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Navalny cherche à imposer sa candidature face à Poutine

L'opposant russe Alexei Navalny, à droite, et sa femme Yulia, à gauche, célèbre à Moscou, Russie, le 24 décembre 2017.

L'opposant numéro un russe, Alexeï Navalny, a mobilisé dimanche des milliers de ses soutiens à travers le pays, en cherchant à imposer sa candidature face à Vladimir Poutine à la présidentielle de mars 2018, malgré son inéligibilité.

Au total, plus de 15.000 partisans du blogueur anti-corruption, aux accents parfois nationalistes, se sont rassemblés dans une vingtaine de villes du pays.

"Je suis très heureux. Je suis fier de vous annoncer que je suis ici le candidat de toute la Russie", a affirmé l'opposant devant plus de 700 de ses partisans réunis sous un chapiteau sur les bords de la Moskova à Moscou, alors que son équipe de campagne avait eu le plus grand mal à trouver des locaux pour un tel rassemblement.

"Nous sommes prêts à gagner et nous gagnerons ces élections", a assuré l'avocat charismatique. Selon son équipe, deux membres de la Commission électorale centrale assistaient au meeting.

>> Lire aussi: La campagne présidentielle officiellement lancée en Russie

L'opposant de 41 ans a été déclaré en octobre inéligible jusqu'en 2028 par la Commission électorale en raison d'une condamnation pour détournement de fonds, une affaire qu'il juge montée de toutes pièces.

Souhaitant briguer la présidence en tant que candidat auto-désigné, l'opposant a besoin, en vertu de la législation russe, d'être soutenu dans une ville par un groupe d'au moins 500 électeurs pour pouvoir demander à la Commission électorale centrale de l'inscrire sur la liste officielle des candidats.

Dans l'après-midi, la Commission électorale centrale a annoncé avoir décidé de prolonger sa journée de travail, censée être finie à 12H00 GMT dimanche, "en raison d'un grand afflux de candidats souhaitant déposer leur dossier".

Vers 13h30 GMT, celui de M. Navalny n'y a cependant pas encore été remis, sa porte-parole Kira Iarmych expliquant à l'AFP que son équipe allait le faire plus tard dans la journée en raison des problèmes techniques liés à l'impression des documents nécessaires.

Menaces de boycott

Alexeï Navalny avait assuré qu'il obtiendrait le soutien d'au moins 500 électeurs dans chacune des villes prévues pour les manifestations, rendant d'autant plus difficile, selon lui, un refus de l'enregistrement de sa candidature par les autorités électorales, en dépit de son inéligibilité.

Selon les services de l'opposant, ils étaient plus de 900 à Ekaterinbourg (Oural), 800 à Rostov-sur-le-Don (sud) et plus de 700 à Novossibirsk (Sibérie Occidentale). Des manifestations ont eu lieu aussi à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) et Vladivostok (Extrême-Orient).

Alexeï Navalny a menacé de nouveau dimanche d'appeler au boycott du scrutin si sa candidature n'était pas validée. Il faut "empêcher les élections si elles sont malhonnêtes", a-t-il averti.

Les autorités électorales russes rétorquent qu'avec sa condamnation seul "un miracle" lui permettrait d'enregistrer sa candidature.

>> Lire aussi: Vladimir Poutine candidat à la présidentielle de mars 2018 en Russie

"Un tel homme doit être président ou participer au moins au débat pour poser les questions difficiles", estime pour sa part Iouri Bertchenko, un participant à la réunion de soutien à Moscou.

"Nous avons besoin d'un nouveau président", a jugé Alexandre Semionov, 18 ans, venu au rassemblement à Saint-Petersbourg qui a réuni un millier de personnes.

A Moscou, entre 200 et 300 personnes ont également manifesté dans l'après-midi, à l'appel d'un autre opposant Ilia Iachine, qui soutient M. Navalny. Les manifestants ont scandé "Poutine est un voleur" et réclamé des élections "honnêtes", avant de se disperser paisiblement, selon un journaliste de l'AFP.

Poutine ultra-favori

En dépit de problèmes comme la corruption, la protection médicale de piètre qualité ou encore un niveau de pauvreté grandissant, les sondages prévoient une très large victoire de Vladimir Poutine, avec des taux d'approbation de 80%.

Nombre de Russes voient en M. Poutine, 65 ans, qui a annoncé ce mois-ci qu'il serait candidat à un quatrième mandat, l'homme d'une certaine prospérité, notamment grâce à la manne pétrolière, et celui du retour de la Russie sur la scène internationale.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles Alexeï Navalny ne concourait pas à l'élection, M. Poutine, a accusé l'opposition de vouloir fomenter un "coup d'Etat", une tentative selon lui vouée à l'échec.

>> Lire aussi: Au moins 270 arrestations lors de manifestations pour l'anniversaire de Poutine en Russie

Alexeï Navalny, condamné de nombreuses fois, a connu de courtes périodes de détention cette année pour des manifestations non autorisées.

Il a mené pendant des mois une campagne qui lui a permis de gagner une fidèle base de soutiens, souvent très jeunes, par le biais de vidéos virales exposant la corruption des élites.

Il a également organisé en mars et juin des manifestations d'une ampleur inédite depuis les protestations de 2011 et 2012, qui ont débouché sur des centaines d'arrestations.

Avec AFP

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Le groupe État islamique revendique les attentats de Pâques au Sri Lanka

Enterrement d'une victime des attentats-suicides dans un cimetière près de l'église Saint-Sébastien à Negombo, au Sri Lanka, le 23 avril 2019.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué mardi les attaques suicides contre des églises et hôtels de luxe qui ont fait plus de 320 morts et 500 blessés le dimanche de Pâques au Sri Lanka, attentats parmi les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001.

"Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l'EI", a annoncé l'organisation jihadiste sur son agence de propagande Amaq.

Des kamikazes ont provoqué un carnage le dimanche de Pâques dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe, à Colombo et ailleurs dans le pays. Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ), qui ne l'a pas revendiqué, et cherchent à savoir s'il a bénéficié d'un soutien logistique international.

Les éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance mardi permettent d'éclaircir la chronologie et les circonstances de ces Pâques sanglantes.

Sur les huit explosions de bombes au total ce jour-là, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe, le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, survenues en début d'après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l'arrestation.

Deux frères sri-lankais musulmans, figurant parmi les kamikazes, ont joué un rôle-clé dans ce déchaînement de violence, au cours duquel un autre attentat suicide a échoué dans un quatrième hôtel de luxe à Colombo, ont révélé mardi des sources proches de l'enquête.

Selon les policiers, ces deux frères, d'une vingtaine d'années et dont les noms n'ont pas été révélés, opéraient une "cellule terroriste" familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent toutefois encore si les attaques sont le fait de cette seule "cellule", ou d'équipes séparées mais coordonnées.

Un quatrième hôtel de luxe de la capitale sri-lankaise, adjacent aux trois frappés, figurait sur la liste des objectifs du dimanche de Pâques. Pour une raison inconnue, le sac à dos rempli d'explosifs du kamikaze chargé de cette cible n'a pas explosé et il a pris la fuite, ont indiqué des sources policières à l'AFP.

Cerné par les forces de l'ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s'est alors fait exploser, causant la mort de deux passants. À peu près au même moment, dans le nord de la ville, à Orugodawatta, la femme d'un des frères kamikazes a actionné des explosifs lorsque les forces de l'ordre sont arrivées à leur résidence familiale, tuant avec elle-même ses deux enfants et trois policiers.

- Larmes et deuil -

Le Sri Lanka a rendu mardi un hommage poignant aux 321 morts des attentats, selon un nouveau bilan. Parmi les tués figurent au moins 39 étrangers - dont une personne de nationalité française, selon Colombo - et 45 enfants et adolescents.

L'île de 21 millions d'habitants est restée silencieuse durant trois minutes à 08H30 locales (03H00 GMT), heure de la première explosion d'un kamikaze deux jours auparavant, à l'église catholique Saint-Antoine de Colombo.

Des Sri-Lankais laissaient libre cours à leur douleur mardi lors de messes en hommage aux morts de ces attentats, les pires violences qu'ait connu le pays depuis, il y a dix ans, la fin de la guerre civile entre la majorité cinghalaise et la rébellion indépendantiste tamoule.

Anéantis, des proches de victimes s'effondraient dans les bras de leurs voisins.

"Nous n'avons pas ressenti une telle tristesse depuis la guerre", a assuré Rashmi Fernando, une femme de 36 ans, qui participait à l'une de ces cérémonies.

Le gouvernement a décrété une journée de deuil national. Les magasins vendant de l'alcool sont fermés, les drapeaux sont en berne et les radios et télévisions doivent adapter leur programmation musicale.

À l'église Saint-Antoine, des dizaines de personnes ont prié en silence, des bougies à la main, certaines retenant à grand peine leurs larmes. À l'issue des trois minutes de silence, la foule a entamé une prière à voix haute.

À une trentaine de kilomètres plus au nord, dans la localité de Negombo, une messe commémorative a eu lieu à l'église Saint-Sébastien, autre lieu d'un attentat suicide. Des cercueils étaient portés à tour de rôle sur des tables, devant des proches secoués de sanglots.

"Il y a tant de corps que nous ne pouvons pas les présenter tous en même temps", a expliqué à l'AFP Anthony Jayakody, évêque auxiliaire de Colombo qui célébrait la messe.

- Rivalités au sommet de l'État -

Les premiers éléments de l'enquête montrent que ces attentats ont été commis en représailles au récent massacre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (50 morts), a annoncé mardi le vice-ministre sri-lankais de la Défense Ruwan Wijewardene.

L'organisation NTJ avait fait il y a dix jours l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo.

D'après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n'avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d'autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise au sommet de l'État sri-lankais.

La police est en effet de la juridiction du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l'avait limogé à l'automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l'exécutif se vouent une animosité réciproque.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste (70%) qui compte aussi 12% d'hindous et 10% de musulmans.

Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter tout déplacement non impératif. Les États-Unis ont, dans leurs conseils aux voyageurs, évoqué la possibilité de nouvelles attaques.

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