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Niger

La réserve des girafes du Niger menacée après une attaque jihadiste

Un policier nigérien monte la garde dans la réserve de Kouré, à environ 60 km de Niamey le 21 août 2020.

Après l'attaque jihadiste qui a coûté la vie à huit personnes dans le sud du Niger, la réserve de girafe a été classifiée "zone rouge" pour le tourisme.

"Quel est l'avenir de la réserve ?" de Kouré et ses célèbres girafes, s'inquiète Aïcha Idé, qui habite Kanaré, un village voisin, dans le sud du Niger, un mois après l'assassinat par des jihadistes présumés de 8 personnes, dont 6 humanitaires français.

"Nous sommes profondément tristes après la mort de notre collègue et des sept travailleurs d'Acted, nous sommes tous des frères parce que nous vivons grâce aux girafes", explique à l'AFP Ousseini Idrissa, un des onze guides désormais au chômage, qui s'interroge sur l'avenir.

"Si les Blancs ne viennent plus voir les girafes, nos familles vont également en souffrir car les girafes sont notre seul moyen de survie", explique M. Ousseini, vêtu de l'uniforme vert des guides, cigarette coincée entre les doigts.

Les jeunes humanitaires français, deux hommes et quatre femmes, ont été assassinés avec leur chauffeur et leur guide nigériens par des hommes armés à moto le 9 août alors qu'ils visitaient la réserve de girafes de Kouré, à 60 km au sud-est de la capitale Niamey où ils étaient basés.

Après l'attaque, le gouvernement nigérien a fermé la réserve tandis que la France a placé le site dans la "zone rouge", tout comme le reste du pays, excepté la capitale.

Le Niger, pays sahélien très pauvre, est en proie à des attaques jihadistes récurrentes qui ont fait des centaines de morts.

Les organisations humanitaires "sous le choc"
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Projets à l'arrêt

Dans ce contexte d'insécurité, les girafes peralta, une espèce menacée, étaient une des rares attractions accessibles pour les habitants expatriés de Niamey qui s'y rendaient souvent le week-end.

Traversée par la route nationale, la réserve est une zone semi-désertique avec des arbustes poussant sur un sol caillouteux sous un ciel chargé de gros nuages noirs en cette saison des pluies.

Les girafes avaient trouvé un havre de paix, bénéficiant de l'indulgence des paysans... même lorsqu'elles détruisent les maigres récoltes de céréales.

De 50 en 1996, les effectifs des girafes étaient estimés à 664 en 2019, d'après le ministère de l'Environnement.

Pour encourager les populations à les protéger davantage, des partenaires, européens, américains, turcs et des ONG internationales financent des projets communautaires.

"Si la mesure de fermeture perdure, cela suppose l'arrêt de toutes les activités sur la réserve, y compris des projets de développement financés à coût de millions au profit des villageois", alerte Omer Dovi, un membre de l'Association de sauvegarde des girafes du Niger (ASGN).

Des villages ont bénéficié de forages d'eau potable, de dispensaires, d'écoles, de moulins à grains, de semences et d'engrais.

"Ce forage d'eau potable que vous voyez est financé par une ONG de protection des girafes, si la réserve ne marche plus, nous serons de grands perdants", explique Aïssa Issa, aux côtés d'autres villageoises venues pour la corvée d'eau.

Les femmes reçoivent des prêts sans intérêt pour monter de petits commerces.

Autodéfense

Sani Ayouba, un responsable de l'ONG Jeunes volontaires pour l'environnement (JVE) redoute que "le choc" de l'attaque ne sonne "la fin de toutes les activités qui concourent à maintenir les girafes dans cette réserve".

"Il faut équiper d'avantage les forestiers et songer à former des 'rangers' à l'image des parcs d'autres pays", propose-t-il.

Les guides comptent eux sur une présence militaire et une sécurisation de la zone.

"Il n'y a pas de miracle pour faire revenir les Blancs: il suffit d'imposer des mesures drastiques de sécurité sur tout le site", tranche Ousseini Idrissa, qui se dit même prêt à combattre.

"Nous avons aussi besoin d'apprendre à nous servir d'une arme pour l'autodéfense", assure-t-il.

Lors d'une visite sur les lieux, le Premier ministre Brigi Rafini a promis "plus de sécurité" et "d'entreprendre toutes les actions de nature à recréer l'espoir à Kouré", sans énoncer de mesures.

"C'est tout de suite que le gouvernement doit installer une base militaire ici!", crie Ramatou Issa, une vendeuse de fruits près d'un poste de contrôle à l'entrée de la réserve. "Si la zone est délaissée, elle se transformera en un repaire de bandits", prédit-elle.

Depuis l'attaque, des patrouilles militaires lourdement armées sillonnent la réserve de plus de 116.000 hectares, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Nous expliquons aux riverains que la sécurité est désormais une priorité et de signaler tout individu ou mouvement suspect", souligne le commandant Lamine Saïdou, responsable de la réserve.

L'insécurité et le manque de ressources peuvent aussi influer sur la survie des girafes.

S'exprimant sous couvert d'anonymat, un expert met en garde: "Il faut tout faire pour maintenir les girafes à Kouré, si elles migrent définitivement vers des zones des conflit, l'espèce peralta s'éteindra".

Omer Dovi craint le développement du braconnage: "Si les riverains ne tirent plus profit de la présence des girafes, alors ils attaqueront une girafe, puis deux, puis trois...".

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Plus de 12 millions d'enfants non scolarisés dans le Sahel en 2019-2020

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Les donateurs promettent 1,7 milliard de dollars pour accroitre l'aide humanitaire au Sahel

Des déplacés d’Arbinda, une localité du Sahel, à Dori, le 7 octobre 2019 (VOA/Lamine Traoré)

Les pays donateurs ont promis mardi , donner plus de 1,7 milliard de dollars au Sahel central, pour accroître l'aide humanitaire dans la région et éviter qu'elle ne plonge "dans l’une des plus grandes crises humanitaires au monde", a indiqué l'ONU.

Le montant de ces sommes promises par 24 gouvernements et donateurs institutionnels et destiné aux population du Niger, du Mali et du Burkina Faso, a été annoncé à l'issue d'une réunion par visioconférence des donateurs organisée conjointement par l'ONU, le Danemark, l'Allemagne et l'Union européenne.

"Une fois débloqués, les fonds permettront d’aider quelque 10 millions de personnes pour le reste de l’année 2020 et jusqu’en 2021 en matière de nutrition et d’alimentation, de services de santé, d’eau et d’assainissement, de logement, d’éducation, et de protection et de soutien aux victimes de violences basées sur le genre", selon un communiqué commun aux organisations et pays qui ont mis cette conférence sur pied pour attirer l'attention sur la situation dans cette région.

"La région du Sahel central arrive à un point de rupture", a mis en garde le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres lors de son intervention.

"Nous devons renverser cette spirale destructrice en donnant un nouvel élan à la paix et à la réconciliation", a-t-il souligné.

Un voeux pieux pour l'heure dans une région triplement touchée par les violences armées entre groupes jihadistes et forces gouvernementales appuyées par des forces internationales, le changement climatique qui bouleverse des écosystèmes et des modes de vie fragile par nature et aussi la pandémie de Covid-19.

"Plus de 1,5 million d’habitants de la région du Sahel central ont été contraints de quitter leur foyer à cause de la violence, soit un chiffre multiplié par vingt en deux ans. La violence basée sur le genre a grimpé en flèche, des millions d’enfants ne sont pas scolarisés et les services de santé et services sociaux de base font défaut. Le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë est trois fois plus important aujourd’hui qu’il y a un an", souligne le communiqué .

Treize millions de personnes, dont sept millions d'enfants, dépendent de l'aide humanitaire.

Heiko Maas, le ministre allemand des Affaires étrangère, a estimé que "tous les indicateurs sont dans le rouge foncé" et exhorté à ce que "les parties au conflit respectent leurs obligations en vertu du droit international et protègent le personnel humanitaire".

Rasmus Prehn, le ministre danois de la Coopération au développement et co-organisateur a demandé à l'ensemble des pays de "beaucoup plus nous concentrer sur des solutions à long terme aux défis qui sont à l’origine de la crise".

A l'instar de nombreux autre intervenants, Mark Lowcock, secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a insisté sur le tribut très lourd que payent les femmes et les filles, mais a aussi souligné qu'"investir dans les femmes et les filles est la meilleure chose que nous puissions faire pour aller de l’avant".

Vingt-deux pays ont promis plus de fonds dont 14 pays de l'UE, ainsi que le Japon, le Canada ou encore la Corée du sud, en plus de l'Union européenne et d'un fonds largement financé par le Royaume-Uni, le Education Cannot Wait Fund.

La Suisse a promis 464,1 millions de dollars, les Etats-Unis 274,8 millions, le Danemark 183 millions, l'UE 122 millions et l'Allemagne 118,2 millions.

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Les autorités algériennes ont expulsé des milliers de migrants vers le Niger, accuse Human Rights Watch

Les migrants expulsés d'Algérie se plaignent des conditions dans le camp de transit à Agadez, au Niger, le 9 décembre 2016. (VOA/Abdoul-Razak Idrissa)

Plusieurs milliers de migrants et demandeurs d'asile ont été expulsés à bord de camions ou de bus bondés vers le Niger par les autorités algériennes depuis le début de l'année, a dénoncé vendredi l'ONG Human rights watch (HRW).

Depuis le début de l'année, ce sont "plus de 16.000 personnes" d'au moins vingt nationalités différentes qui ont été expulsées. Un peu plus de la moitié étaient des Nigériens.

"L'Algérie a certes le droit de protéger ses frontières mais pas de placer en détention arbitraire et d'expulser collectivement des migrants, dont des enfants et des demandeurs d'asile, en l'absence de procédure régulière", a protesté Lauren Seibert de HRW, citée dans un communiqué reçu à Beyrouth.

L'ONG fait état de rafles dans au moins neuf villes d'Algérie ces dernières semaines, au cours desquelles "la police a appréhendé des migrants dans les rues, chez eux et sur leurs lieux de travail".

Elle dénonce également le non-respect des procédures d'expulsion, les mauvais traitements et les conditions de détention.

"Les autorités algériennes ont regroupé la plupart des Nigériens à bord de camions ou de bus bondés, avant de les remettre à l'armée nigérienne, dans le cadre de convois de rapatriement +officiels+", détaille HRW.

"Des convois transportant des passagers de diverses nationalités ont été abandonnés en plein désert, près de la frontière" nigérienne, selon la même source.

Selon des organisations humanitaires présentes au Niger, plus de 3.400 migrants, parmi lesquels des enfants, ont été forcés de quitter l'Algérie depuis début septembre. Il s'agit du niveau le plus élevé depuis le début de la pandémie de nouveau coronavirus.

"Avant d'expulser quiconque, les autorités devraient vérifier individuellement le statut des personnes en vertu des lois relatives à l'immigration ou à l'asile et veiller à ce que chaque demande soit examinée individuellement par les tribunaux", a exhorté Lauren Seibert.

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