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Mali

Crise malienne: Adieu IBK, bonjour le CNSP

Des éléments des FAMA (Forces armées maliennes) sont célébrés par la population lors de leur passage sur la Place de l'Indépendance à Bamako le 18 août 2020. (Photo AFP)

Les officiers maliens qui ont arrêté le président Ibrahim Boubacar Keïta et l’ont poussé à la démission ont déclaré aux premières heures de mercredi qu'ils prévoyaient de former un gouvernement civil de transition chargé d’organiser de nouvelles élections.

M. Keïta, 75 ans, avait été élu en 2013 pour cinq ans puis réélu en 2018, a démissionné et dissous le parlement dans la nuit de mardi à mercredi.

Dans une allocution télévisée sur les ondes de l’ORTM, télévision publique, les mutins se sont présentés comme le Comité national pour le salut du peuple (CNSP).

Par la voix de son porte-parole, le colonel Ismael Wague, le CNSP a affirmé qu'ils avaient décidé de "prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l'histoire" pour empêcher le Mali de tomber encore plus dans le chaos.

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Le CNSP a par ailleurs annoncé la fermeture des frontières et la mise en place d'un couvre-feu, tout en invitant les forces vives du Mali, notamment la société civile, à s’allier à eux pour une transition pacifique qui aboutirait à de nouvelles élections apaisées.

A l’endroit de la communauté internationale, le CNSP a dit qu’il avait l’intention de respecter "tous les accords passés", y compris le maintien en place de la force onusienne MINUSMA, les militaires français, et la force du G5 Sahel.

L’Union africaine, la CEDEAO et l’ONU ont condamné la tournure qu’ont pris les choses au Mali. Des réunions d’urgence sont prévues dès mercredi.


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Alger veut s'imposer comme un acteur clé dans la crise malienne

Le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 19 décembre 2019 à Alger. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP)

L'Algérie veut s'imposer comme un acteur clé dans la crise au Mali, son voisin du Sud, qu'elle considère comme sa profondeur géostratégique. Mais a-t-elle les moyens de ses ambitions? Des analystes en doutent.

Alger, soucieux des risques d'instabilité à ses frontières, entend jouer un rôle actif sur la scène régionale, en Libye et au Sahel avec plus ou moins de succès.

Pour preuve, les deux visites depuis le putsch au Mali le 18 août du chef de la diplomatie algérienne Sabri Boukadoum à Bamako, le premier membre d'un gouvernement étranger à se rendre dans la capitale malienne.

Lors d'une récente visite à Alger, le ministre américain de la Défense Mark Esper a salué "le leadership constant de l'Algérie en matière de sécurité régionale" face à la menace islamiste.

"La solution au Mali sera à 90% algérienne", martèle le président Abdelmadjid Tebboune.

Pour cela, Alger veut ressusciter l'accord de paix de 2015 entre Bamako, les groupes armés pro-gouvernementaux et l'ex-rébellion indépendantiste à dominante touareg du nord, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA).

Un accord négocié sous sa tutelle, en tant que chef de file de la médiation internationale, mais dont l'application déjà poussive a été paralysée par la crise politique.

Plus de trois mois se sont écoulés entre la 40e session du Comité de suivi de l'Accord en juin et une réunion de reprise de contact le 1er octobre.

"Sphère stratégique"

"Ils n'y croient sans doute pas eux-mêmes mais c'est une façon pour eux de s'imposer dans la médiation et de dire: 'Vous ne ferez rien sans nous'", dit Marc-Antoine Pérouse de Monctclos, directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

"Leur ligne directrice, c'est éviter que les revendications indépendantistes des Touareg et les troubles au Mali et au Niger ne rejaillissent sur l'Algérie", résume-t-il.

C'est que le Mali est dans "la sphère stratégique" de l'Algérie, avec laquelle il partage près de 1.400 kilomètres de frontière.

"Les conflits répétés, la fragilité sécuritaire et la faiblesse de l'Etat au Mali affectent directement l'Algérie", confirme Ahmed Kerrouche, expert algérien des questions militaires.

Il rappelle la sanglante prise d'otages sur le site gazier d'In Amenas (sud-est) en janvier 2013 par 32 jihadistes venus du Mali. L'opération avait été revendiquée par le groupe de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar comme des représailles à l'intervention militaire lancée par la France contre les jihadistes dans le nord du Mali.

"L'Algérie est idéalement placée pour peser de tout son poids" au Mali. "Elle en a les capacités (...), mais surtout elle en a besoin", souligne Louisa Aït Hammadouche, professeure de sciences politiques à l'Université d'Alger.

Toutefois, elle est bridée par des faiblesses structurelles: "une économie non productive, une situation politique instable et une armée puissante mais non formée à la projection de ses forces".

Cette dernière carence pourrait disparaître puisque l'Algérie s'apprête à autoriser, via un amendement constitutionnel soumis à référendum le 1er novembre, le déploiement de son armée -la deuxième plus puissante d'Afrique- à l'étranger, au sein de missions de maintien de la paix.

"D'arrache-pied"

Si l'Algérie n'est pas officiellement présente sur le terrain, elle garde une influence sur les groupes du nord du Mali, dont beaucoup de membres ont la nationalité algérienne, principalement dans la région de Kidal.

Elle détient aussi un atout avec l'accord de 2015, auquel tous les protagonistes de la crise se réfèrent, quelles que soient leurs arrière-pensées sur un processus qui n'a pas empêché une propagation des violences.

"La mise en œuvre de l'accord pour la paix et la réconciliation doit être redynamisée sans tarder", a déclaré le président malien de transition Bah Ndaw le 9 octobre lors du premier Conseil des ministres.

Les formations politico-militaires auxquelles l'accord fait miroiter des pouvoirs importants et des ressources pour les cinq régions administratives du Nord peuvent y trouver leur intérêt.

Pour participer à la transition, la CMA a expliqué avoir exigé de la junte des assurances quant à son "attachement à l'accord". Puis elle a exhorté le gouvernement de transition à "travailler d'arrache-pied" pour sa mise en oeuvre.

Si les intentions d'Alger restent difficiles à décrypter, "on devine facilement ce qu'elle ne veut pas", observe Elie Tenenbaum, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri): une autonomie des Touareg maliens qui pourrait inspirer les Touareg algériens, "pas de forces françaises trop près de ses frontières, pas de résolution du conflit sans s'assurer un rôle central".

"Mais derrière tous ces 'non', existe-t-il un projet positif d'une architecture de sécurité? On peine à le voir", pointe-t-il.

Plus de 20 personnes tuées au Mali

Un engin blindé de l'armée malienne, à Gao, le 9 mars 2013.

Douze civils, dont deux femmes et un enfant, et 11 militaires maliens ont été tués dans une série d'attaques mardi dans le centre du Mali, soit le plus lourd bilan dans le pays depuis le putsch du 18 août.

Ces attaques interviennent quelques jours après la libération de quatre otages -un dirigeant de l'opposition, Soumaïla Cissé, la Française Sophie Pétronin et deux Italiens- contre quelque 200 détenus réclamés par les groupes jihadistes, un échange qui n'a donc visiblement pas suscité d'accalmie sur le terrain.

Près de la frontière burkinabé, une position militaire à Sokoura, dans le cercle de Bankass, "a été attaqué par des individus armés non identifiés" vers 1 heures du matin, a indiqué dans la soirée le ministère de la Défense, en faisant état d'un bilan provisoire de neuf morts dans les rangs de l'armée.

Un renfort dépêché sur les lieux "est à son tour tombé dans une embuscade au niveau du pont de la localité de Paroukou", selon le ministère de la Défense. Il précise que deux soldats ont été tués, alors qu'un bilan publié plus tôt par l'armée malienne avait fait état de trois militaires tués.

"Côté ennemi, 13 terroristes (ont été) abattus et deux véhicules détruits par l'aviation militaire", selon le ministère de la Défense.

Douze civils, des forains se rendant à la foire hebdomadaire de Bankas, ont été tués au même endroit dans des circonstances encore floues.

Selon une source policière, les forains "suivaient le renfort de l'armée", se croyant protégés, et ont ensuite été pris pour cibles par des assaillants.

Mais selon un représentant de l'Etat dans la région, le véhicule transportant les civils "se trouvait en premier position", devant les renforts militaires, dont l'arrivée a "coïncidé" avec l'attaque. Des "échanges de tirs" s'en sont suivis, a-t-il précisé en s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

En tout état de cause, 12 civils ont été tués, dont deux femmes et un enfant, selon la source policière et Oumar Guindo, un représentant des jeunes basé à Bandiagara.

L'armée a également fait état de "10 blessés" et des disparus lors de l'attaque contre les renforts. Ni le ministère, ni l'armée n'évoquent en revanche de victimes côté civil.

"Tous ces bilans sont provisoires", a souligné l'armée, qui subit là ses plus lourdes pertes depuis le putsch qui a renversé le 18 août le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Combat de "longue haleine"

Les attaques asymétriques contre l'armée ont fait 175 morts en six mois, selon les derniers rapports trimestriels de l'ONU.

"L'ennemi est connu et le vaincre est possible", a déclaré vendredi le président de transition Bah Ndaw, en référence aux groupes jihadistes.

"A défaut de gagner tout de suite cette guerre que je sais de longue haleine, nous devons remporter des victoires rassurantes", a-t-il ajouté à l'ouverture du premier Conseil des ministres du gouvernement de transition.

Les colonels qui ont renversé M. Keïta, lors d'un putsch réalisé officiellement sans effusion de sang, se sont engagés à rendre le pouvoir à des dirigeants civils élus au terme d'une période de transition d'une durée maximale de 18 mois.

Le président de transition et son vice-président, le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, ont prêté serment le 25 septembre. Deux jours après, Moctar Ouane, un ancien ministre des Affaires étrangères et diplomate de carrière était chargé de former le gouvernement de transition, annoncé le 5 octobre.

La semaine dernière, au moins cinq habitants d'un village du centre du Mali, Farabougou, dans le secteur de Niono, avaient été tués par de présumés jihadistes assiégeant leur localité.

Ces violences faisaient suite à l'enlèvement le 6 octobre lors de la foire hebdomadaire du village d'une vingtaine de personnes, dont neuf étaient retenues depuis.

Le centre du Mali est pris dans un tourbillon de violences depuis l'apparition en 2015 dans cette région d'un groupe jihadiste mené par le prédicateur peul Amadou Koufa, qui a largement recruté au sein de sa communauté.

Les affrontements communautaires se sont alors multipliés entre les Peuls, majoritairement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé des groupes d'autodéfense, en s'appuyant notamment sur les chasseurs traditionnels dozos.

Le ministre français des Affaires étrangères à Alger où il devrait évoquer la Libye et le Mali

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian assiste à une réunion avec son homologue algérien à Alger le 12 mars 2020.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se rendra jeudi en Algérie pour faire le point sur les relations bilatérales et les crises régionales, notamment la Libye, selon son agenda hebdomadaire.

Il s'agira de son troisième déplacement à Alger depuis l'élection du président Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019. Ses précédentes visites remontent à janvier et mars 2020.

Aucune précision sur son programme n'a été communiquée. Lors de ses précédents déplacements, il avait rencontré le chef de l'Etat, le Premier ministre Abdelaziz Djerad et son homologue Sabri Boukadoum.

Le Libye et le Mali devraient figurer en bonne place parmi les sujets de discussion, alors qu'Alger entend jouer un rôle actif dans le règlement de ces deux crises.

Le chef de la diplomatie française plaide de son côté pour l'organisation d'une réunion des voisins de la Libye et doit se rendre prochainement dans ces différents pays.

"Nous avons des canaux de discussion historiques, je pense à la Tunisie, l'Algérie, l'Egypte, le Tchad et le Niger, le Soudan un petit peu pour pouvoir organiser une rencontre des voisins de la Libye qui accompagnerait le processus dit processus de Berlin", a-t-il déclaré le 7 octobre à l'Assemblée nationale.

La Libye est déchirée entre deux autorités rivales: le Gouvernement d'union nationale (GNA) dans l'Ouest, basé à Tripoli et reconnu par l'Onu, et un pouvoir incarné par Khalifa Haftar, homme fort de l'Est.

Mis à mal par l'offensive militaire du maréchal Haftar contre Tripoli en avril 2019, qui a depuis tourné court, le processus politique libyen a repris en septembre. De prochaines discussions sont prévues début novembre à Tunis.

Les principaux pays impliqués dans la crise libyenne - dont la Turquie, la Russie, les Emirats arabes unis et l'Egypte - se sont engagés en janvier à Berlin à respecter un embargo onusien sur les armes et à cesser toute ingérence, des engagements restés pour l'heure lettre morte.

L'Algérie, qui craint les risques d'instabilité à ses frontières et s'efforce de réactiver son rôle sur la scène diplomatique régionale, a aussi réitéré sa "disponibilité" à oeuvrer pour la paix au Mali, où des autorités de transition ont été mises en place en septembre après le coup d'Etat du 18 août.

La France a déployé une force antijihadiste de plus de 5.000 hommes au Sahel, notamment au Mali. L'Algérie garderait de son côté une influence sur les groupes de rebelles dans le nord du Mali, dont beaucoup ont la nationalité algérienne.

Paris et Alger ont par ailleurs de multiples enjeux bilatéraux sur la table, du travail de mémoire lié à la colonisation aux échanges économiques sur lesquels la France a cédé du terrain au profit notamment de la Chine.

Le président Tebboune a salué en septembre la volonté de son homologue Emmanuel Macron de régler "les questions mémorielles", qui empoisonnent les relations entre les deux pays.

Cette relance des relations a connu un coup de chaud en mai après la diffusion de documentaires sur le "Hirak" à la télévision française. Alger a alors rappelé pour consultations son ambassadeur à Paris.

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