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Nouvelle nuit de tensions et de barricades à Barcelone

Des manifestants indépendantistes catalans à Barcelone, en Espagne, le mardi 15 octobre 2019. (AP Photo / Bernat Armangue)

Barcelone vivait de nouvelles tensions dans la nuit de jeudi à vendredi, au quatrième jour de la mobilisation des indépendantistes catalans contre la condamnation de leurs dirigeants par la justice espagnole.

Selon les journalistes de l'AFP sur place, des centaines de jeunes, criant "Indépendance", ont monté des barricades enflammées dans le centre chic de la grande métropole catalane et lancé des cocktails molotov sur les forces de l'ordre qui pour leur part ont tiré des balles en mousse sur les manifestants.

Ces nouvelles tensions interviennent à la veille de ce qui s'annonce comme le point d'orgue de la mobilisation contre les lourdes peines de 9 à 13 ans de prison infligées lundi aux leaders séparatistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Vendredi, jour de "grève générale" en Catalogne, des "marches de la liberté" parties de toute la région doivent en effet converger à Barcelone pour une grande manifestation prévue à 15H00 GMT.

Mardi et mercredi, Barcelone avait vécu de véritables scènes de guérilla urbaine entre manifestants et policiers après de premiers heurts lundi lors du blocus de l'aéroport par des milliers de personnes.

Plus tôt dans la soirée jeudi, une manifestation, à l'appel des militants radicaux des Comités de Défense de la République (CDR), avait réuni environ 13.000 personnes après une manifestation étudiante ayant rassemblé 25.000 personnes dans l'après-midi.

"Les actions que nous menons depuis plusieurs jours sont dues à l'impuissance que nous ressentons car l'Etat espagnol persiste dans son refus (de l'indépendance) et ses menaces et l'Europe dans son silence", a expliqué à l'AFP David, comptable de 23 ans qui n'a pas donné son nom de famille.

Nées de la frustration d'une partie de la base indépendantiste, deux ans après l'échec de la tentative de sécession de 2017, ces violences marquent un tournant pour le mouvement séparatiste qui s'est toujours targué d'être non-violent.

- "Pas de pas en arrière" -

"Il peut y avoir des (manifestants) anti-système ou des gens qui en ont marre de voir que tout est fermé, des jeunes qui se laissent emporter mais les Catalans ne veulent pas suivre cette voie de la violence", a assuré Julio Martinez, pré-retraité de 63 ans, qui manifestait en début de soirée.

Le président indépendantiste catalan Quim Torra, qui a fini par condamner les violences mercredi soir, a tenu un discours de défi à l'Etat espagnol devant le parlement régional.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de faire un pas en arrière dans la défense inaliénable de notre droit à l'autodétermination. La peur et les menaces ne nous vaincront pas", a-t-il lancé en promettant de parvenir à l'indépendance d'ici deux ans.

En prévision des perturbations de vendredi dans cette riche région industrielle, le constructeur automobile Seat a mis à l'arrêt son usine de Martorell, près de Barcelone, tandis que la fédération des transporteurs a recommandé à ses adhérents d'avancer leurs livraisons ou de chercher des routes alternatives.

- Près de 100 blessés mercredi -

Selon le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, 97 personnes ont été arrêtées en Catalogne et 194 policiers blessés depuis le début des manifestations lundi. Sur la seule journée de mercredi, 96 personnes ont été blessées selon les services de secours, dont 58 à Barcelone.

A moins d'un mois des prochaines élections législatives, la droite et le centre exigent du gouvernement socialiste qu'il prenne des mesures exceptionnelles pour rétablir l'ordre public.

Le chef du gouvernement Pedro Sanchez est "dépassé par les événements", a dénoncé jeudi Ana Pastor, une dirigeante du Parti Populaire (PP, droite) qui réclame la reprise en mains par l'Etat de la sécurité, qui dépend en Catalogne du gouvernement régional.

"Il n'y aura aucune impunité", a martelé M. Grande-Marlaska dont le gouvernement a envoyé des renforts policiers mais n'a pas pris de mesures extraordinaires.

Aux commandes du gouvernement régional et dominant le parlement, les indépendantistes ne représentent toutefois pas la majorité des 7,5 millions de Catalans. D'après le dernier sondage publié en juillet par le gouvernement régional, 44% de la population est favorable à l'indépendance tandis que 48,3% y est opposée.

Avec AFP

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Législatives au Royaume-Uni: raz-de-marée pour Boris Johnson

Le premier ministre britannique, Boris Johnson.

Plus rien ne s'oppose au Brexit : le Premier ministre britannique Boris Johnson sort vendredi des législatives, fort d'une majorité écrasante lui donnant les coudées franches pour sortir son pays de l'Union européenne le 31 janvier.

Avec un sondage sortie des urnes leur donnant une majorité plus vue depuis Margaret Thatcher, et des premiers résultats leur attribuant des circonscriptions ouvrières détenues depuis des décennies par les travaillistes, le succès est sans appel pour les conservateurs. Leur dirigeant peut ainsi mettre fin à trois ans d'une saga qui a déchiré le pays depuis le référendum de 2016, remporté à 52% par le camp "Leave", et à 47 ans d'un mariage tumultueux avec l'Union européenne.

Les "tories" remportent 368 sièges sur 650, contre 317 lors du précédent scrutin en 2017, selon le sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote par l'institut Ipsos/MORI pour des médias britanniques.

Boris Johnson a remercié sur Twitter "tous ceux à travers le pays qui ont voté, qui se sont portés volontaires, qui se sont présentés".

Les travaillistes de Jeremy Corbyn s'effondrent à 191 sièges (contre 262), selon ces projections généralement proches des résultats.

La défaite a été jugée "extrêmement décevante" par son bras droit John McDonnell, qui l'a attribuée sur Sky News à "la fatigue du Brexit".

- "Clarification" -

Les appels à la démission du très à gauche patron du Labour ont commencé à fuser. Chef de l'opposition le plus impopulaire jamais enregistré dans les sondages, Jeremy Corbyn a payé sa position ambiguë sur la sortie de l'UE, sur lequel il a personnellement refusé de se prononcer.

Il voulait renégocier un nouvel accord de divorce, plus social, puis le soumettre aux Britanniques avec comme alternative le maintien dans l'UE

Les premiers résultats tombant au fil de la nuit ont confirmé un net recul des travaillistes, qui ont perdu des fiefs symboliques, comme la ville de Workington. Un groupe de réflexion avait identifié "l'homme de Workington", un homme blanc, âgé, sans diplôme, pro-Brexit comme l'électeur clé pour remporter le scrutin.

"Les conservateurs représentent désormais de nombreux ménages à faible revenu, des personnes qui travaillent dans les industries manufacturières et traditionnelles du centre et du nord de l'Angleterre et plutôt moins dans les régions riches du sud", a dit à l'AFP le professeur Tony Travers, de la London School of Economics (LSE).

A Bruxelles, où les dirigeants européens sont réunis en sommet, la France a salué une "clarification" du flou dans lequel était plongé le Royaume-Uni.

Arrivé au pouvoir en juillet en se posant comme le sauveur du Brexit, Boris Johnson n'avait pas réussi à faire adopter par le Parlement l'accord de divorce qu'il avait négocié avec Bruxelles, faute de majorité à la Chambre des communes.

Durant la campagne électorale, le dirigeant de 55 ans a promis de soumettre cet accord aux 650 députés nouvellement élus avant Noël avec l'objectif de mettre le Brexit en oeuvre fin janvier.

Prévu le 29 mars dernier, le Brexit a été reporté trois fois.

Boris Johnson a bénéficié d'un coup de pouce du Parti du Brexit, emmené par l'europhobe Nigel Farage, qui devrait faire chou blanc après s'être retiré des circonscriptions leur étant acquises pour ne pas diviser le vote pro-Brexit.

- Quel rapport avec l'UE? -

Réaliser le Brexit doit permettre de tourner la page et de s'atteler aux "priorités" des Britanniques, comme la santé, la sécurité et les infrastructures, avait affirmé le chef de gouvernement durant la campagne.

Mais Boris Johnson devra aussi préciser quel type de relation il veut nouer avec l'Union européenne. Dès le Royaume-Uni sorti de l'UE s'ouvriront de difficiles négociations sur ce sujet, censées être conclues d'ici à la fin 2020. Mission impossible vu la complexité du sujet, estiment bien des analystes.

Les nouveaux députés siégeront dès mardi et Boris Johnson leur déclinera son programme législatif par le biais du traditionnel discours de la reine jeudi.

Pour les pro-UE, l'espoir d'empêcher le Brexit s'est évanoui avec la probable défaite du Labour et l'échec des libéraux-démocrates. Ces derniers avaient fait campagne pour stopper purement et simplement la sortie de l'UE et devraient se contenter de 13 sièges, un camouflet pour leur dirigeante Jo Swinson.

A gauche, les nationalistes écossais du SNP ont bondi de 20 à 55 sièges, selon le sondage sortie des urnes. Ils comptent s'appuyer sur ce résultat pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, majoritairement opposée au Brexit, bien que Boris Johnson y soit fermement opposé.

Ne croyant pas à une avancée significative du SNP, l'ancienne cheffe des tories en Ecosse, la populaire Ruth Davidson, avait promis de nager nue dans le Loch Ness s'ils dépassaient la barre de 50 élus.

Avec AFP

L'Espagne pressée d'accorder un permis de résidence à un migrant "héro"

Un migrant arrive de Lampedusa au centre CATE

Plus de 55.000 personnes avaient déjà signé jeudi une pétition demandant à l'Espagne d'accorder un droit de résidence à un Sénégalais sans-papiers qui a sauvé d'un incendie un handicapé.

Vendeur ambulant de 20 ans, Gorgui Lamine Sow marchait vendredi dans la ville de Dénia, sur la côte ouest, lorsqu'il a entendu des cris venant d'un immeuble proche dont émanait de la fumée noire au deuxième étage.

Des photos diffusées par les médias espagnols montrent comment il a escaladé les barres métalliques de la grille d'entrée pour entrer par le balcon. Il est ensuite ressorti des flammes avec un homme sur ses épaules et l'a descendu à l'aide d'une échelle apportée par voisin.

"Je l'ai fait parce que mon coeur me l'a demandé. Je suis pauvre. Je n'ai rien. Mais je suis fort aussi, et je peux aider. Je n'aime pas voir les gens souffrir", a expliqué Gorgui, arrivé en Espagne en 2017, au quotidien local Levante-EMV.

"Il y avait de la fumée et du feu (...) Mais tu ne peux pas avoir peur. Il y avait une personne à l'intérieur et je devais la sortir", a-t-il ajouté.

Le conseiller municipal de Dénia chargé de la sécurité, Javier Scotto, l'a érigé en "héro" sur Twitter.

La mairie de Dénia a sollicité le gouvernement espagnol pour qu'il accorde un permis de résidence à Gorgui. Son cas est actuellement étudié par le ministère espagnol de l'Immigration et du Travail selon un porte-parole de la préfecture de la région de la Valence.

Gorgui vit dans une chambre exiguë et vétuste de la ville côtière de Gandie avec sa compagne et leur fille de sept mois : "il n'y a pas de porte et le froid rentre. Et nous n'avons pas de lit. Tous les trois on dort sur un matelas", a-t-il confié à Levante-EMV.

Parcourant 40 kilomètres en bus chaque jour pour vendre bracelets et colliers, un métier courant pour les personnes en situation irrégulière en Espagne, une autorisation de résidence lui permettrait de trouver un travail.

L'histoire de Gorgui a été comparée à celle du migrant malien Mamoudou Gassama, naturalisé français en septembre 2018 après avoir escaladé un immeuble parisien pour sauver un enfant qui allait tomber d'un balcon.

Réformes des retraites en France: 8e jour de grève, le gouvernement veut rouvrir le dialogue

Les manifestants en faveur de la sécurité sociale en France, le 12 décembre 2019.

La mobilisation en France contre la réforme des retraites, qui paralyse les transports, est entrée jeudi dans sa deuxième semaine et pourrait se prolonger jusqu'à Noël malgré de nouveaux appels au "dialogue" du gouvernement.

Loin d'apaiser la colère, les précisions sur le projet apportées mercredi par le Premier ministre Edouard Philippe ont suscité l'opposition frontale de tous les syndicats, y compris de ceux qui soutenaient jusqu'alors le principe de la réforme.

Ce dernier a réitéré sa détermination à instaurer un "système universel de retraite" par points pour remplacer les 42 régimes actuels mais avec quelques concessions aux syndicats.

Le calendrier a été assoupli: le nouveau système ne s'appliquera qu'aux Français nés en 1975 et après, a annoncé M. Philippe. La disparition des régimes spéciaux est confirmée mais, pour les conducteurs de la compagnie ferroviaire SNCF et de la régie des transports parisiens RATP, qui peuvent partir dès 52 ans, la réforme s'appliquera à partir de la génération 1985.

Des mesures ont aussi été annoncées en direction des plus précaires, notamment l'instauration d'une retraite minimum garantie de 1.000 euros.

Mais, a averti le chef du gouvernement, "la seule solution est de travailler un peu plus longtemps et progressivement, comme c'est le cas partout en Europe". Si l'âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, le projet prévoit "un âge d'équilibre" progressivement amené à 64 ans et "un système de bonus-malus" pour inciter à travailler plus longtemps.

Inacceptable pour les syndicats qui ont promis d'amplifier le mouvement.

La "ligne rouge est franchie", a tonné mercredi Laurent Berger, numéro un du premier syndicat de France, la CFDT. Favorable au principe d'un régime universel de retraite, la CFDT refuse absolument l'instauration d'un âge d'équilibre à 64 ans.

- "Dialogue" -

Jeudi, M. Berger a toutefois déclaré sur la chaîne BFMTV qu'il fallait "retrouver le chemin du dialogue", suggérant au gouvernement de réunir les syndicats favorables à un régime universel de retraite.

"Ma porte est ouverte et ma main est tendue", a répondu le Premier ministre, qui s'apprêtait à appeler les partenaires sociaux afin de "voir avec eux comment reprendre rapidement le dialogue".

Mais pour le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, en tête de la contestation, il n'y aura "pas de trêve pour Noël sauf si le gouvernement revient à la raison" en retirant son projet.

Comme la veille, seul un train à grande vitesse et un train de banlieue en région parisienne sur 4 circulaient et une majorité de lignes de métro étaient fermées. La circulation routière restait très perturbée.

"Je me lève à 4H30, je rentre à 21H00", a témoigné Fernando Duarte, ouvrier rencontré à la gare du Nord à Paris. "Il faut vite que ça s'arrête, c'est vraiment dur".

La zone industrielle et portuaire du Havre, fief du Premier ministre et premier port français pour le trafic de conteneurs, a été bloquée tout comme les entrées du Grand Port Maritime de Marseille (sud-est) et le siège du port de Rouen (nord-ouest).

Des manifestations étaient organisées partout en France.

Face à cette nouvelle fronde sociale, le président Emmanuel Macron, qui a fait de la "transformation" du pays la raison d'être de son quinquennat, joue gros.

La retraite est un sujet éminemment sensible en France, la population restant attachée à un des systèmes les plus avantageux au monde.

Les détracteurs du projet, dont les plus virulents espèrent mettre le pays à l'arrêt, comptent sur l'impopularité d'Emmanuel Macron pour sortir victorieux du conflit et sur le contexte déjà tendu dans le pays, avec le lancement il y a plus d'un an du mouvement des "gilets jaunes", mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les étudiants, les policiers...

De nombreuses voix dans la majorité présidentielle se sont élevées pour appeler à la négociation. Il y a "de la place" pour négocier les modalités d'atteinte de l'équilibre financier du système, a affirmé le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

L'opposition de droite a quant à elle dévoilé son "contre-projet" de réforme des retraites, consistant à repousser progressivement à 65 ans l'âge du départ.

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