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Noël bat son plein au Burkina Faso

Des crèches de Noel de fabrication artisanale, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 24 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

Comment célèbre-t-on Noël au Burkina Faso, où plus de la moitié de la population est musulmane? Dans la capitale, Ouagadougou, on dédie Noël aux enfants.

Arbres de Noël, jouets pour enfants, poupées, voitures... Tout montre dans les rues de Ouagadougou que Noël sera bel et bien célébré.

Réné Dondasse, inspecteur des impôts et musulman, va fêter Noël.

"C’est vrai que moi-même je suis de confession musulmane mais j’ai une famille qui est chrétienne. Là-dessus, je suis avec mon garçon, on a fait des achats pour Noël. Comme on dit que Noël c’est la fête des enfants, donc j’adhère à cette fête. Habituellement, nous fêtons avec les enfants", raconte M. Dondasse.

Pour Noël, date de naissance de l’enfant Jésus, les enfants sont en effet à l’honneur.

Des crèches pour Noel à Ouagadougou, au Burkina, le 24 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)
Des crèches pour Noel à Ouagadougou, au Burkina, le 24 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

"C’est une fête comme toutes les autres. Pour moi Noël c’est la fête des enfants. Ils trouvent leur plaisir. C’est d’ailleurs la fête qu’ils aiment le plus", explique Soumaïla Zongo, étudiant.

Même sentiment pour cette gérante de super marché. Au-delà des enfants, elle souhaite que règne la paix au Burkina Faso.

"Noël a toujours été la fête des enfants. Donc on se joint aux enfants pour leur faire plaisir. Nous allons préparer ce que nous ne faisons pas d’habitude pour eux. Un peu de cadeaux et on termine la soirée avec eux", confie Jeanne Derra, avant d'ajouter, ​"Je souhaite bonne fête de Noël à tous les burkinabè. Surtout que nous ayons toujours la paix dans le pays des hommes intègres pour qu’on puisse fêter Noël".

Dans la capitale burkinabè, Noël est relativement célébré même si plus de 60% des personnes sont musulmanes, contre moins de 25% de chrétiens et le reste, des animistes, selon le recensement général de la population et de l’habitation de 2006.

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Inquiétude sur la cohabitation entre chrétiens et musulmans

Des hommes et femmes d'Arbinda rencontrent une délégation du gouvernement, Burkina Faso, le 4 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)

Les attaques récentes des djihadistes contre des chrétiens du Burkina Faso ébranlent la cohabitation harmonieuse entre religions dans ce pays pauvre du Sahel où des violences intercommunautaires ont déjà commencé à émerger.

"Le Burkina a toujours été réputé comme un pays de tolérance. Nous devons travailler à maintenir cette richesse que nos ancêtres nous ont léguée", a déclaré le président Roch Marc Christian Kaboré.

Le "pays des Hommes intègres" compte 65% de musulmans pour 35% de chrétiens, selon des chiffres de 2018, et était jusque là souvent cité en exemple pour la coexistence pacifique entre les deux communautés.

Depuis quatre ans, le Burkina est confronté à des attaques fréquentes et meurtrières, attribuées à des groupes djihadistes, dont Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'organisation État islamique au grand Sahara (EIGS).

D'abord concentrées dans le Nord, elles ont ensuite visé la capitale Ouagadougou et d'autres régions, notamment l'Est, et fait depuis 2015 près de 400 morts, selon un comptage de l'AFP.

- Moins de couples mixtes ? -

Depuis deux semaines, les chrétiens sont particulièrement ciblés. Trois attaques récentes semblent prouver qu'il s'agit d'une nouvelle stratégie. Quatre catholiques ont été tués lundi dans le Nord lors d'une procession, alors que deux églises, une protestante et une catholique, ont été attaquées dans les jours qui précédaient (12 morts).

"Les attaques prennent de plus en plus pour cibles édifices et responsables religieux, visant ainsi à opposer les différentes confessions", estime Aboubacar Hugo, de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB).

Les appels au calme et à l'union contre le terrorisme de toutes les ethnies et confessions se multiplient.

"La nouvelle tactique de notre ennemi commun consiste à nous diviser, à nous opposer. Il nous appartient d'éviter ce piège, en travaillant à renforcer la tolérance légendaire qui a toujours caractérisé les relations entre toutes les confessions religieuses dans notre pays", a réagi le chef de file de l'opposition Zéphyrin Diabré.

"Nous devons, les confessions religieuses et l'ensemble du peuple, dire +non on ne nous embourbera pas dans cette dynamique, ce dérapage ethniciste, religieux+", dit Mgr Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou. "Nous sommes un peuple, nous resterons un peuple, les grains d'un seul panier."

Mais les fissures sont apparues. Les différences ethniques se confondent parfois avec la religion.

Les peuls (qui sont musulmans) sont de plus en plus stigmatisés. De nombreux djihadistes appartiennent à cette ethnie, provoquant un amalgame entre peuls et djihadistes et même entre musulmans et djihadistes. Les litiges historiques (nomades-éleveurs peuls traversant les champs de populations sédentaires) favorisent d'autant plus le phénomène.

Début janvier, 48 personnes selon le gouvernement et plus de 200 selon la société civile, ont été tuées lors de représailles contre des Peuls après l'attaque du village de Yirgou (centre) attribuée aux djihadistes. Début avril, 62 personnes ont été tuées lors d'attaques djihadistes suivies d'affrontements intercommunautaires à Arbinda (nord).

"Avec ce qui arrive, la peur gagne tout le monde. On ne sait pas vers quoi ceux qui attaquent et les mosquées et les églises veulent pousser les fidèles de ces religions si ce n'est à se détester. Cela peut conduire à un conflit inter religieux comme dans d'autres pays", souligne Cheick Abdoulaye Ouédraogo, maitre coranique à Ouagadougou.

Une tension et une méfiance qui se répercutent dans la vie de tous les jours.

"Moi, j'ai dû me séparer de mon copain après quatre ans, car il était catholique", raconte Adissa Kaboré, commerçante de 27 ans, musulmane. "Mes parents se sont opposés à notre mariage. Il y a beaucoup de couples mixtes mais des cas de refus d'union sont plus nombreux. C'est une forme d'intolérance courante. Ce n'est pas seulement quand il y a des assassinats ou des attaques d'église ou de mosquée qu'il faut s'indigner."

Issouf Tiemtoré, vendeur ambulant et musulman de 38 ans à Ouagadougou, se souvient d'échanges entre communautés qui ont disparu.

"Il y a longtemps, lors des fêtes chrétiennes, les voisins musulmans égorgeaient les poulets. Aujourd'hui, cela tend à disparaitre. Chacun est plus ou moins replié sur ses croyances à tel point que dans certains quartiers périphériques de Ouagadougou, il y a des zones où n'habitent que des gens d'une même confrérie. On laisse faire. Ça commence ainsi. Ensuite on se radicalise au fur et à mesure."

Avec AFP

"Le terrorisme se répand dans tout le pays", Premier ministre

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Le Premier ministre Christophe Dabiré devant les députés

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"Le terrorisme tisse sa toile dans tout le pays"

Burkina Faso Rising Extremism

"Le terrorisme" djihadiste auquel fait face le Burkina Faso depuis 2015, notamment dans les régions du Nord et de l'Est, "tisse sa toile dans tout le pays", a souligné jeudi le Premier ministre, Christophe Dabiré, devant le Parlement.

"Le terrorisme qui apparaissait, il y a quelques années, comme une menace à nos frontières, est aujourd'hui une réalité brutale et cruelle qui tisse sa toile dans tout le pays, et d'autres espaces qui éprouvaient, j'en suis convaincu, l'illusion de la sécurité", a-t-il dit lors de son discours sur la situation de la nation.

Le Burkina Faso est confronté depuis quatre ans à des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières, attribuées à des groupes djihadistes, dont Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'Etat islamique au grand Sahara (EIGS).

D'abord concentrées dans le nord du pays, ces attaques, qui ont ensuite visé la capitale et d'autres régions, notamment l'Est, ont fait depuis 2015 près de 400 morts, selon un comptage de l'AFP.

"Les attaques terroristes ont changé nos priorités, sans nous faire renoncer à nos objectifs. Nous avons dû renforcer les capacités opérationnelles et organisationnelles de forces de l'armée nationale, et nos forces de sécurité intérieure", a indiqué le chef du gouvernement. "Nous avons dû intensifier les opérations de sécurisation du territoire à l'issue desquelles les forces de sécurité, grâce à leurs capacités de résilience, ont fort heureusement neutralisé des groupes terroristes qui endeuillaient et endeuillent encore trop fréquemment notre nation".

"Elles ont ainsi interpellé de nombreux suspects à la suite des opérations de ratissage de grande envergure effectuées dans les zones criminogènes".

Jusque-là, les forces de sécurité burkinabè ont échoué à enrayer la spirale de violence, malgré l'annonce de nombreuses opérations, dont la dernière, menée dans l'Est et dans le Centre-Est, avait permis la réouverture de plus de 200 écoles sur plus de mille fermées en raison de la fuite des enseignants et de la menace djihadiste.

Une centaine de djihadistes avaient été arrêtés lors de cette opération baptisée "Otapuanu" (Pluie de feu ou Foudre en langue gulmacéma), selon les autorités.

"C'est le lieu pour moi de rendre un vibrant hommage à toutes nos forces armées nationales et à nos forces de sécurité intérieure pour le combat difficile qu'elles mènent contre la barbarie", a lancé M. Dabiré, rappelant que les forces de défense et de sécurité "interviennent dans le cadre de la loi", contrairement à une "certaine opinion qui nous prend à partie dans cette lutte inlassable contre le terrorisme".

Pour sa part, la société civile a notamment dénoncé des exactions de l'armée dans le Nord.

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