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Syrie : la Russie intraitable sur le départ des rebelles d'Alep


Alep le 8 décembre 2016.

La Russie, alliée du régime de Damas, a martelé vendredi que l'offensive syrienne ne cesserait à Alep qu'après le départ de tous les rebelles, assiégés avec des dizaines de milliers de civils sous un déluge de feu.

Après une courte suspension, le régime du président Bachar al-Assad a repris vendredi ses raids aériens dévastateurs sur les quartiers rebelles d'Alep (nord), la deuxième ville de Syrie, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Les bombardements d'artillerie n'ont eux jamais cessé.

Environ 100.000 civils vivent encore dans ces quartiers, a indiqué l'ONU vendredi.

Il est devenu de plus en plus difficile de se procurer de la nourriture dans le secteur rebelle, dans le sud de la ville, car les rues sont trop dangereuses et personne n'ose sortir ouvrir son échoppe en raison des bombardements, a indiqué un correspondant de l'AFP sur place.

Même ceux qui vendaient du pourpier et du persil, les rares denrées encore disponibles et utilisées en salade, n'ouvrent plus, a-t-il poursuivi.

Alors que les civils paient un lourd tribut dans cette guerre, l'ONU a affirmé que des groupes rebelles et jihadistes empêchaient des habitants de quitter la zone des combats à Alep, allant jusqu'à tirer sur ceux qui fuient.

Elle s'est également dite préoccupée par des informations sur la disparition de centaines d'hommes s'étant réfugiés dans les zones contrôlées par le régime.

Une famille qui tentait de fuir le quartier de Maadi a affirmé à l'AFP avoir dû rebrousser chemin après avoir vu de nombreux cadavres dans les rues.

Le régime syrien a réussi à s'emparer de 85% des quartiers d'Alep que les rebelles contrôlaient avant le début, le 15 novembre, de son offensive aérienne et terrestre pour reprendre l'ensemble de cette ville.

Fort de ces succès, M. Assad a exclu une trêve et estime qu'une victoire à Alep serait une étape cruciale pour la fin du conflit.

- Pas de répit -

Jeudi, à la surprise générale, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait annoncé "l'interruption des opérations de combat" à Alep pour évacuer quelque 8.000 civils, avant de dire que l'offensive se poursuivrait jusqu'au retrait de tous les rebelles.

Selon le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, l'annonce russe d'un arrêt des opérations de combat était "purement médiatique". "Mais sur le terrain, les bombardements continuent car le régime ne veut pas donner de répit aux rebelles ou aux civils".

A Moscou, le ministère de la Défense a affirmé que "10.724 personnes, dont 4.015 enfants, ont quitté ces dernières 24 heures les quartiers encore contrôlés par les rebelles. Et 30 rebelles ont déposé les armes (...)". Des chiffres invérifiables sur place.

Malgré l'exode de dizaines de milliers de civils devant l'avancée fulgurante des forces progouvernementales, un grand nombre restent assiégés dans moins d'une dizaine de quartiers rebelles. Occidentaux et organisations internationales n'ont de cesse de réclamer un cessez-le-feu pour venir à leur secours.

Selon le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, Rupert Colville, "certains civils qui tentent de s'enfuir sont apparemment bloqués par des groupes armés de l'opposition, notamment le front Fateh al-Cham", ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.

Il a aussi souligné que l'ONU, "bien qu'il soit difficile de vérifier les faits dans une situation changeante et dangereuse, (a) entendu des allégations très inquiétantes selon lesquelles des centaines d'hommes auraient disparu après être passés dans les zones contrôlées par le gouvernement" à Alep.

Les Casques Blancs, ces secouristes opérant dans les secteurs rebelles, ont lancé un appel désespéré aux organisations internationales pour qu'ils leur assurent un passage sûr: "Si nos volontaires ne sont pas évacués, ils risquent la torture ou l'exécution dans les centres de détention du régime".

- Tractations diplomatiques -

Pour les observateurs, la chute d'Alep semble inéluctable et les rebelles sont sur le point de perdre leur plus important bastion en Syrie. Une telle perte constituerait un tournant dans cette guerre qui a fait depuis mars 2011 plus de 300.000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population syrienne.

Face au carnage, les tractations diplomatiques se poursuivent même si la communauté internationale semble incapable de mettre fin aux violences.

M. Lavrov, dont le pays soutient militairement le régime syrien depuis septembre 2015, a annoncé des discussions militaires et diplomatiques russo-américaines sur Alep samedi à Genève.

A New York, l'Assemblée générale de l'ONU doit voter vendredi sur un projet de résolution -non contraignante- demandant un cessez-le-feu immédiat en Syrie et un accès pour les convois humanitaires.

Depuis le début de l'offensive à Alep, près de 410 civils, dont 45 enfants, ont été tués dans les quartiers rebelles d'Alep, selon l'OSDH. Au moins 105 civils, dont 35 enfants, l'ont été dans la partie de la ville sous contrôle gouvernemental, après des tirs des insurgés.

Avec AFP

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