Liens d'accessibilité

Ouganda: enlevés et brutalisés, le calvaire des enfants de la LRA


Betty, 3 ans, Gulu, Ouganda, 27 avril 2012. Sa mère Sunday était une des dizaines d'épouses de Joseph Kony. Elle avait 13 ans quand la LRA l'a enlevée.

Effrayée, Lily Atong regarde fixement l'hélicoptère de l'armée qui tournoie quelques mètres au-dessus de sa hutte et lui rappelle de mauvais souvenirs: du temps où elle était la compagne du chef de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony.

"Quand je vois des hélicoptères de combat comme celui-ci, ça fait remonter la peur que j'avais quand j'étais dans la brousse", dit-elle en criant pour couvrir le bruit.

Ici, dans le nord de l'Ouganda, cela fait longtemps que la LRA ne fait plus régner la terreur. Elle en a été chassée au milieu des années 2000 par l'armée ougandaise.

L'hélicoptère effectue seulement un vol d'entraînement. Mais sa vue suffit à ramener Lily quelques années en arrière, quand des hélicoptères du même type mitraillaient les membres de la LRA, sans faire de distinction entre soldats et civils, et qu'elle devait cavaler pour ne pas être tuée.

Enlevée alors qu'elle était encore enfant, elle avait été forcée à devenir l'épouse de Kony, le leader aux prétendus pouvoirs mystiques de la sanguinaire rébellion. Elle a eu cinq enfants de lui.

Sa proximité avec Kony a assuré sa survie et celle de son frère aîné, Dominic Ongwen, lui aussi enlevé quand il avait une dizaine d'années - un an avant Lily - avant de devenir l'un des commandants les plus redoutés de la LRA.

'A l'école, les instituteurs l'aimaient'

Mais alors que Lily mène désormais une vie paisible à Gulu, dans le nord de l'Ouganda, vivant de la vente de petits objets en perles, son frère est actuellement jugé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Quand elle pense à son frère, elle se rappelle un garçon qui aimait chanter et plaisanter, parfois enclin à donner des ordres mais toujours attentionné et gentil.

"A l'école primaire, c'était un gamin brillant et les instituteurs l'aimaient", raconte-t-elle.

Les rangs de la LRA étaient remplis d'enfants enlevés: des garçons forcés à combattre et des filles violées et forcées de devenir "épouses". Brutalisés, beaucoup de ces enfants ont ensuite reproduit la même violence.

Assis à l'extérieur d'un garage bien tenu de Gulu, Kenneth Kaunda tripote nerveusement des pièces de moteur couvertes d'huile en se remémorant ses années passées "dans la brousse" avec la LRA.

Il avait 13 ans quand un garçon plus âgé est sorti de la forêt et lui a attrapé le bras sur le terrain agricole de la famille pour l'emmener loin des siens.

"La vie était très dure" avec la LRA, se souvient le mécanicien, aujourd'hui âgé de 32 ans.

Les enfants nouvellement capturés étaient férocement battus pour éliminer tout esprit de résistance et inculquer la peur de leurs ravisseurs.

"Quand vous voyez quelqu'un être battu comme un porc (...) Toutes ces nouvelles recrues, elles étaient désespérées, elles se demandaient: Est-ce que je vais survivre?", raconte avec hésitation Kenneth Kaunda.

'Même votre ami vous tirait dessus'

La violence déshumanisante n'avait pas de fin, et les enfants ne tardaient pas à comprendre qu'ils ne pouvaient faire confiance à personne, qu'il n'y avait personne pour les protéger et peu de chances de pouvoir s'enfuir.

"Si vous tentiez de fuir, même votre ami vous tirait dessus", ajoute M. Kaunda, qui fut lui-même chargé de s'occuper des nouvelles recrues.

Beaucoup parmi ceux qui ont connu Ongwen enfant ou ensuite comme combattant estiment qu'il ne peut pas être considéré comme responsable des ses actes, ayant lui-même été une victime.

Ongwen ne serait jamais sorti de l'anonymat sans la présence de sa soeur aux côtés de Kony. Le chef de la LRA l'a remarqué après avoir souvent vu les deux enfants parler ensemble.

Quand Lily a reconnu qu'il s'agissait de son frère, Ongwen a été promu du grade de sergent à celui de lieutenant, puis plus tard à celui de commandant. Un poste à responsabilité qui lui vaut aujourd'hui d'être jugé à la CPI.

Les contradictions dans le parcours d'Ongwen, victime et auteur d'exactions, se retrouvent dans celui de sa soeur. Victime d'un enlèvement et violée, Lily reconnaît la brutalité de Kony et leur proximité.

Mais "nous avons un lien très fort", dit-elle. "J'ai eu tellement d'enfants avec lui. Bien qu'il ait fait de mauvaises choses, il faut essayer d'aller plus loin pour comprendre sa vie".

Selon Lily, son frère ne devrait pas être jugé comme criminel de guerre. "Il a été enlevé alors qu'il était très jeune. Endoctriné. Il ne connaissait rien aux lois. Est-ce qu'il n'y a pas moyen de le libérer?"

Avec AFP

XS
SM
MD
LG