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Retour à Uvira, au coeur de la poudrière du Sud-Kivu

  • VOA Afrique

La circulation redevient normale en fin d'après-midi sur l'artère principale d'Uvira, Sud-Kivu, 27 septembre 2017. (VOA/Ernest Muhero).

Sur le point de tomber fin septembre entre les mains d'une milice, Uvira est au coeur de la poudrière du Sud-Kivu et de l'est de la République démocratique du Congo, où les offensives des rebelles semblent s'intensifier avec la crise politique sans fin à Kinshasa.

A priori, la vie a repris un cours normal à Uvira, ville de plus de 500.000 habitants dans un étroit couloir au pied d'une chaîne de montagne qui se jette dans le lac Tanganyika, en face de Bujumbura, capitale du Burundi.

Ce mercredi, la police et l'armée congolaise ont procédé à une démonstration de force sous prétexte d'assurer la visite du gouverneur de la province et de l'ambassadeur de France, venu poser la première pierre d'une station d'épuration, un enjeu crucial face aux épidémies de choléra.

"La situation est sous contrôle", assure les autorités, tout comme dans le Nord-Kivu voisin, des sources militaires expliquent que le commandement de l'opération "Sukola" (nettoyer en lingala) a été scindé en plusieurs centre opérationnels afin de se trouver au plus près de l'ennemi.

Il y a trois semaines pourtant, les forces congolaises ont été mises en grande difficulté lors d'une attaque attribuée aux rebelles de William Yakutumba, un ancien officier qui a déserté les rangs de l'armée régulière.

Les Maï-Maï(nom générique des groupes d'autodéfense) ont même mené une opération navale sur le lac Tanganyika, à bord d'embarcations, en tirant sur le port avec des mitraillettes.

Appelés à la rescousse, les hélicoptères de la Mission des Nations unies (Monusco) ont ouvert le feu et auraient coulé une ou plusieurs embarcations, évitant à Uvira de connaître le même sort que Goma, la capitale du Nord-Kivu tombée en 2012 pendant douze jours sous le contrôle des rebelles du M23.

"Les Maï-Maï étaient entrés dans la ville", affirme à l'AFP l'évêque de la ville, Mgr Sébastien-Joseph Muyengo-Mulembe. Assis sous sa véranda du jardin de l'évêché, le prélat ne se fie pas au "calme apparent" : "Toutes les montagnes ici sont pleine de milices".

"Cela fait plus de trois mois que les Yakutumba ont commencé, et la menace est montée progressivement", ajoute l'évêque selon qui, tous les prêtres du sud de la province du Sud-Kivu se trouvent avec lui à Uvira en raison de l'insécurité dans leurs paroisses.

Comme beaucoup d'autres, Mgr Muyengo se pose des questions sur les capacités de l'armée congolaise: "On envoie des gars au front sans eau ni nourriture". Face à eux, les rebelles seraient assez bien, voire lourdement armés, selon la Monusco qui affirme que ses hélicoptères ont essuyé de nombreux tirs en septembre.

"Les groupes armés locaux sont dirigés en majorité par des officiers déserteurs de l'armée congolaise", rappelle Claude Misare de la société civile d'Uvira.

Présents dans les deux Kivus, ces groupes Maï-Maï prétendent défendre une communauté ethnique (les Nande pour les Maï-Maï Mazembe, les Hutus pour les Nyatura, lesBembe pour les Yakutumba, Nyanga, les Hunde...).

Ces groupes auraient en commun le rejet du président Joseph Kabila, toujours au pouvoir malgré la fin de son mandat en décembre 2016 alors que la Constitution lui interdit de se représenter.

"A Uvira, la population était prête à accueillir les Yakutumba avec l'espoir de se débarrasser du régime de Kabila", avance M. Misare de la société civile. Dans le Sud-Kivu, une rumeur évoque une récente réunion des groupes armés dans les hauts plateaux d'Uvira pour coordonner et unir leur puissance de feu.

On évite tout de même encore la comparaison avec 1997, quand les AFDL de "Kabila père" (l'ancien président Laurent-Désiré Kabila) étaient partis de cette même région pour aller renverser le vieux maréchal Mobutu dans la capitale Kinshasa, après un périple de 2.000 km, avec le soutien du Rwanda de Paul Kagame.

"Il existe des alliances de circonstances plus ou moins durables entre groupes armés en général. Mais dire qu'une coalition se met en place pour chasser Kabila, c'est une autre histoire. Nous n'y sommes pas", tempère une source onusienne.

Dans cette région lacustre aux quatre frontières (du nord au sud, Ouganda, Rwanda, Burundi et Tanzanie), la situation est compliquée par la présence de groupes armés étrangers. Les frontières plus ou moins bien étanches autour du lac Tanganyika favoriseraient le trafic d'armes.

"Le problème ici, c'est qu'on a banalisé la guerre", soupire l'évêque d'Uvira, qui avait raconté sa première tournée pastorale en 2014 au coeur de la poudrière du Sud-Kivu dans un livre intitulé: "Au pays de l'or et du sang".

Avec AFP

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