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Londres et Bruxelles s'opposent sur l'après-Brexit


Les drapeaux de l'Union européenne et du Royaume-Uni à Bruxelles, le 29 janvier 2020.

Trois jours ont passé depuis le Brexit et la bataille de l'après a commencé entre Londres et Bruxelles lundi, Boris Johnson rejetant l'alignement réclamé par Bruxelles sur les règles de l'UE comme "prix" à payer pour un accord de libre-échange.

A distance, le ton s'est durci entre le Premier ministre britannique et le négociateur européen Michel Barnier. Ils ont chacun présenté leurs objectifs pour la nouvelle ère qui s'est ouverte vendredi avec la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Les deux parties disposent d'une période de transition de 11 mois pour négocier un accord. Sinon, leurs échanges pourraient se retrouver très perturbés. Cela inquiète déjà les marchés financiers où le bras de fer engagé a fait chuter la livre lundi.

"Nous sommes prêts à proposer un accord commercial très ambitieux comme pilier central du partenariat", a déclaré Michel Barnier. Cet accord visera notamment à éliminer tous les droits de douanes et tous les quotas sur les biens échangés avec le continent, a-t-il précisé.

Mais le Français a également prévenu que l'UE n'accepterait pas de voir émerger une économie dérégulée à sa porte, qui profiterait "d'avantages concurrentiels déloyaux". "Nous ne serons pas naïfs", a-t-il averti.

"Plus le Royaume-Uni veut être proche (des règles, ndlr), plus l'accès au marché unique sera facile (...) c'est une question d'équité", a renchéri la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Le Premier ministre britannique a aussitôt répliqué que le Royaume-Uni ne comptait pas faire de "concurrence déloyale" à l'UE ou s'engager dans "une course vers le bas" sur les normes.

Vindicatif, il a toutefois martelé que le Royaume-Uni ne serait pas forcé de s'aligner sur les règles de l'UE pour espérer un accord de libre-échange avec Bruxelles.

"Allons-nous empêcher les voitures italiennes ou du vin allemand d'entrer dans ce pays sans droits de douane faute d'alignement de l'UE sur nos règles britanniques sur les touillettes à café en plastique ou sur les congés maternité? (...) Bien sûr que non", a-t-il lancé.

"Alors j'espère que nos amis (européens) comprendrons qu'il est (...) inutile qu'un accord de libre-échange implique d'accepter toutes les règles de l'UE sur la concurrence, les subventions, la protection sociale, l'environnement ou autre", a-t-il ajouté.

Comparant son pays à un papillon qui "quitte sa chrysallide", l'artisan du Brexit a de nouveau exprimé les ambitions commerciales mondiales de son gouvernement en rappelant qu'il comptait négocier simultanément avec plusieurs pays hors de l'UE, des Etats-Unis à la Nouvelle-Zélande.

"Nous sommes prêts pour ce jeu d'échecs multi-dimensionnel", "nous allons restaurer notre pleine souveraineté sur nos frontières, l'immigration, la concurrence, les règles", a-t-il insisté.

Priorités

Les négociations entre Londres et Bruxelles ne s'ouvriront que début mars et devront être menées tambour battant, puisque Boris Johnson refuse de prolonger au-delà du 31 décembre la période de transition pendant laquelle les Britanniques continueront d'appliquer les règles européennes.

L'accès au marché unique du continent, fort de ses quelque 440 millions de consommateurs, est crucial pour Londres puisque l'UE reste son premier partenaire commercial.

Sans accord, il faudra en revenir au cadre de l'Organisation mondiale du commerce, ce qui serait bien plus pénalisant.

La pêche, vitale pour plusieurs Etats

La pêche, sur laquelle les deux parties ont promis de s'entendre avant le 1er juillet, sera l'un des sujets sur lesquels "existe le risque de rupture le plus grave", a rappelé Michel Barnier, pour qui le futur accord devra garantir "un accès réciproque continu aux marchés et aux eaux avec des quotas stables".

Les pêcheurs de plusieurs Etats membres, comme la France et le Danemark, sont dépendants des eaux britanniques. Ces dernières représentent 30% du chiffre d'affaires des pêcheurs français.

De son côté, Boris Johnson a souligné que "reprendre le contrôle" de ces eaux poissonneuses était de première importance et qu'elles devraient être accessibles d'abord aux "bateaux britanniques".

La pêche pourrait constituer une monnaie d'échange dans ces discussions, par exemple pour l'accès au continent des services financiers britanniques, cruciaux pour la City de Londres.

Un premier bilan sera dressé fin juin, ce qui devrait permettre d'évaluer le risque d'un "no deal" aux conséquences désastreuses qui va continuer à planer sur les discussions.

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