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Des militants de droits de l'Homme jugés en lien avec le "terrorisme" en Turquie


Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan, New York, le 20 septembre 2017.

Le procès de onze militants des droits de l'Homme, dont deux responsables d'Amnesty international, s'ouvre mercredi en Turquie, plusieurs mois après leur arrestation qui avait suscité une vague de critiques à l'étranger.

Huit des accusés sont toujours en détention, dont Idil Eser, directrice d'Amnesty International en Turquie, et Taner Kiliç, président de l'ONG dans le pays, ainsi qu'un ressortissant allemand et un suédois.

M. Kiliç est accusé d'"appartenance à une organisation terroriste armée" et les autres d'"aide à une organisation terroriste armée". Ils risquent jusqu'à 15 ans de prison s'ils sont jugés coupables.

M. Kiliç a été arrêté en juin, soupçonné de liens avec le putsch manqué du 15 juillet 2016 imputé par Ankara au prédicateur Fethullah Gülen, installé aux Etats-unis.

Les dix autres accusés ont été arrêtés en juillet lors d'un atelier de formation qui se tenait sur l'île de Büyükada, au large d'Istanbul.

Selon l'acte d'accusation, ces militants ont voulu créer du "chaos" dans la société pour favoriser des manifestations anti-gouvernementales et ont aidé pas moins de trois "organisations terroristes" : le mouvement du prédicateur Gülen, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et un groupuscule d'extrême gauche appelé DHKP-C.

Pour Andrew Gardner, chercheur pour Amnesty International en Turquie, il s'agit de "poursuites complètement infondées qui ne reposent sur aucune preuve et ne résistent pas au moindre examen".

"Cette affaire est un test pour la justice turque", poursuit-il dans des déclarations à l'AFP.

L'arrestation des militants et leur renvoi en justice ont renforcé les craintes liées aux atteintes aux libertés en Turquie depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016, suivie de purges massives au cours desquelles plus de 50.000 personnes ont été arrêtées et plus de 140.000 limogées ou suspendues.

"Dès leur placement en détention, il a été clair qu'il s'agissait de poursuites motivées par des considérations politiques, destinées à faire taire les voix critiques en Turquie", a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe d'Amnesty International dans un communiqué.

"Si la justice peut être contournée par le biais d'une fiction dystopique tirée d'allégations absurdes et sans fondement, ce sera un jour sombre pour la justice turque et un triste présage pour l'avenir des droits humains dans le pays",a-t-il ajouté.

- Soutien -

M. Kiliç est notamment accusé d'avoir utilisé l'application de messagerie cryptée ByLock, que les autorités considèrent comme l'outil de communication privilégié des putschistes. Mais Amnesty affirme que deux expertises indépendantes de son téléphone, mandatées par l'ONG, n'ont révélé aucune trace d'un téléchargement de l'application.

L'Allemand Peter Steudtner et le Suédois Ali Gharavi, poursuivis dans cette affaire, intervenaient comme formateurs lors de l'atelier organisé à Büyükada.

L'interpellation du militant allemand a fortement tendu les rapports entre Ankara et Berlin qui, dans la foulée de son arrestation, avait annoncé une réorientation de sa politique, notamment économique, à l'égard de la Turquie.

La Suède a convoqué l'ambassadeur de Turquie à propos de M. Gharavi, se disant "inquiète" des accusations portées contre lui.

Amnesty a partagé lundi sur les réseaux sociaux une vidéo postée par Edward Snowden, lanceur d'alerte américain qui a révélé l'ampleur de la surveillance électronique par la NSA, dans laquelle il apporte son soutien aux militants emprisonnés, affirmant qu'ils sont détenus "pour avoir défendu les droits de l'Homme".

"Je sais ce que c'est de recevoir du soutien de l'extérieur quand on est seul, quand on en a le plus besoin", déclare-t-il, appelant à une mobilisation pour "les défenseurs des droits de l'Homme en Turquie".

Avec AFP

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