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Tunisie

Le parti Ennahdha présente un candidat à la présidentielle tunisienne

Un électeur tunisien drapé du drapeau national dans un bureau de vote à La Marsa, dans la banlieue de Tunis, le 21 décembre 2014.

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha en Tunisie, principale force au Parlement, a présenté mercredi un candidat, Abdelfattah Mourou, à la présidentielle anticipée de septembre, une première dans l'histoire de cette formation.

Âgé de 71 ans, Abdelfattah Mourou est chef du Parlement par intérim, depuis que son prédécesseur Mohamed Ennaceur est devenu président par intérim après le décès le 25 juillet du président Beji Caïd Essebsi.

En 2011, neuf mois après la révolution qui a chassé du pouvoir le président Zine el Abidine ben Ali et mis le pays sur la voie de la démocratie, la formation Ennahdha (Renaissance) longuement réprimée avant de s'imposer, avait remporté les législatives, le premier scrutin post-révolution.

Mais "c'est la première fois de son histoire que le mouvement présente un candidat à la présidentielle", a déclaré à l'AFP le porte-parole d'Ennahdha, Imed Khmiri.

"Le Conseil consultatif (Al Choura) a voté à une majorité de 98 voix en faveur de la candidature d'Abdelfattah Mourou à la présidentielle", a indiqué Ennahdha dans un communiqué.

Le parti "a pris une décision historique", a dit le chef du Conseil Al Choura. "Nous ne pouvons rester à l'écart en 2019".

Connu pour sa modération, Abdelfattah Mourou est aux côtés de Rached Ghannouchi, l'un des membres fondateurs d'Ennahdha créé en 1981 avec une poignée d'intellectuels inspirés par les Frères musulmans égyptiens.

Pour les législatives du 6 octobre, Rached Ghannouchi est candidat à Tunis.

Avant le décès du président et le bouleversement du calendrier électoral, Ennahdha était réticent à l'idée de présenter son propre candidat et misait sur un succès aux législatives prévues initialement avant la présidentielle pour laquelle il voulait jouer les faiseurs de roi.

Mais le premier tour de la présidentielle a été avancé au 15 septembre et les législatives maintenues au 6 octobre.

- Plus de 30 candidats -

Depuis le 2 août, date d'ouverture des candidatures, plus de 30 prétendants ont soumis leur dossier au siège de l'Instance indépendante chargée des élections (Isie).

Parmi eux, l'homme d'affaires et magnat des médias Nabil Karoui qui se présente comme le candidat des plus démunis, après avoir été inculpé pour blanchiment d'argent.

M. Karoui est un adversaire de taille pour le Premier ministre Youssef Chahed, candidat du parti Tahya Tounes, qui doit encore présenter officiellement son dossier, comme M. Mourou.

Abir Moussi, pasionaria de l'ancien régime Ben Ali, s'est elle enregistrée à l'Isie. Elle prône l'exclusion des islamistes dont ceux d'Ennahdha.

Figurent aussi Hamadi Jebali, ex-numéro deux d'Ennahdha qui se présente comme un indépendant, et Moncef Marzouki, élu en 2011 par le Parlement premier président après la révolution.

"Aujourd'hui, il y a une véritable démocratie et le peuple peut choisir librement", a dit M. Marzouki.

Autre candidat notable mercredi, le ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi qui a présenté sa démission de son poste avant de faire acte de sa candidature.

Les candidats ont jusqu'au 9 août pour déposer leur dossier. Le 31 août, l'Isie annoncera la liste de ceux retenus et la campagne se déroulera du 2 au 13 septembre.

Les résultats préliminaires seront annoncés le 17 septembre. Le deuxième tour devrait se tenir avant le 3 novembre.

Il s'agira de la seconde présidentielle au suffrage universel depuis 2011, après celle de 2014 remportée par Beji Caïd Essebsi.

- Force "civile" -

Le parti Ennahdha était resté marqué par sa première expérience au pouvoir, lorsqu'il s'était retrouvé empêtré dans des crises et confronté à une forte opposition, après avoir remporté les législatives de 2011. Il avait dû céder la place à un cabinet de technocrates début 2014.

Depuis, le parti s'évertue à policer son image, insistant pour être décrit comme un parti "démocrate musulman", et non "islamiste". A ce titre, il a dit poursuivre sa transformation --annoncée en 2016-- en force "civile", en excluant toute activité de prédication religieuse.

Réprimé par le père de l'indépendance Habib Bourguiba, Ennahdha a été d'abord toléré par son successeur Ben Ali puis impitoyablement combattu après les législatives de 1989 où les listes qu'il soutenait ont réalisé une percée. Après la fuite en 2011 de Ben Ali, M. Ghannouchi rentre en héros en Tunisie après 20 ans d'exil.

Ennahdha est autorisé dans la foulée et s'engage à garantir la liberté de croyance et de pensée et à préserver les acquis de la femme tunisienne qui jouit du statut le plus moderne du monde arabe.

Berceau du Printemps arabe, la Tunisie est le seul des pays arabes touchés par les contestations à poursuivre sur la voie de la démocratisation malgré les soubresauts politiques, la morosité économique et des attaques jihadistes sanglantes.

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Des milliers de membres du principal parti tunisien dans la rue

Des partisans du parti Ennahdha brandissent des drapeaux nationaux et du parti lors d'une manifestation de soutien au gouvernement tunisien le 27 février 2021 dans la capitale Tunis.

Le principal parti au pouvoir en Tunisie a mobilisé des milliers de partisans samedi, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation islamiste, Ennahdha, et le président de la République.

Cette manifestation, l'une de plus importantes de ces dernières années, intervient alors que la crise sociale accentuée par la pandémie se double de difficultés budgétaires grandissantes. Certaines entreprises publiques peinent à payer les salaires, et les bailleurs s'inquiètent de voir grimper la dette tunisienne.

Le Fonds monétaire international (FMI) a alerté dans un communiqué samedi sur l'urgence des réformes pour diminuer le déficit. Il a appelé à réduire la masse salariale publique et les subventions sur l'énergie, soulignant que "la dette publique deviendrait insoutenable à moins d'adopter un programme de réformes solide".

Le président Kais Saied, qui jouit d'une importante popularité, a rejeté fin janvier un remaniement voulu par Ennahdha pour assurer au gouvernement le soutien de sa coalition parlementaire.

En l'absence d'une cour constitutionnelle, le conflit s'éternise, paralysant le gouvernement depuis six semaines.

"Le peuple veut l'unité nationale" ont scandé des partisans d'Ennahdha, alors que le chef de file du parti, Rached Ghannouchi, a pris la parole pour appeler au dialogue.

"Nous demandons le respect de la Constitution et de la démocratie", souligne Mohamed Khlif venu de Sfax en dépit des restrictions de déplacements en vigueur en raison de la pandémie: "Nous sommes dans un système parlementaire, ce n'est pas au président de décider tout seul qui peut gouverner ou pas!"

Le Premier ministre Hichem Mechichi, qui avait limogé onze ministres parmi lesquels celui de la Santé ou de l'Intérieur, a fini par confier ces ministères à d'autres membres du gouvernement déjà en place.

L'instabilité politique qui a entravé les réformes de fond depuis la révolution de 2011 s'est accentuée depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 d'un Parlement morcelé et profondément divisé.

Lancement d'une nouvelle raffinerie à Pointe-Noire

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En Tunisie, la double douleur des familles des victimes du Covid-19

Le Dr Mohamed Salah Siala joue du violon pour les patients des services COVID de l'hôpital Hedi Chaker à Sfax, dans l'est de la Tunisie, le samedi 20 février 2021.

Près de l'ambulance transportant la dépouille de son frère Salah, décédé du coronavirus à Tunis, Lotfi prononce la prière du mort en direction de La Mecque. Mais d'autres proches ne pourront participer à aucune cérémonie de deuil à cause des restrictions sanitaires.

"La douleur de la séparation est double. Mon frère Salah est mort sans que sa fille ni sa femme n'aient pu lui dire adieu", confie en pleurant Lotfi Jlassi dans le grand cimetière du Jellaz, à Tunis.

Les victimes du coronavirus sont transférées directement de la morgue au cimetière, sans passer par le domicile familial où se déroule habituellement la toilette funéraire à l'eau de rose, ni par la mosquée pour la "Janaza", la traditionnelle prière du mort.

Or c'est à la maison que les femmes de la famille disent adieu à leur proche, car la cérémonie au cimetière est le plus souvent réservée aux hommes.

M. Jlassi assiste à l'inhumation de son frère avec trois autres hommes de la famille. Les agents des pompes funèbres, en blouses et équipés de masques, gants et bottes, se joignent au dernier hommage.

Le défunt est enterré dans un nouveau carré de terre consacré aux morts de la pandémie, où environ 2.000 tombes ont fleuri en quelques mois.

"Pas assez d'expérience"

Les sépultures numérotées côtoient des trous préparés à l'avance sur le terrain arboré surplombant Tunis.

La Tunisie a officiellement recensé près de 8.000 décès liés au coronavirus, la plupart depuis septembre, pour une population de plus de 11 millions d'habitants.

Avec les mesures spéciales pour enterrer les morts du virus, la plupart des membres de la famille ne peuvent voir le visage des défunts une dernière fois, ni les embrasser sur le front comme cela se fait d'habitude.

"C'est difficile, insupportable", martèle M. Jlassi, la gorge nouée.

L'organisation des enterrements est "très délicate", reconnaît Mehdi Dellaï, responsable des pompes funèbres pour la mairie de Tunis.

Ses services tentent de minimiser les risques de contagion "tout en prenant en considération l'état psychologique" des familles.

Parfois, l'ambulance passe à proximité du domicile de la victime, pour permettre un dernier adieu sommaire à sa famille et ses amis.

"Nous leur expliquons que leurs morts sont des martyrs", dit-il, et qu'à ce titre ils peuvent être enterrés sans toilette rituelle et méritent le paradis.

Au début de la pandémie, seul un membre de la famille pouvait assister à l'inhumation, à bonne distance, contre quatre aujourd'hui.

Certains enterrements ont eu lieu sans aucun proche, les agents prenant de petites vidéos à la demande des familles.

"On avait peur d'être contaminés par ce nouveau virus et on n'avait pas assez d'expérience dans la gestion de telles situations", avoue M. Dellaï.

Au cimetière du Jellaz, Aya, 16 ans, se recueille devant la tombe de son père, décédé il y a quatre mois.

Vêtue de noir, une récitation du Coran sur son téléphone, elle pose des grains de blés sur la sépulture pour que les oiseaux rendent visite à son père.

"La douleur de la séparation va peut-être s'atténuer, mais jamais nous n'oublierons que nous ne lui avons pas dit adieu."

A la rencontre de l’unique fabricant de pipes en Tunisie

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Reprise des manifestations dans le Sud de la Tunisie

De jeunes Tunisiens brûlent des pneus et bloquent les routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021, pour protester contre le non-respect par le gouvernement de sa promesse de fournir des emplois.

Quelques dizaines de jeunes ont bloqué vendredi des routes à Tataouine dans le sud de la Tunisie pour dénoncer les promesses non tenues du gouvernement qui s'était engagé à fournir des emplois et des investissements.

En novembre 2020, le gouvernement de Hichem Mechichi a conclu un accord avec des responsables syndicaux et des membres d'une coordination qui avait bloqué des semaines durant la production pétrolière pour réclamer des fonds pour cette région marginalisée.

Trois mois après, rien ne s'est concrétisé selon la coordination, qui a donc relancé des protestations au moment où M. Mechichi est en plein bras de fer avec le président Kais Saied au sujet d'un remaniement ministériel.

Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.
Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.

Des protestataires ont incendié des pneus et d'autres ont obligé des commerçants à fermer leurs boutiques pour participer au mouvement de protestation, critiqué par certains habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

La veille, l'armée était intervenue pour empêcher une dizaine de membres de cette coordination d'accéder au site pétrolier d'El-Kamour où ils menaçaient de fermer un pipeline, a indiqué la coordination sur sa page Facebook.

Ce pipeline transportant la moitié de la production pétrolière de la Tunisie a été bloqué à plusieurs reprises, notamment en 2017 par des sit-ins qui ont dégénéré en heurts avec les forces de sécurité.

Le taux de chômage à Tataouine dépasse les 30%, l'un des plus élevés dans le pays, et le taux de pauvreté atteint 17,8%. La crise sanitaire qui a fait disparaître des milliers d'emplois a entravé les petits boulots transfrontaliers faisant vivre de nombreuses familles.

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