Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Afrique

Les crimes rituels des gangs créent la psychose au Nigeria

Des milliers de personnes ont marché pour protester contre les meurtres rituels, à Libreville, au Gabon, le 11 mai 2013. (AP / Joel Bouopda Tatou)

Une odeur de mort hante l'"Église en cristal de Dieu" à Owode Onirin, à quelques km de Lagos, où des vêtements ensanglantés, des tambours, des bibles et des livres de prière gisent encore sur le sol.

Trois jours plus tôt, quatre fidèles ont été sauvagement assassinés alors qu'ils priaient : les derniers d'une longue série de meurtres attribués à un gang baptisé Badoo, qui aurait tué 30 personnes depuis juin dans les faubourgs de l'est de la capitale économique du Nigeria.

Ces "crimes rituels", perpétrés par des gangs et alimentés par la drogue et les croyances en la magie noire, ne sont pas un phénomène nouveau au Nigeria, divisé entre un nord musulman et un sud chrétien. Mais ils ont tendance à augmenter en période de difficultés économiques.

Les Badoo en particulier font la une des journaux en raison de la fréquence de leurs attaques et de la violences avec laquelle les victimes sont exécutées.

"Ils ont probablement escaladé le mur et hypnotisé les victimes avant de passer à l'acte", affirme à l'AFP Israël Ojobaro, un ingénieur habitant dans les locaux de l'église évangélique.

"Deux femmes et deux enfants, dont un bébé de neuf mois, avaient la tête fracassée avec une pierre d'affutage".

Le gang a poursuivi son chemin vers une autre église située dans la même rue pour voler de l'argent et des téléphones portables.

"Ils ont dû utiliser des pouvoirs (magiques), car personne ne les a remarqués quand ils sont entrés dans l'église. Quand les fidèles se sont réveillés, leurs téléphones et de l'argent avaient disparu", affirme le pasteur, Taiwo Adesanya.

- Mouchoir trempé de sang -

La peur et l'absence de confiance dans la police ont poussé les habitants à s'organiser pour surveiller eux-même leurs quartiers. Chaque nuit, des feux sont allumés dans les rues entre 22h00 et 6h00.

Résultat, toute personne soupçonnée d'être membre d'un gang est immédiatement lynchée. Selon la police, les vigiles improvisés ont tué au moins "10 suspects" au cours du mois de juin, dont des innocents.

La saga Badoo a débuté l'année dernière lorsqu'une enseignante a été violée et tuée à Ibeshe, un quartier d'Ikorodu, située à environ 10 km de Lagos, au bord d'une immense lagune.

Son crâne a été écrasé par une pierre. Avant de partir, la bande a écrit "Badoo" sur le mur et de nombreux meurtres similaires ont eu lieu depuis.

"Initialement, nous avons pensé que ce n'était qu'un cas de vol qualifié", explique un habitant, Olubare Ademola. "Mais nous avons commencé à les prendre plus au sérieux quand nous avons réalisé qu'ils suivaient le même mode opératoire".

Le mois dernier, un homme, sa femme de 28 ans et leurs deux enfants ont également été tués dans un quartier d'Ikorodu.

Il se raconte que les membres de la bande utilisent des pouvoirs magiques pour apparaître et disparaître mystérieusement lorsqu'ils mènent des attaques.

Le gang viderait ensuite le sang de ses victimes dans une calebasse ou une gourde, avant d'y tremper un mouchoir blanc.

"Selon la rumeur, Badoo vend le mouchoir imbibé de sang aux sorciers qui l'utilisent pour apporter puissance et prospérité" à leurs clients, raconte Babatunde Ogunyemi, un chef traditionnel d'Ibeshe.

"Chaque mouchoir coûte 500.000 nairas (1.385 euros). Cela explique pourquoi Badoo élimine des familles entières pour gagner plus d'argent".

- Opération militaire -

Malgré la prévalence de l'islam et du christianisme au Nigeria, l'animisme - appelé "juju" - reste répandu, surtout hors des grandes villes.

Les habitants d'Ibeshe ont donc eux aussi choisi la méthode traditionnelle pour lutter contre le gang et prétendent l'avoir chassé de la région grâce à des sacrifices d'animaux offerts aux divinités locales, selon M. Ogunyemi.

De son côté, l'armée a fini par lancer une opération pour éliminer les gangs actifs à Ikorodu et dans les environs, où plusieurs écoliers ont été enlevés récemment.

"Nous avons reçu un rapport du renseignement selon lequel certains membres de gangs essayaient de s'associer au sein d'une organisation appelée "777" et nous avons agi rapidement pour la faire échouer", explique sous couvert d'anonymat à l'AFP un officier de l'armée sur le terrain.

Sous son commandement, des soldats fouillent la lagune d'Ikorodu à la recherche de membres supposés de Badoo et d'autres gangs.

"Nous continuerons jusqu'à ce que nous ramenions la sécurité dans les communautés", ajoute-t-il.

La police de l'Etat de Lagos affirme à l'AFP avoir arrêté et interrogé quelque 200 suspects pour les meurtres de Badoo.

La semaine dernière, le gouverneur Akinwunmi Ambode a rencontré les chefs traditionnels d'Ikorodu, les exhortant à collaborer avec les autorités pour "mettre un terme à cette situation le plus vite possible".

Avec AFP

See all News Updates of the Day

Wecyclers, nouvelle vedette écolo

Wecyclers, nouvelle vedette écolo
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:44 0:00

Votre page des sports avec Yacouba Ouedraogo

Votre page des sports avec Yacouba Ouedraogo
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:05:01 0:00

Nouvelle tuerie au Mali : à qui la faute ?

Nouvelle tuerie au Mali : à qui la faute ?
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:05:20 0:00

Aux Comores, le pouvoir disperse des manifestants qui hurlent à la fraude électorale

Des partisans et des membres de l'opposition comorienne manifestent dans les rues de Moroni contre le référendum constitutionnel à Moroni, Comores, le 13 juillet 2018.

Les forces de l'ordre comoriennes ont violemment dispersé lundi une manifestation de l'opposition, qui accuse le chef de l'Etat sortant Azali Assoumani d'avoir orchestré une fraude généralisée pour se faire réélire dès le premier tour de la présidentielle.

Dans l'attente des premiers résultats, plusieurs candidats au scrutin de dimanche accompagnés d'une centaine de leurs partisans ont tenté de marcher sur la place de l'Indépendance, au coeur de la capitale Moroni, pour dénoncer le "hold-up" électoral en cours.

Des dizaines de gendarmes ont accueilli les protestataires par une volée de tirs de gaz lacrymogène et de balle en caoutchouc qui les ont rapidement dispersés.

Le calme est revenu dans l'après-midi dans la capitale. Des militaires en armes ont été déployés sur les grands axes de la capitale, à titre de "prévention", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, dit "Kiki".

Manifestations réprimées aux Comores
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:55 0:00

Selon une source hospitalière, l'intervention s'est soldée par 12 blessés légers, dont trois candidats à l'élection.

"Les forces de l'ordre ont pris fait et cause pour un pouvoir qui a perdu toute légitimité", a réagi auprès de l'AFP le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada.

"Hier, les Comoriens ont voté, et aujourd'hui nous avons un pouvoir qui est devenu fou et tire sur les candidats qui ont gagné dans les urnes !"

Le dépouillement a suivi son cours toute la journée de lundi. La Commission électorale (Ceni) pourrait annoncer les premiers résultats d'ici mardi, selon le ministre Daoudou.

- 'Mascarade' -

Avant même la clôture du vote, les douze candidats opposés au colonel Azali ont dénoncé dimanche une "mascarade" et appelé la population du pays à la "résistance". Comme celui de l'opposition, le bilan du scrutin dressé lundi par la société civile comorienne est accablant.

Bureaux saccagés et fermés avant l'heure officielle de clôture (18H00 locales) par les forces de l'ordre, urnes bourrées, assesseurs de l'opposition empêchés, toute la palette de la fraude électorale y est passée.

"Des bureaux de vote (ont été) fermés dès 16H30 sur ordre des forces de l'ordre, elles se sont chargées de la récupération des urnes avant toute opération de dépouillement", a dénoncé l'Observatoire des élections.

Présidentielle aux Comores : l'opposition accuse le sortant Azali de "coup d'Etat" électoral
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:06 0:00

Sur l'île d'Anjouan, en majorité hostile au président Azali, l'armée est intervenue pour disperser la foule en colère, faisant un mort et une dizaine de blessés, selon l'ONG.

Le ministre de l'Intérieur a fermement démenti que ces personnes aient été victimes de tirs à balle réelle des forces de l'ordre et balayé les accusations de fraude.

"Les incidents relevés ne sont pas de nature à entacher la sincérité du scrutin", a-t-il assuré à l'AFP, "je n'ai jamais vu élections plus transparentes dans notre pays..."

Tout au long d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat, Azali Assoumani, 60 ans, a répété qu'il comptait bien l'emporter dès le premier tour.

A la tête du pays de 1999 à 2006, réélu en 2016, l'ancien putschiste a engagé sa grande entreprise de maintien au pouvoir en faisant adopter, il y a un an, une réforme constitutionnelle par référendum.

- 'Machine Azali' -

Ce texte a étendu de un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée par rotation à un natif de chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan). Par la grâce du nouveau calendrier électoral, Azali Assoumani pourrait rester, en cas de victoire, au pouvoir jusqu'en 2029.

L'opposition a crié au scandale. Ce nouveau système, dit-elle, a remis en cause le fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

Mais rien n'y a fait. Au contraire, le président a fait taire les critiques à grands coups d'arrestations. Son ennemi juré, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, est détenu pour corruption et plusieurs dirigeants de partis condamnés pour tentatives de coup d'Etat.

L'opposition a dénoncé la dérive autoritaire du régime, sa corruption et son incapacité à réduire la pauvreté extrême des 800.000 habitants du pays.

Mais, divisée et décimée par la répression, ses chances de succès sont apparues limitées face à la "machine Azali".

"Le vote de dimanche conclut une entreprise de fraude caractérisée engagée il y a longtemps", a estimé une source occidentale. "Azali va autoriser quelques recours pour donner un peu de verdict démocratique au processus mais sa légalité lui importe peu."

"La situation est préoccupante", s'est inquiété auprès de l'AFP Samir Soulaïmane, de la Plateforme citoyenne, un collectif de la société civile. "Nous en appelons à la communauté internationale, dont l'Union africaine, pour amorcer un dialogue politique avant que le pays ne sombre dans le chaos."

"Nous sommes un pays souverain", s'est déjà agacé le ministre de l'Intérieur, "personne ne viendra nous imposer quoi que ce soit de l'étranger".

Des journalistes de la TV nationale dénoncent la "censure"

Les Algériens exhibent un drapeau national géant lors d'une manifestation à Alger, le 15 mars 2019.

Plusieurs dizaines de journalistes et autres personnels de la télévision nationale ont manifesté lundi à Alger pour dénoncer la "censure" sur leurs chaînes, à l'heure où la population défile en masse depuis un mois pour réclamer le départ du président Abdelaziz Bouteflika.

"Y'en a marre de la censure !", ont-ils scandé devant le siège de l'audiovisuel public, en réclamant une télévision "libre et démocratique".

Ce rassemblement est leur troisième depuis le début de la contestation le 22 février qui se traduit par des rassemblements géants à travers le pays mais aussi de multiples manifestations catégorielles.

"Nous ne voulons plus être un service pour le gouvernement. Nos équipes sont sur les manifestations, mais c'est ici (au siège de la TV nationale ndlr) qu'opèrent les ciseaux de la censure", a dénoncé le journaliste Abdelmajid Benkaci.

"Il y a une petite ouverture au niveau des émissions de débat", a reconnu la journaliste Melina Yacef, tout en réclamant "un véritable" changement, en particulier pour les journaux télévisés, accusés de faire la part belle au point de vue officiel.

"Nous voulons une télévision publique ouverte à tous les partis, toutes les obédiences, tous les Algériens", a-t-elle ajouté.

Les journalistes ont observé une minute de silence la main symboliquement posée sur la bouche pour dénoncer les entraves à leur métier.

Les journalistes des médias publics ont commencé à faire entendre leur voix depuis le début de la contestation contre M. Bouteflika. De tels rassemblements étaient quasi-inexistants auparavant.

Début mars, une présentatrice du journal de la télévision publique, Nadia Madassi, a démissionné après avoir lu à l'antenne une lettre de M. Bouteflika annonçant le dépôt de sa candidature à la présidentielle du 18 avril, depuis reportée, et avoir été apparemment empêchée d'annoncer celle d'un autre candidat.

Des journalistes de l'audiovisuel public dénoncent depuis des semaines les pressions de leur hiérarchie au sujet de la contestation, d'une ampleur inédite, contre M. Bouteflika, en place depuis 20 ans, son gouvernement et le "système" politique en général.

Radio et télévision publiques ont d'abord totalement passé sous silence les manifestations, avant d'en faire état en atténuant les mots d'ordre.

Après les avocats samedi, les architectes, les vétérinaires, les employés communaux et les magistrats de la Cour des comptes ont manifesté à Alger.

Une vingtaine de magistrats ont défilé lundi devant le siège de cette institution, selon des images du rassemblement transmises par la télévision privée El Bilad.

"Le peuple est la source de tous les pouvoirs. Nous joignons notre voix à celle du peuple", pouvait-on lire sur une pancarte.

Le peuple est "avide de liberté et de transparence dans la gestion de la vie publique", a déclaré à El Bilad un magistrat, Abdelkader Bedjaoui.

Autour de lui, ses collègues vêtus de robes noires et vertes, portaient pour la plupart un drapeau algérien.

M. Bedjaoui a dénoncé une marginalisation "sans précédent depuis 1995" de cette institution chargée du contrôle "des finances de l'Etat, des collectivités territoriales et des services publics". La Cour a toujours milité pour son indépendance, réclamant plus de moyens "notamment pour lutter contre la corruption", selon lui.

Les mandats de M. Bouteflika ont été marqués par des scandales de corruption, touchant parfois ses proches. Selon l'indice de perception de la corruption 2018 de l'ONG Transparency international, l'Algérie est classée 105e sur 180 pays.

De nouveaux rassemblements étudiants sont attendus mardi.

Voir plus

XS
SM
MD
LG