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Six ans après, les révoltés de 2011 luttent pour "survivre" en Egypte


Des manifestants protestent sur la place Tahrir, au Caire, le 23 novembre 2011.

Six ans après la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir, colère et frustration rythment le quotidien des militants égyptiens qui, sévèrement réprimés, peinent à garder espoir.

Le régime du président Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l'armée, est accusé par ses détracteurs d'avoir refermé la parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de 2011.

Dans un pays ravagé par une grave crise économique, M. Sissi, élu président après avoir destitué en 2013 son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi, ne tolère aucune forme d'opposition.

"La situation est désolante", soupire Esraa Abdel Fattah, en passant par la place Tahrir, épicentre de la révolte où des centaines de milliers d'Egyptiens ont campé pour obtenir en 2011 le départ de Moubarak après 30 années d'un règne sans partage.

"Je suis triste pour le sang qui a été versé en vain", regrette cette militante de 38 ans, en référence aux centaines de manifestants tués dans la répression du soulèvement ayant débuté le 25 janvier 2011.

La jeunesse qui avait participé à la révolte est aujourd'hui désillusionnée, à l'instar d'Ahmed, pharmacien de 32 ans.

"C'est un combat quotidien pour notre survie", regrette ce père de deux enfant qui avait participé aux manifestations de 2011 mais veut aujourd'hui émigrer à tout prix. "La lutte pour la démocratie et les droits de l'Homme s'est transformée en un combat quotidien pour trouver les produits de base pour ma famille", déplore-t-il.

'Juste partir'

Depuis plusieurs mois, les Egyptiens sont confrontés à une forte hausse des prix ou des pénuries de produits de première nécessité. Une tendance aggravée par les mesures d'austérité adoptées par le gouvernement pour obtenir un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).

"Avant j'étais prêt à mourir pour ce pays, maintenant je veux juste partir", lâche Ahmed.

Pour la politologue May Mougib, "il y a beaucoup de colère contenue chez les gens" en raison de la situation économique. "Mais malgré cela, personne ne veut d'une autre révolution, les Egyptiens sont fatigués après une révolte qui n'a pas eu les résultats escomptés".

En cette matinée de janvier, Mme Abdel Fattah qui est interdite de quitter le territoire depuis plus de deux ans, vient d'assister à un verdict gelant les avoirs de deux ONG et de leurs fondateurs.

Cette décision a été prise dans le cadre d'une vaste enquête sur les financements étrangers de la société civile, qui a déjà conduit au gel des avoirs de plusieurs ONG et célèbres défenseurs des droits de l'Homme.

Dans les mois qui ont suivi la destitution de M. Morsi, les autorités ont ciblé ses partisans islamistes. Des centaines de manifestants ont été tués par les forces de l'ordre, et des milliers se sont retrouvés derrière les barreaux.

'Demi-prisonnier'

Mais la répression s'est rapidement élargie pour inclure la jeunesse laïque et de gauche, et des dizaines de militants se sont retrouvés en prison pour des manifestations organisées sans l'aval des autorités.

"La révolution est revenue au point zéro", lâche Mozn Hassan, fondatrice de l'organisation Nazra pour les études féministes, concernée par le gel des avoirs. "On doit se défendre devant les tribunaux pour des accusations sans fondements".

Cette militante de 37 ans fait aussi l'objet depuis plusieurs mois d'une interdiction de quitter le territoire. Des mesures qui "s'inscrivent dans le cadre d'une vaste campagne de répression à l'encontre des voix critiques indépendantes", ont récemment dénoncé Amnesty International et Human Rights Watch (HRW).

Le mouvement du 6-Avril, l'un des principaux instigateurs du soulèvement de 2011, a été banni par les autorités. Et l'un de ses fondateurs, Ahmed Maher, vient de purger trois ans de prison pour des heurts en marge d'une manifestation. Il reste aujourd'hui sous contrôle judiciaire.

"Je suis un demi-prisonnier", ironise le militant de 36 ans qui doit passer toutes ses nuits au commissariat de son quartier.

"On est épuisé", reconnaît à son tour le photojournaliste Ahmed Gamal Ziada qui sort de deux ans de prison après son arrestation en marge d'une manifestation qu'il couvrait.

Avec AFP

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