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Suspension d'un journal indépendant au Tchad


Jules Daniel Yo-Hounkilam et Mahamat Abakar Issa, respectivement rédacteur en chef et directeur de publication du journal bilingue Alchahed Tchad, le 5 septembre 2018. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, le journal bilingue hebdomadaire "Alchahed" a été suspendu de toute parution pour trois mois par la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel (HAMA), un organe de régulation des médias.

La suspension fait suite à la saisine de cette institution par le ministère tchadien des affaires étrangères sur la base de la plainte des ambassades du Qatar et de la Turquie au Tchad.

Ces ambassades accusent le journal d’avoir diffusé des fausses informations portant atteinte à l’image de leurs pays respectifs.

Née sur les cendres du Haut Conseil de la Communication sous la défunte 3e république, la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel, un organe de régulation des média au Tchad, est l’une des premières institutions issues de la nouvelle constitution consacrant la 4e République à être dotée des pleins pouvoirs.

Elle a vu ses attributions renforcées dans l’ordonnance 16, signée le 31 mai 2018 par le président Idriss Déby Itno.

Plusieurs médias privés ont déjà eu maille à partir avec cet organe de régulation, comme la suspension du journal bilingue Alchahed.

Il a été accusé d’avoir publié des fausses nouvelles dans sa parution du 1er août dernier qui, selon la Haca, ne contien aucun fait ou élément matériel permettant de publier des propos accusateurs à l’encontre des pays qui entretiennent des relations de coopération avec le Tchad.

L’hebdomadaire Alchahed est suspendu pour trois mois.

Pour les responsables du journal, cette décision est un règlement de compte.

Pour Jules Daniel Yo-Hounkilam, rédacteur en chef section française du journal Alchahed, "au lieu de se contenter de son rôle de régulation des médias, la Hama s’érige en un tribunal qui désormais a pour principale mission de régler le compte des journaux d’une manière générale".

"Le journal Alchahed critique les mauvaises pratiques de ce régime. Nous disons que c’est malsain qu’un organe de régulation puisse se ridiculiser en prenant des telles décisions", répliquent-ils.

Pour le secrétaire permanent de l’Odemet (Observatoire de la déontologie et de l’éthique des médias au Tchad) Goual Nanassoum, "on a l’impression que la Hama subit des pressions, elle n’est pas indépendante comme son nom l’indique".

Pour lui, des journaux "qui mettent en Une des personnalités du régime qu’on accuse d'etre de grands voleurs de la République" ne sont pas embêtés par la Hama.

Le docteur Evariste Ngarlem Toldé, ancien président de l'Union des journalistes tchadiens, le 5 septembre 2018. (VOA/André Kodmadjingar)
Le docteur Evariste Ngarlem Toldé, ancien président de l'Union des journalistes tchadiens, le 5 septembre 2018. (VOA/André Kodmadjingar)

En prenant des telles décisions contre les médias indépendants, la Hama a une autre mission estime le docteur Evariste Ngarlemn Toldé, ancien président de l’Union des Journalistes Tchadiens : "il ne suffit pas d’attaquer et de s’acharner sur un organe de presse, on risque d’arriver à la fermeture des journaux au Tchad et ce serait vraiment un recul de la démocratie au Tchad".

Le président de la Haute autorité des médias et de l'audiovisuels refuse de commenter une décision qui, selon lui, a été prise de manière collégiale.

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