "la semaine prochaine" au Parlement la législation nécessaire à la mise en oeuvre de son accord de Brexit. "Si nous passons la législation à temps, alors il n'y a pas d'extension. Le 31 octobre est en vue", a dit Michael Gove.

Ils pourront compter sur le soutien de certains rebelles conservateurs opposés à un "no deal", ayant quitté ou été expulsés du parti. Maintenant qu'un report a été demandé pour "éviter un Brexit sans accord", "je soutiendrai l'accord du Premier ministre", a annoncé l'ancienne ministre Amber Rudd.

Anticipant d'autres soutiens, le chef de la diplomatie Dominic Raab a estimé que le gouvernement "avait maintenant le nombre (de voix) pour faire passer" l'accord.

Mais le député Keir Starmer, chargé du Brexit au sein de l'opposition travailliste, a prévenu sur la BBC : "Nous nous battrons avec des amendements". Le Labour va notamment en déposer un visant à organiser un second référendum avec comme options la sortie de l'UE avec accord ou, finalement, un maintien dans le bloc européen.

L'accord de Johnson règle les conditions du divorce après 46 ans de vie commune, permettant une sortie en douceur assortie d'une période de transition courant au moins jusqu'à fin 2020.

Avec AFP

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