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Tunisie

Manifestation à l'occasion des 10 ans du début de la révolution tunisienne

Un manifestant chante des slogans alors qu'il se réunissait avec d'autres sur la place Mohamed Bouazizi dans le centre de la ville de Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie, le 17 décembre 2020.

Des centaines de personnes ont manifesté jeudi à Sidi Bouzid, au dixième anniversaire de l'immolation dans cette ville du centre de la Tunisie d'un jeune qui a déclenché un soulèvement mettant le pays sur la voie de la démocratie sans pour autant répondre aux aspirations des Tunisiens.

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant excédé par le harcèlement policier, s'est immolé par le feu sur la rue principale de Sidi Bouzid, ville marginalisée du centre de la Tunisie, déclenchant un mouvement de contestation sans précédent.

Le soulèvement fit quelque 300 morts dans le pays, mais les manifestations finirent par chasser du pouvoir le président Zine el Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011, et par s'étendre à d'autres pays de la région, faisant tomber plusieurs autocrates.

Si la démocratisation de la Tunisie est largement saluée, l'espoir a cédé la place à la colère au fil des ans, en l'absence d'amélioration sociale.

Des centaines de personnes ont manifesté jeudi à Sidi Bouzid pour réclamer du travail, l'un des slogans phare de la révolution.

"Bande de voleurs !"

"Le travail est un droit, bande de voleurs!", ont notamment scandé des manifestants devant la sculpture de la charrette de Mohamed Bouazizi, qui trône toujours dans le centre-ville mais n'incarne plus un avenir meilleur.

Des manifestants ont brandi un cercueil sur lequel on pouvait lire: "chômeur âgé de plus de 45 ans sans sécurité sociale".

Le chômage continue à ronger les rêves d'une large part de la jeunesse, surtout dans les régions marginalisées, où de nombreux habitants sont toujours cantonnés à l'économie informelle, sans droits ni protection sociale.

Les salaires, bas, sont grignotés par l'inflation, et l'instabilité politique annihile l'espoir de voir se concrétiser des réformes de fond.

"Nous vous avons préparé la route vers la liberté, mais vous avez pris une déviation", peut-on lire sur de grandes affiches placardées en centre-ville, où de nombreux habitants vaquent à leurs occupations habituelles, exprimant un désintérêt "total" de l'évènement.

Aucune visite officielle n'était programmée jeudi dans cette ville. Même le président Kais Saied, un universitaire revendiquant les idéaux de la révolution, élu en octobre 2019 sur fond de rejet des dirigeants au pouvoir depuis 2011, a annoncé qu'il ne viendrait pas, officiellement en raison d'"engagements urgents".

"L'ambiance n'est pas à la célébration", explique à l'AFP le politologue Hamza Meddeb. En dépit des avancées "dans les libertés politiques", dix ans après la révolution "il y a un réel constat d'échec", poursuit-il.

La classe politique, plus fragmentée que jamais depuis les législatives de 2019, se déchire sans parvenir à passer à l'action alors que l'urgence sociale s'accentue, avec les retombées dramatiques de la pandémie de nouveau coronavirus.

L'économie reste entravée par l'inertie de l'administration et un népotisme toujours fort.

Les Tunisiens représentent actuellement la moitié des migrants arrivant illégalement en Italie: les traversées clandestines de la Méditerranée sont reparties à la hausse depuis 2017, face au manque de perspectives.

A Sidi Bouzid, une scène a été montée pour un concert de rap, avec comme thème "10 ans, l'attente est longue".

"Cet événement, qui montre l'importance de la révolution pour nous, ne cache pas la colère (...) face à la classe politique", a déclaré à l'AFP Youssef Jilali, porte-parole des organisateurs.

"Plus la patience"

Sidi Bouzid comme la capitale étaient sous haute surveillance policière jeudi.

Dans la capitale, une vingtaine de victimes des dictatures passées ont réclamé devant le siège du gouvernement les procès et indemnisations promises.

Des grèves, blocages de routes et manifestations se sont multipliés ces dernières semaines pour réclamer des emplois, des investissements et des services publics de base.

Le principal parti --d'inspiration islamiste--, le mouvement Ennahdha, peine à constituer une majorité stable au sein d'une Assemblée où siègent une multitude de formations. Les débats dégénèrent régulièrement, et des coups ont été échangés la semaine passée.

Même M. Saied, qui a été élu "avec beaucoup d'espoir, est en train de décevoir une partie de l'électorat", souligne M. Meddeb.

"Les gens n'ont plus la patience d'entendre des discours, ils veulent des actions concrètes, là, maintenant et tout de suite!".

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Emeutes en Tunisie: 600 arrestations, l'armée en renfort

Emeutes en Tunisie: 600 arrestations, l'armée en renfort
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Plus de 600 arrestations après 3 nuits d'émeutes en Tunisie

Les manifestants se tiennent au milieu des fumées alors qu'ils bloquent une rue lors d'affrontements avec les forces de sécurité dans la banlieue d'Ettadhamen, à la périphérie nord-ouest de la capitale tunisienne, Tunis, le 17 janvier 2021.

Plus de 600 personnes ont été arrêtées après une troisième nuit d'émeutes dans de nombreuses villes de Tunisie, a indiqué le ministère de l'Intérieur lundi.

Des troubles ont éclaté au lendemain du dixième anniversaire de la chute du président Zine El Abidine Ben Ali et de son régime policier, le 14 janvier 2011.

Cet anniversaire a été étouffé par un confinement général de quatre jours qui s'est achevé dimanche, pour tenter d'endiguer une flambée de cas de Covid-19, assorti d'un couvre feu à partir de 16 heures.

Cela n'a pas empêché les échauffourées, dont les motifs exacts ne sont pas connus mais qui interviennent dans un contexte d'instabilité politique et de dégradation de la situation sociale en Tunisie.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Hayouni a fait état de 632 arrestations, évoquant des groupes de personnes entre 15 et 25 ans qui ont "brûlé des pneus et des poubelles afin d'entraver les mouvements des forces de sécurité".

Les heurts ont éclaté dans des zones marginalisées, frappées de plein fouet par la crise économique inédite, la pandémie ayant mis à mal un début de reprise, alors que la classe politique, divisée, est paralysée.

"Cela n'a rien à voir avec les mouvements de revendication garantis par la loi et la Constitution", a néanmoins estimé M. Hayouni. "Les revendications se déroulent normalement le jour (...) et sans actes criminels", a-t-il ajouté dans une interview à la radio privée Mosaïque, faisant état de deux blessés parmi les forces de l'ordre.

La police, déployée en nombre dans des dizaines de localités, dont le vaste quartier populaire d'Ettadhamen en périphérie de Tunis, a été prise pour cible par des protestataires souvent jeunes.

Des pillages ont également eu lieu dans certaines zones.

L'armée a déployé des renforts dans les régions de Bizerte (nord), Sousse (est), Kasserine et Siliana (centre-ouest) - afin de protéger les bâtiments publics, a indiqué lundi à l'AFP un porte-parole du ministère de la Défense, Mohamed Zikri.

Mondial de handball: Zoom sur la Tunisie

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Les Tunisiens marquent les 10 ans de leur révolution dans le confinement

Les partisans d’Hizb Ut-Tahrir brandissent des drapeaux lors d’un rassemblement à Sidi Bouzid, Tunisie, 17 décembre 2013.

La Tunisie célèbre ce 14 janvier le 10e anniversaire de sa révolution sans drapeaux ni de manifestations. Il n’y aura que quelques émissions spéciales à cause d’un confinement de quatre jours qui commence ce jeudi pour contenir la nouvelle vague de coronavirus.

"Normalement, on aurait manifesté sur l'avenue pour demander plus de justice sociale, car les gouvernements qui se succèdent depuis 2011 n'ont toujours pas pris en compte cette demande", explique à l'AFP Alaa Talbi, président de l’ONG “Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux”.

"Neuf gouvernements en dix ans ont peiné (...) à équilibrer les intérêts de l'élite traditionnelle avec ceux de la population défavorisée", souligne l'Institut Transnational, un think tank basé à Amsterdam.

La classe politique, fragmentée et paralysée par des luttes de pouvoir, peine à agir, et elle est accusée de servir des intérêts personnels.

Le 14 janvier 2011, après plusieurs semaines de troubles déclenchés par l'immolation d'un vendeur ambulant dans l'intérieur du pays, une foule inédite se rassemble devant le ministère de l'Intérieur, centre névralgique du régime au coeur de la capitale.

La colère contre la misère se tourne contre le régime, et le foule scande "Dégage". Le soir même, Ben Ali prend la fuite vers un exil doré en Arabie saoudite, où il est décédé en 2019, dans la discrétion.

La fuite de Ben Ali, après 23 années de règne a été suivie par des soulèvements dans plusieurs pays de la région et la chute d'autres autocrates considérés jusqu'alors comme inamovibles. Mais la Tunisie est le seul à avoir poursuivi sa démocratisation.

Le clan Ben Ali, éparpillé et discret, dix ans après la révolution

L'ancien président Tunisien, Ben Ali, lors d'un rassemblement politique en octobre 2009.

Dix ans après la révolution qui l'a chassé du pouvoir le 14 janvier 2011, le clan du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, qui avait accaparé des pans entiers de l'économie tunisienne, est éparpillé dans le monde.

La plupart n'ont pas répondu de leurs actes devant la justice. En 2010, ce clan captait notamment 21% des bénéfices du secteur privé tunisien, selon la Banque mondiale.

Le président déchu, condamné par contumace de nombreuses fois pour homicide, torture et corruption, est décédé en 2019, à 83 ans. Exilé en Arabie saoudite, il y a été enterré en présence de sa seconde épouse et de leurs trois enfants.

Leïla Trabelsi, surnommée la "coiffeuse" en raison de sa profession passée supposée, fut la seconde épouse du dictateur et l'une des personnes les plus haïes du régime. Elle continue de profiter de son exil doré saoudien malgré de nombreuses condamnations.

Elle réside à Jeddah (ouest) avec leur fils et leur fille cadette Nessrine.

Le clan Trabelsi

Les frères de Leïla Trabelsi sont accusés d'avoir été les moteurs de la mainmise sur les biens nationaux, qui ont permis au clan de régner sur un empire s'étendant de la grande distribution à l'immobilier en passant par la téléphonie, les médias ou l'automobile.

- Belhassen Trabelsi, 58 ans: le frère fugitif

Richissime homme d'affaires considéré comme le chef du clan, il s'est enfui en yacht vers l'Italie le 14 janvier 2011 et a rejoint le Canada, où il a résidé à Montréal jusqu'en 2016. Débouté de sa demande d'asile, il a pris la fuite.

Il a déposé un dossier en 2016 en Tunisie auprès de l'organisme de justice transitionnelle, l'Instance vérité et dignité (IVD), pour obtenir une réconciliation en contrepartie d'un remboursement de fonds détournés. Il a proposé 350 millions d'euros, a indiqué l'IVD, mais l'arbitrage n'a pas abouti.

Après trois ans de cavale, il est arrêté en mars 2019 en France, et la Tunisie demande son extradition.

Le cour d'appel d'Aix-en-Provence (sud) doit rendre sa décision le 27 janvier, le parquet ayant requis un avis favorable à l'extradition.

- Imed Trabelsi, 46 ans: le prisonnier

Le plus connu des membres du clan, neveu de Leïla, est emprisonné en Tunisie depuis le 14 janvier 2011, jour de la chute du président.

Arrêté alors qu'il s'apprêtait à s'envoler pour la France, il a été condamné notamment pour fraude et corruption à 100 ans de prison au total.

Il a livré en mai 2017 un témoignage inédit sur le système de corruption impliquant des douaniers, des hauts fonctionnaires et des ministres.

Il a présenté des excuses au peuple tunisien. Un accord de réconciliation moyennant finances a été trouvé mais il est toujours en prison.

Deux frères de Leïla Trabelsi sont décédés en prison: Moncef Trabelsi, mort d'une tumeur au cerveau en 2013 à 69 ans, et Mourad Trabelsi, qui souffrait de maladies chroniques et s'est éteint en avril 2020 à 65 ans, selon sa famille par manque de soins en détention.

Les gendres

- Sakher El Materi, 39 ans: le fantôme

Premier époux de Nessrine, souvent qualifié de "gendre préféré" de Ben Ali et présenté comme son potentiel dauphin, il s'est réfugié au Qatar avant de s'exiler aux Seychelles.

Selon l'ONG anticorruption I-Watch, il a obtenu la nationalité seychelloise mais il envisagerait de quitter l'archipel.

En 2017, il a entamé des négociations avec l'Etat tunisien sous l'égide de l'IVD pour faire acte de repentance et être autorisé à rentrer, proposant de rembourser 153 millions d'euros.

Son père Moncef Materi, condamné pour blanchiment, a été interpellé en France en juin 2017 lors de l'escale d'une croisière, en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par un juge tunisien. La cour d'appel d'Aix-en-Provence a rejeté son extradition en 2018.

- Marouane Mabrouk: le discret

Ex-époux de Cyrine Ben Ali, fille du premier mariage de Ben Ali, cet homme d'affaires de poids a gardé un rôle important bien que discret. Avec ses frères, il codirige l'un des principaux conglomérats du pays, présent dans la grande distribution (Monoprix, Géant), des concessions automobiles (Fiat, Mercedes) ou encore la banque.

Accusé d'avoir fait fructifier ses affaires grâce aux largesses de son ancien beau-père, il a vu certains de ses biens être gelés en 2011. Il a cependant pu en récupérer une partie après une levée contestée des sanctions par l'Union européenne.

- Slim Chiboub, 61 ans: le repenti

Époux de Dorsaf, la seconde fille du premier mariage de Ben Ali, ex-dirigeant du très populaire club de football de l'Espérance à Tunis, il est rentré d'exil en 2014 pour solder ses comptes avec la justice.

Il a passé un an en prison et s'est engagé, en échange de la suspension de poursuites, à restituer les sommes perçues indûment assorties d'une amende.

En dépit de cet accord, il a de nouveau été arrêté cet été.

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