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La route des Canaries, "mortifère" chemin bis des migrants vers l'Europe


Depuis plusieurs jours, la route maritime qui sépare les Canaries de la côte africaine refait parler d'elle, avec une succession de naufrages d'embarcations transportant des migrants. (photo d'archives)
Depuis plusieurs jours, la route maritime qui sépare les Canaries de la côte africaine refait parler d'elle, avec une succession de naufrages d'embarcations transportant des migrants. (photo d'archives)

Pour se rendre en Europe, les migrants subsahariens passent aussi par l'archipel des Canaries depuis la côte africaine – Maroc, Sahara occidental et Sénégal. Malgré sa dangerosité, cette route maritime est depuis quelques jours un peu plus empruntée afin d'éviter la Tunisie et la Libye.

Plus loin, moins exposée, mais tout aussi dangereuse: la route migratoire des Canaries, porte d'entrée vers l'Europe en plein océan Atlantique, connaît un regain d'activité au départ des côtes africaines, où elle offre une rare "alternative" à la Méditerranée.

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Depuis plusieurs jours, la route maritime qui sépare l'archipel espagnol de l'ouest africain et du Maghreb refait parler d'elle. Les naufrages s'y succèdent et plusieurs embarcations – au moins trois selon l'ONG Caminando Fronteras – parties du Sénégal et transportant plus de 300 migrants sont portées disparues.

L'une d'elle, toujours recherchée jeudi comme les deux autres, aurait quitté selon l'ONG la petite ville côtière sénégalaise de Kafountine, à 1.700 kilomètres des îles Canaries. D'autres bateaux de fortune s'élancent depuis les côtes du Maroc et du territoire disputé du Sahara occidental. De là, il faut compter 450 km d'une navigation périlleuse.

"Les migrants partent de plus en plus loin et prennent des risques de plus en plus importants, alors que la route des Canaries est déjà considérée comme l'une des plus mortifères", observe pour l'AFP Sara Prestianni, spécialiste du sujet chez l'ONG EuroMed Droits. Pour elle, "cette route est utilisée comme une alternative" face au "renforcement des contrôles aux frontières" aux portes de l'Europe.

7.200 arrivées en 2023

Depuis mi-2022, un accord entre Rabat et Madrid a notamment conduit à une surveillance accrue du détroit de Gibraltar et des deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, sur la côte nord de l'Afrique. Le 24 juin 2022, une tentative de franchissement par des exilés subsahariens du mur qui entoure Melilla avait d'ailleurs été réprimée dans le sang.

Ces derniers mois, les arrivées clandestines sur les îles Canaries avaient chuté. Le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sánchez, s'était même félicité mi-avril du fait que la "route atlantique", vers l'archipel, était "la seule route en Europe" où le nombre d'entrées irrégulières diminuait, là où elles explosaient par exemple en Méditerranée centrale, vers l'Italie. Le tout grâce à l'"allié essentiel" marocain.

Dans un document publié en juillet par le ministère espagnol de l'Intérieur, le gouvernement constate une baisse de 18% des entrées clandestines sur le premier semestre 2023: entre le 1er janvier et le 30 juin, 7.213 personnes sont arrivées clandestinement à bord de 150 embarcations aux Canaries, contre 8.853 sur la même période l'an dernier. Un chiffre qui masque une tendance: ces derniers jours, les départs se multiplient et s'expliquent en partie par les tensions migratoires de l'autre côté du Maghreb, en Tunisie, analyse Sara Prestianni.

Eviter la Tunisie ?

Depuis des affrontements qui ont coûté la vie à un Tunisien, le 3 juillet, des centaines de migrants d'Afrique subsaharienne sont chassés de Sfax (un point névralgique de l'émigration clandestine au départ du pays) et conduits par les autorités vers des zones désertiques et inhospitalières, notamment près de la Libye.

"Il est possible que les migrants décident de ne pas passer par cet enfer, avec les risques d'attaques racistes, d'expulsion vers la Libye, toutes les épreuves qu'ils pourraient connaître dans cette région", interprète l'experte. Depuis des années, des ONG et experts de l'ONU dénoncent les multiples crimes (violences, tortures, esclavagisme et sévices sexuels...) dont les migrants sont victimes en Libye.

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Sur la route migratoire des Canaries, identifiée depuis 2006 - à l'époque les embarcations partaient de Mauritanie et du Sénégal -, "chaque pic de départs coïncide avec un pic de morts", prévient Sara Prestianni. "C'est une route très dangereuse, très longue, un océan avec des courants forts et on a souvent vu arriver des cayucos (bateaux de pêche traditionnels sénégalais, ndlr) avec des morts à bord", rappelle la responsable d'EuroMed Droits. Mercredi encore, au moins six personnes sont mortes lorsqu'une pirogue en route vers les Canaries au départ du Sénégal a chaviré.

Dans un rapport rendu public fin 2022, l'ONG Caminando Fronteras avait estimé à plus de 11.200 le nombre de migrants morts ou disparus depuis 2018 en tentant de rejoindre l'Espagne. Soit une moyenne de six par jour.

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