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Le sort de Zuma déchire l'ANC et plonge l'Afrique du Sud dans la crise


Le président de l'Afrique du Sud, Jacob Zuma, prend la parole lors de la 54ème conférence nationale de l'ANC (African National Congress) à Johannesburg, le 16 décembre 2017.

La question du départ anticipé du président sud-africain Jacob Zuma, qui divise profondément son parti depuis des semaines, a plongé mardi le pays dans une crise politique, avec le report du discours annuel du chef de l'Etat devant le Parlement.

La présidente du Parlement, Baleka Mbete, a pris une décision historique mardi en reportant, à une date indéterminée, le discours sur l'état de la nation prévu jeudi.

"Nous avons pensé qu'il était nécessaire d'assurer un climat politique plus propice" au discours du président, a-t-elle justifié, craignant que l'intervention de M. Zuma ne soit fortement perturbée.

Depuis des années, l'opposition demande à cor et à cri le départ du sulfureux Jacob Zuma, éclaboussé par de nombreux scandales de corruption.

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Et depuis des semaines, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la fin du régime d'apartheid en 1994, se déchire sur le sort à lui réserver.

Le président est devenu trop encombrant pour les partisans du nouveau chef de l'ANC, Cyril Ramaphosa, qui tentent de le pousser vers la sortie alors que se profilent les élections générales de 2019.

Les pro-Zuma insistent, eux, pour que le chef de l'Etat termine son second mandat qui prend fin l'an prochain.

L'ANC multiplie depuis plusieurs semaines réunions officielles et tractations en coulisses, sans parvenir à une décision. L'affaire est devenue encore plus pressante à l'approche du discours du président sur l'état de la nation, finalement repoussé.

Dimanche soir, la direction du parti a rencontré Jacob Zuma dans sa résidence de Pretoria.

Un précédent en 2008

Selon plusieurs sources proches du parti, le chef de l'Etat, qui s'est jusque-là joué de tous les obstacles politiques et judiciaires placés sur sa route, a catégoriquement exclu de démissionner.

Lundi, c'était au tour du comité de travail de l'ANC d'être convoqué en urgence pour "discuter de l'avenir du président Jacob Zuma", selon la secrétaire générale adjointe du parti, Jessie Duarte. Une fois de plus, il s'est avéré qu'il y avait des "positions différentes" sur le sujet, a-t-elle reconnu mardi.

Ce dossier empoisonné a du coup été transmis à la plus haute instance décisionnaire du parti, qui se réunira mercredi au Cap, la capitale parlementaire.

>> Lire aussi : L'ANC pressé de trancher le sort du président Zuma

"Nous espérons qu'une position commune sur ce sujet se dégagera", a avancé Mme Duarte.

En 2008, c'est le NEC (comité national exécutif de l'ANC) qui avait révoqué le président Thabo Mbeki, contraint dans la foulée de démissionner.

En Afrique du Sud, le chef de l'Etat tient sa légitimité de son seul parti. Il n'est pas élu au suffrage universel direct, mais par les parlementaires.

"Zuma doit partir, et le plus tôt sera le mieux", a estimé mardi la fondation Nelson Mandela. Il "a trahi le pays dont Nelson Mandela avait rêvé", a-t-elle ajouté.

La répartition entre les pro et anti-Zuma au sein du NEC, composé de 107 membres, reste cependant floue, laissant planer le doute sur l'issue de la réunion de mercredi.

Depuis l'avènement de Cyril Ramaphosa, "les soutiens à Jacob Zuma s'effritent" pourtant, affirme Erwin Schwella, professeur de sciences politiques à l'université de Stellenbosch.

Chaos

Pour Ben Payton, analyste au cabinet Maplecroft, "il est très probable" que le NEC décide de rappeler le président. Mais il n'est pas exclu que Jacob Zuma, réputé pour sa ténacité, refuse de se soumettre à cette décision.

"Zuma ne va pas démissionner", prédit Xolani Dube, analyste pour le groupe de réflexion Xubera. "On ne cesse de répéter que Zuma va partir (...), mais il est toujours là".

"Il n'est pas du genre à respecter Ramaphosa" qui lui succéderait en cas de démission, poursuit Xolani Dube.

En reportant le discours du président, le Parlement tente d'éviter un chaos fortement prévisible dans ce contexte. Tous les partis ont d'ailleurs salué cette décision.

Le discours sur l'état de la nation "ne peut pas être réduit à un exercice de relations publiques pour un homme sur le point d'être destitué et d'être sans doute envoyé en prison", a réagi le chef de l'opposition, Mmusi Maimane.

M. Zuma a présidé mardi un conseil des ministres restreint au Cap. A sa sortie du parlement, il a brièvement salué les journalistes avant de s'engouffrer dans sa berline.

Si le président refusait de démissionner, l'ANC pourrait décider de soumettre au vote du Parlement une motion de défiance ou engager une procédure de destitution. L'opposition a déjà déposé une motion, qui doit être débattue le 22 février.

La dernière soumise au vote, en août, avait échoué à 24 voix près.

Dans ce combat interne à l'ANC, Cyril Ramaphosa, qui a fait de la lutte contre la corruption son credo, joue gros. "S'il ne parvient pas à se débarrasser de Zuma maintenant, il va apparaître faible", prévient Ben Payton.

Avec AFP

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