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Nigeria

"Maîtresse d'un homme marié", la série qui met à nu les tabous de la société sénégalaise

"Maîtresse d'un homme marié", série télévisée sénégalaise.

Cheikh soulève sa seconde épouse, la hisse sur son épaule avant de la jeter virilement sur un lit parsemé de pétales de rose. Le couple gloussant s'enlace, la porte se ferme sur une ultime image de chaussons blancs ondulant en cadence.

Diffusée depuis janvier sur la chaîne privée sénégalaise 2STV à une heure de grande écoute, la série "Maîtresse d'un homme marié" met en scène cinq jeunes femmes, indépendantes et urbaines, dont certaines fricotent avec des hommes mariés... et finissent parfois par les épouser, comme Marème.

Bien que les relations y soient suggérées - on ne verra que rarement un baiser à l'écran - elle provoque l'ire d'organisations musulmanes, dont les plaintes lui ont valu des rappels à l'ordre du Conseil national de régulation de l'audiovisuel (CNRA).

Dans le quartier Sicap Liberté 3, à Dakar, la famille Sène est, tous les lundis et vendredis soirs, religieusement réunie devant son poste de télévision pour son feuilleton favori.

Entre deux publicités dansantes vantant les mérites du riz local, Rose, pétulante mère célibataire, condamne la censure planant sur la série, en laquelle elle voit un miroir fidèle d'une société hypocrite.

Baye Moussa Seck, directrice de la série "Maitresse d'un homme marie", fait l'enregistrement d'un épisode à Dakar le 25 mai 2019.
Baye Moussa Seck, directrice de la série "Maitresse d'un homme marie", fait l'enregistrement d'un épisode à Dakar le 25 mai 2019.

"Tu n'es rien"

"Les hommes qui critiquent la série sont les mêmes que ceux qui ont des maîtresses et leur font bien pire que ce qui est montré à l'écran !", affirme Rose.

"On juge les femmes parce qu'elles habitent seules, parce qu'elles s'assument... Au Sénégal, si à la trentaine tu n'es pas mariée, tu n'es plus une fille bien. Ici, tu as beau tout réussir, si tu n'as pas d'homme, tu n'es rien", soupire-t-elle.

Chaque membre de la famille s'identifie à un personnage. "La mienne, c'est Djalika", sourit la fille de Rose - qui, comme son personnage favori, élève seule ses enfants. Son voisin de canapé, un jeune homme drapé dans un survêtement noir, lui préfère l'ombrageux Birame. "Il fait du mal aux femmes, t'aurais pu mieux choisir !" s'esclaffe l'une de ses cousines.

Le fait que la série montre - sous un jour parfois cru - la douleur des épouses délaissées pour une plus jeune, l'hypocrisie des hommes et les désirs d'émancipation des femmes, est précisément la raison de son succès, au Sénégal et à travers l'Afrique de l'Ouest.

Sur Youtube, chaque épisode est vu entre un et deux millions de fois, et génère des tombereaux de commentaires élogieux.

L'engouement - et parfois le scandale - est tel qu'un des acteurs a reçu une gifle d'une femme qui aurait pu être sa mère alors qu'il faisait du sport sur la corniche de Dakar. "Elle lui a dit :'Arrête de boire et occupe-toi de ta famille!''", raconte, hilare, la productrice exécutive, Kalista Sy.

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"Apologie de la fornication"

Mais les outrances de la série ne font pas rire tout le monde, notamment l'ONG islamique Jamra qui a saisi le CNRA dès janvier.

Le gendarme de l'audiovisuel a finalement autorisé le 29 mars la poursuite de la diffusion, à condition d'apporter des "mesures correctives" au scénario, sous peine de retardement de l'horaire, voire d'interdiction pure et simple.

Tout était rentré dans l'ordre, du point de vue des associations religieuses, jusqu'au 34e épisode, celui où l'on voit Cheikh et Marème folâtrer sur le lit conjugal, qui a suscité le 31 mai une "mise en demeure" du CNRA.

"La ligne rouge a été franchie. Ils ont offensé une grande partie des Sénégalais en diffusant du contenu quasiment pornographique pendant le mois béni du Ramadan", fulmine Mactar Guèye, représentant de Jamra.

"Force est de reconnaître que cette série dépeint très fidèlement la société sénégalaise, et le problème de l'infidélité chez les hommes", concède M. Guèye, dans sa maison où un écran géant diffuse ... une chaîne de telenovelas.

"Mais il est impensable que cette apologie de la fornication et de l'adultère continue en l'état", fulmine-t-il.

Cinq femmes puissantes

"Maîtresse d'un homme marié" se caractérise pourtant par un propos parfois moralisateur. Les briseuses de ménage se voient toujours dûment tancées par leur entourage.

Mais pour la militante féministe sénégalaise Fatou Kiné Diouf, "cette morale n'empêchera jamais les spectatrices de vivre leur vie".

"La série montre des femmes qui assument leur sexualité. On ne le montrera jamais à l'écran, mais on en parle : en cela, cette série est vraiment puissante", explique-t-elle.

Sur le plateau du tournage - des bureaux désertés le week-end, règne un joyeux brouhaha. Les chaises sont jonchées de grandes robes multicolores, le maquillage se fait à la va-vite, sur une table.

"On tourne douze heures par jour, six jours par semaine. Alors la polémique, on n'en entend pas parler, et c'est tant mieux", glisse l'actrice qui incarne Djalika avant de se faire redessiner les sourcils.

D'une voix lasse, la productrice énumère les difficultés rencontrées: machisme, pressions religieuses, problèmes techniques émaillant les tournages.

"Mais quand les jeunes femmes regardent la série et s'identifient enfin à des personnages qui leur ressemblent, elles en sont très émues", se réjouit Kalista Sy. "Et ça, personne ne peut nous l'enlever".

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Las, démoralisés, effrayés : les immenses difficultés des soldats nigérians qui affrontent Iswap

Des soldats se tiennent à un poste de contrôle devant un drapeau de Boko Haram dans la ville nigériane de Damasak (Nigéria), le 18 mars 2015.

Ils sont soldats ou miliciens, tous postés dans le nord-est du Nigeria et engagés dans la lutte contre les jihadistes de Boko Haram et de l'Iswap (Etat islamique en Afrique de l'Ouest, une émanation de Boko Haram qui a prêté allégeance à l'EI).

Ils sont tous confrontés à la même peur, aux mêmes défaillances, au même abandon parfois dans leur face-à-face avec les combattants islamistes, qui ont tué une cinquantaine de leurs collègues pour le seul mois de juin, des centaines depuis les douze derniers mois.

Voici leurs témoignages, sous condition d'anonymat:

Soldat T., 21 ans

"Les troupes sont démoralisées. Notre moral a été affaibli. Parfois, les hommes fuient quand les terroristes donnent l'assaut, sans même résister.

Les soldats ne sont pas équipés correctement pour combattre les terroristes. Oui, on leur a donné de nouveaux fusils d'assaut. Mais il faut plus qu'un fusil pour affronter - et vaincre - un groupe terroriste comme Iswap.

La majorité des armes lourdes que l'on utilise, comme les chars, sont vieilles, ne marchent pas bien. On leur a juste remis un coup de peinture. Elles se grippent, lâchent ou surchauffent au milieu des combats quand les terroristes attaquent les bases militaires. Nos soldats n'ont alors plus d'autre choix que d'abandonner la base et de fuir.

Cette désertion conforte les terroristes qui y voient un signe de lâcheté. Ca les encourage à continuer les attaques, comme ils savent qu'ils ne rencontreront probablement pas beaucoup de résistance".

Soldat N., 36 ans

"Il y a un manque de coordination entre les troupes au sol et l'armée de l'air. Le soutien aérien ne vient presque jamais quand les soldats sont attaqués. Ca donne un avantage aux terroristes qui attaquent en nombre et avec de l'artillerie lourde.

Tant que la stratégie militaire ne change pas, il y a peu de chance de voir un progrès dans cette guerre contre les ennemis de l'humanité.

Notre stratégie est majoritairement défensive, pas offensive. Les soldats sont confinés dans des bases fortifiées entourées de tranchées et de mines. Ils ne montent presque jamais au combat contre les terroristes, ils attendent que les terroristes les attaquent pour ensuite essayer de le repousser.

Les soldats obéissent aux ordres de leurs supérieurs. Ils ne peuvent quitter la base et lancer des opérations sans ordre.

Nous avons perdu énormément de matériel létal aux mains de ces terroristes, qu'ils utilisent maintenant pour nous combattre".

Officier R., 32 ans

"Les soldats hésitent parfois à donner leur maximum dans la lutte contre les terroristes de Boko Haram, parce qu'ils ont peur de se faire tuer ou blesser. Ils ont vu comment leurs collègues blessés ont été laissés de côté et comment les familles de ceux morts au combat ont été abandonnées, sans pension.

Ca décourage certains de se battre, parce qu'ils ne veulent pas finir comme leurs collègues malchanceux.

Nos supérieurs se fichent de nos salaires et en général ou nous en doit en retard. Beaucoup d'entre nous sont las de la guerre. Nous avons été en zone de guerre trop longtemps, nous sommes fatigués. Nous avons perdu l'envie de nous battre. C'est ça la vérité".

Un milicien qui combat Iswap dans la zone du lac Tchad

"L'Iswap n'a pas été vaincu, mais repoussé. Forcé de se retirer sur les îles du lac Tchad. Aucun de leur grand chef n'a été arrêté et aucune de leur base capturée. L'Iswap a le contrôle total du lac Tchad. Pas un centimètre n'est aux mains du Nigeria.

Duguri, leur principal bastion, où se trouve leur chef, est intact. Leurs camps à Marte, Kukawa et Ngala (nord-est), où résident la majorité de leurs commandants, n'ont pas été détruits. Ils pensent qu'ils sont plus forts que l'armée et n'envisagent ni trêve ni reddition.

Ils multiplient leurs attaques contre les soldats depuis que les forces tchadiennes se sont déployées du côté nigérian du lac Tchad.

Quant à la faction de (Abubakar) Shekau (chef historique de Boko Haram), ils ont bien été affaiblis et Shekau a des problèmes de santé.

L'armée de l'air a récemment mené des raids contre la forêt de Sambisa, où la faction de Shekau vit. L'attaque de Konduga (dans laquelle au moins 30 personnes sont mortes) est probablement une vengeance. Une tentative désespérée de frapper en représailles".

Au moins 15 soldats tués dans l'attaque d'une base militaire par Boko Haram

Soldats nigérians à Damasak, Nigeria le 18 mars 2015.

Au moins 15 soldats ont été tués dans l'attaque d'une base militaire par des combattants du groupe jihadiste Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, en proie à une sanglante insurrection armée depuis 10 ans, a-t-on appris mardi auprès de sources sécuritaires concordantes.

Des hommes soupçonnés d'appartenir à la faction de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap) ont pris d'assaut lundi soir une base militaire à la périphérie de la ville de Gajiram, à 80 km de la capitale régionale, Maiduguri.

"Les corps de 15 soldats ont déjà été retrouvés dans le cadre des opérations de recherche et de secours", a déclaré à l'AFP un officier de l'armée nigériane sous couvert d'anonymat. "Ce chiffre pourrait changer étant donné que les opérations (de recherches) sont toujours en cours et que de nombreux soldats manquent toujours à l'appel".

Une autre source militaire jointe au téléphone a confirmé ce bilan.

"Quinze soldats ont payé le prix suprême, leurs corps ont été retrouvés et la recherche d'autres soldats portés disparus continue", a précisé cette source.

Les jihadistes ont emporté des armes et des véhicules après avoir mis en déroute l'armée et incendié la base, causant d'importants dégâts, selon les deux sources militaires.

Arrivés à bord de neuf pick-up, "ils ont délogé les soldats de la base après des combats", avait confié plus tôt à l'AFP une autre source sécuritaire sous couvert d'anonymat.

Selon des témoignages d'habitants, les jihadistes sont ensuite entrés dans la ville de Gajiram, où ils ont pillé des magasins et tiré des coups de feu en l'air, obligeant les habitants à se réfugier dans leurs maisons ou à fuir en brousse.

"Les hommes armés ont pénétré dans la ville vers 18h00 (17h00 GMT) après avoir vaincu les soldats de la base", a déclaré Mele Butari, un habitant de Gajiram.

"Ils sont restés près de cinq heures. Ils sont entrés par effraction dans les magasins et ont pillé les stocks de nourriture", a ajouté M. Butari. "Ils n'ont blessé personne et n'ont fait aucune tentative pour attaquer les gens qui s'étaient réfugiés dans la brousse ou chez eux".

Des habitants ont vu mardi matin des soldats revenir vers la ville depuis la brousse environnante, probablement après avoir fui durant l'attaque.

- Trois bases en un mois -

L'insurrection lancée par Boko Haram en 2009 dans le nord-est du Nigeria et sa répression par l'armée ont fait plus de 27.000 morts et 1,8 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Elle a aujourd’hui gagné le Niger, le Tchad et le Cameroun voisins.

Gajiram et la base militaire attenante ont été attaquées à plusieurs reprises par les jihadistes.

Des dizaines de bases militaires ont été attaquées depuis un an par la faction affiliée au groupe Etat islamique, qui cible principalement l'armée et les symboles de l'Etat.

Depuis début juin, c'est au moins la troisième attaque contre une base recensée par l'AFP dans le nord-est du pays.

La semaine dernière, l'Iswap a revendiqué l'attaque de la base militaire de Kareto, également située dans l'Etat du Borno, affirmant avoir tué 20 soldats. Des sources sécuritaires avaient fait état de "plusieurs morts" à l'AFP, sans donner de bilan précis.

Et le 4 juin, la même faction avait revendiqué une série d'attaques contre cinq bases militaires de la région, parlant de 14 soldats tués. Ces allégations n'ont pu être vérifiées de manière indépendante, mais une source militaire a cependant confirmé que cinq soldats avaient été tués dans la base de la ville de Marte (Etat du Borno).

Par ailleurs, au moins 30 personnes ont été tuées et 40 blessées à Konduga (nord-est) dimanche dans un triple attentat-suicide attribué cette fois à la faction loyale au leader historique de Boko Haram, Abubakar Shekau.

Il s'agissait de l'une des attaques les plus meurtrières de ce groupe jihadiste contre des civils depuis des mois dans cette région.

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