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Les familles de migrants camerounais portés disparus aux abois


Albert Kouawa, tenant la photo de son fils Frenzo porté disparu depuis 2015 à Yaoundé, le 31 août 2020. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Une ONG camerounaise dirigée par un ancien migrant assiste désormais les familles qui recherchent leurs membres parfois victimes de la traite ou de trafic humain sur la route vers l’Europe.

Depuis novembre 2017, plus d’une centaine de familles camerounaises ont déclaré la disparition des leurs auprès de l’association Ô pays Migrant Human. Une ONG locale qui propose des solutions aux causes profondes des migrations clandestines.

Pleurs et douleurs dans la famille de Frenzo

Ce jour, au quartier Carrière à Yaoundé, Cyril Nemande, le coordonnateur de l’association Ô Pays Migrants Human rend visite à la famille d’Arnaud Kouawa dont l’un des enfants est porté disparu sur la route de la migration vers l’Europe.

C’est en 2015 que le jeune homme, âgé probablement de 33 ans aujourd’hui, a donné de ses nouvelles pour la dernière fois, témoigne son père sous une voix pesante et la mine triste.

"Le 15 mai 2015, l’enfant m’a appelé vers 8 heures du matin, il m'a dit 'Papa, envoie moi un peu d’argent, on m’a tout pris en route, je n’ai plus d’argent', puis il m’a dit qu’il était au niveau du Niger, et il m’a dit qu’ils étaient en groupe et qu'ils allaient partir pour l’Algérie. J’ai tenté de le dissuader mais il ne m’a pas écouté", témoigne son père, Albert Kouawa.

"Tous les jours, je ne fais que prier pour que mon enfant fasse signe, mais je n’entends pas sa voix", se lamente le vieil homme qui écrase des larmes.

Le coordonnateur de l’association Ô Pays Migrants Human tente de rassurer la mère du jeune homme porté disparu, "tant qu’on n’aura pas un résultat, on ne lâchera pas l’affaire, il faut garder le moral, être fort pour lui", lance Cyril Nemande à la famille.

"Les jeunes lorsqu’ils partent et qu’ils ont déjà eu à demander assez d’argent à la famille, ils se disent qu’ils n’ont plus à appeler pour donner de leurs nouvelles et décident d’appeler de nouveau quand ils auront la possibilité d’envoyer de l’argent à la famille", constate Cyril Nemande.

Mais il y a aussi une autre réalité, celle des cas de disparitions réelles de jeunes dans la mer, dans le dessert et dans les prisons.

Les bonnes affaires des passeurs

Danielle Mengue, 27 ans, a également vécu plusieurs déconvenues sur le chemin de l’Europe. Elle a quitté le Cameroun en 2014. Pendant un an, sa famille est restée sans nouvelles d’elle.

Danielle précise qu’au niveau de la frontière Niger-Algérie, "il y a un montant à payer, je n’avais pas cette somme, je me suis retrouvée en prison pendant 6 mois en attendant de payer 150.000 francs CFA".

"Mon guide a trouvé un Camerounais en Algérie qui a versé cette somme parce qu’il avait besoin d’une femme, j’ai été vendue chez lui à Oran et j’étais devenue sa femme", raconte–t-elle. C’est la police algérienne qui a démantelé le réseau entretenu par ce Camerounais.

Aujourd’hui, promotrice d’un salon de coiffure à Douala, Danielle Mengue est rentrée en 2018 grâce au programme de retour volontaire et de réinsertion des migrants de l’Office international des migrations en partenariat avec l’Union européenne.

"La recherche des migrants camerounais portés disparus n’est pas encore une activité spécifiquement intégrée au sein de la Croix-Rouge camerounaise", confie un responsable à VOA Afrique.

Ce responsable ajoute: "à travers le réseau de la Croix-Rouge dans le monde, la branche du Cameroun aide à retrouver un migrant camerounais porté disparu à condition que sa famille le déclare dans ses services".

L'angoisse des familles de migrants camerounais portés disparus
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