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Les séparatistes anglophones armés dans une logique de guérilla au Cameroun

Image d’une voiture brûlée postée sur des réseaux sociaux après l'enlèvement d’un sous-préfet à Batibo, Cameroun, 11 février 2018. (Facebook/ Lucas Cho Ayaba)

"Je ne veux pas mourir, mais notre seul avenir, c'est l'indépendance. Et ils ne veulent pas nous la donner". Réfugié dans un village nigérian à quelques kilomètres de chez lui, au Cameroun anglophone déchiré par les violences, Victor Obi, songe, pour la première fois de sa vie, à prendre les armes.

Cet étudiant de 25 ans dit n'avoir "plus rien à perdre" depuis qu'il a fui en décembre l'arrivée des soldats à Kajifu, qui tiraient selon lui au hasard sur les habitants qui n'avaient pas encore fui en brousse.

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"Ils ont abattu ma sœur et mon petit frère", raconte-t-il avec un élan de haine dans la voix. L'armée pourchassait alors ceux que le pouvoir de Yaoundé qualifient de "terroristes": les séparatistes armés, qui selon des sources sécuritaires, avaient installé l'un de leurs principaux camps d'entraînement dans l'épaisse forêt équatoriale entourant Kajifu.

Les deux régions anglophones, qui regroupent 20% de la population camerounaise, sont secouées depuis plus d'un an par une profonde crise politique sur fond de revendications sociales et économiques vis-à-vis de l'élite francophone qui dirige le pays.

La proclamation unilatérale d'une république indépendante, l'"Ambazonie", le 1er octobre, a marqué un tournant. Des dizaines de milliers de personnes ont fui au Nigeria voisin alors que l'armée réprimait lourdement, hélicoptères de combat et véhicules blindés à l'appui, ce qui ressemble de plus en plus à une insurrection armée.

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Les violences ont déjà fait au moins 26 morts chez les forces de sécurité selon un décompte de l'AFP, et un nombre indéterminé de victimes civiles, très peu d'ONG et de médias indépendants ayant obtenu un accès à la zone.

Les partisans de la lutte armée, une nébuleuse de groupuscules plus ou moins identifiés - dont le gouvernement autoproclamé de l'Ambazonie s'est désolidarisé, prônant une lutte "pacifiste" -, multiplient les attaques isolées contre les symboles de l'Etat, devenues ces dernières semaines quasi-quotidiennes.

- Dizaine de groupuscules-

Dimanche, un sous-préfet a ainsi été capturé et sa voiture brûlée à Batibo avant la célébration d'une fête nationale. L'enlèvement a été revendiqué par Lucas Cho Ayaba, leader de l'Ambazonian Defence Forces (ADF), avec un avertissement clair: "Vous tuez mon peuple, nous vous poursuivrons jusqu'aux portes de l'enfer".

L'ADF, avec trois autres milices - les Southern Cameroons Defence Forces (Socadef), le groupe homonyme Southern Cameroons Defence Forces (SCDF) et l'Ambazonia restoration army (ARA) - constituent les principales forces, "dont le nombre total de combattants" est estimé à plus de 300, selon le think-tank International crisis group (ICG).

A côté, il y a "une dizaine de groupuscules violents ou groupes d'autodéfense, comptant en moyenne dix à 30 membres chacun, comme les Tigers, Vipers ou Ambaland forces".

Mais très peu revendiquent leurs attaques, et il est très difficile de savoir précisément qui fait quoi sur le terrain, explique Hans De Marie Heungoup, chercheur à l'ICG.

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Une chose semble sûre: la répression a radicalisé beaucoup d'anglophones, agriculteurs ou petits fonctionnaires, qui se sentaient depuis longtemps marginalisés par le pouvoir francophone de Yaoundé, mais ne s'étaient pas forcément intéressés à la politique jusque-là.

"Les frustrations sont énormes", souligne le pasteur John Mbe, qui fait partie des 33.000 personnes réfugiées dans l'Etat de Cross River (Nigeria), évoquant la corruption, l'absence de routes pour désenclaver leur région reculée et de débouchés pour vendre les récoltes. "Vous pouvez passer 13 ans sur les bancs de l'école et ne jamais trouver d'emploi".

"Maintenant, beaucoup de gens sont morts, on ne peut pas rentrer chez nous. Nos jeunes n'ont peut-être pas d'armes ni de munitions, mais ils sont en colère", assure le pasteur.

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"Les gens dans les camps de réfugiés sont prêts à se battre", confirme Hans de Marie Heungoup, qui estime le nombre de combattants potentiels à environ 5.000. "Le principal problème des groupes ambazoniens est l'absence de financement: s'ils avaient de l'argent pour acheter des armes, entrainer et nourrir leurs hommes, ils pourraient lever une armée".

Faute de moyens, les combattants séparatistes, cachés dans la forêt et les montagnes quasi impénétrables qui forment la frontière naturelle entre le Nigeria et le Cameroun, poursuivent une logique de guérilla inspirée "de la résistance en Afrique du Sud durant l'apartheid ou en Erythrée", selon une source proche du mouvement.

- Cérémonies mystiques -

Dans le département du Manyu, épicentre du conflit, ils bloquent les axes routiers à l'aide de pneus et de troncs d'arbres pour tendre des embuscades ou attaquent les bases des forces de sécurité, principalement armés de fusils traditionnels, de quelques fusils d'assaut Kalachnikov, de grenades et autres engins explosifs artisanaux. Les rares armes sophistiquées qu'ils possèdent ont été volées dans les commissariats.

"Nous poursuivons deux objectifs dans la défense de la patrie: la rendre ingouvernable et augmenter le coût de l'+occupation+ (de l'armée camerounaise)", expliquait le leader Lucas Cho Ayaba sur son compte Facebook il y a quelques jours.

A Ikom, ville nigériane voisine du Cameroun, où s'entassent des milliers de réfugiés, l'inquiétude grandit de voir le conflit se propager. Aucun camp d'entrainement n'a été découvert au Nigeria, mais selon plusieurs témoignages recoupés par l'AFP, de jeunes réfugiés se préparent "mystiquement" à partir "combattre".

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Ils se réunissent en petits groupes pour des cérémonies juju (rite animiste), au cours desquelles ils se scarifient le front pour mélanger à leur sang des "potions magiques" censées les rendre "invincibles", raconte un soldat nigérian qui a assisté à l'une d'elles.

Les autorités d'Abuja, qui ont arrêté et extradé fin janvier 47 militants sécessionnistes, multiplient les déclarations de soutien à Yaoundé et ont déployé des soldats le long de la frontière. Mais cela n'a pas empêché les rebelles anglophones de lancer des attaques depuis le territoire nigérian ces dernières semaines, selon plusieurs sources sécuritaires.

Fin janvier, ils ont ainsi fait sauter un engin explosif improvisé sur le poste-frontière camerounais d'Ekok, détruisant en partie le bureau des douanes.

"La réalité, c'est que beaucoup de combattants se cachent parmi les réfugiés et qu'ils traversent la frontière à leur guise à travers la forêt", affirme Lawrence Asuquo, chef des services d'immigration à Ikom. "Ils attaquent l'armée camerounaise, et se réfugient aussitôt au Nigeria. Ils est quasiment impossible de les traquer".

Avec AFP

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Cyclone au Mozambique : un mort et de nombreux dégâts, selon un premier bilan

Quelques personnes sur la plage de Mocimboa da Praia, Mozambique, 8 mars 2018.

Le cyclone tropical Kenneth a balayé jeudi soir la côte nord du Mozambique en faisant au moins un mort et détruisant de nombreuses habitations, selon un premier bilan, un mois à peine après le passage meurtrier d'Idai plus au sud.

"Il s'agissait d'un cyclone de catégorie 3, avec des vents de 160 km/h. Le pire cyclone était Idai, qui était de catégorie 4", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'Institut national de météorologie mozambicain, Acacio Tembe.

Une personne a été tuée par la chute d'un cocotier à Pemba, la principale ville du nord et capitale de la province du Cabo Delgado, a rapporté vendredi Antonio Beleza, de l'Institut mozambicain de gestion des situations d'urgence (INGC).

Sur l'île d'Ibo, où vivent quelque 6.000 habitants, 90% des maisons ont été détruites, a précisé M. Beleza.

En prévision de l'arrivée du cyclone, les habitants de cette île prisée des touristes se sont réfugiés dans la forteresse avec des vivres, selon la propriétaire suisse d'un hôtel, Lucie Amr. "Je ne m'attends pas à retrouver mon hôtel entier", a-t-elle ajouté.

"Palma et Mocimboa da Praia ne signalent pas de dégâts importants (...) Quissanga signale des maisons détruites, en particulier celles situées dans les zones hautes. On est sans communication avec Macomia", touché de plein fouet par le cyclone, a encore dit Antonio Beleza.

A Pemba, des vents violents ont arraché de nombreux cocotiers et repoussé des bateaux sur la plage de Wimbi.

Vendredi, Kenneth poursuivait sa course dans les terres mais avec des vents beaucoup moins violents (70 km/h maximum), selon l'Institut national de météorologie qui a rétrogradé le cyclone en dépression tropicale.

De fortes pluies sont cependant prévues au moins dans les prochaines 24 heures, laissant craindre des inondations et des glissements de terrain dans le Cabo Delgado, à la frontière avec la Tanzanie et théâtre depuis 2017 d'une insurrection islamiste.

En prévision de ces nouvelles intempéries, les autorités du Mozambique, pays pauvre d'Afrique australe, ont transformé des bâtiments publics en dur, notamment des écoles, en centres d'hébergement dans le Cabo Delgado.

- Deux cyclones en six semaines -

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a prépositionné à Pemba 500 tonnes de nourriture (riz, maïs, haricots, huile, biscuits énergétiques...) pour venir en aide aux victimes.

Un hélicoptère de l'agence onusienne arrivera dans le Cabo Delgado, dès que la météo le permettra, le PAM anticipant que "les routes soient impraticables à cause des inondations".

L'agence s'est dite inquiète du passage, à moins de six semaines d'intervalle, de deux cyclones sur le Mozambique.

Idai a fait un millier de morts dans le centre du Mozambique et au Zimbabwe voisin et des centaines de milliers de sans-abri qui "se battent pour se remettre debout", a expliqué le PAM vendredi.

"Même si l'eau a disparu dans la plupart des régions touchées, l'accès continue d'être un défi puisque les infrastructures ont été gravement endommagées. Le second cyclone est un autre coup dur porté au peuple mozambicain et va forcément compliquer la réponse humanitaire", a estimé le PAM.

Kenneth "va probablement nécessiter une nouvelle opération humanitaire d'ampleur, alors qu'on manque cruellement de fonds pour financer" l'aide aux victimes d'Idai, a prévenu le Bureau des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).

"Les familles dont les vies ont été bouleversées par ces catastrophes climatologiques ont besoin de la générosité de la communauté internationale pour survivre dans les prochains mois", a prévenu le secrétaire général adjoint d'Ocha, Mark Lowcock.

La région frappée par Kenneth est nettement moins peuplée que celle de Beira, dévastée par Idai, mais elle est déjà très fragilisée par les raids meurtriers d'un groupe djihadiste qui sème la terreur depuis deux ans et que l'armée ne parvient pas à contrôler.

Avant d'atteindre le continent africain, Kenneth est passé mercredi soir au large du petit archipel des Comores, où il a fait au moins trois morts et d'importants dégâts, selon les autorités.

Il menace également le sud de la Tanzanie, où écoles et commerces ont fermé jeudi. Des habitants de Mtwara ont commencé à quitter les régions côtières avec leurs familles, ont indiqué des témoins à l'AFP.

Au Congo-Brazzaville, l'argent chinois tombe sur un os

Un drapeau chinois à Beijing, le 23 septembre 2018.

La stratégie d'investissements de la Chine dans les pays en développement, en accordant des prêts "à tout-va" ces dernières années, est tombée sur un os au Congo-Brazzavile, pays qui a appelé le Fonds monétaire international (FMI) à la rescousse.

"C'est certainement la première fois que la Chine se retrouve confrontée à ce genre de situation", a assuré à l'AFP un spécialiste des relations entre Pékin et l'Afrique, qui a souhaité garder l'anonymat.

Le Congo "cherche à se mettre sous la protection du FMI pour éviter un éventuel défaut de paiement. La Chine, qui détient plus d'un tiers de sa dette externe, n'est pas vraiment à l'aise avec cette procédure", a-t-il noté.

Julien Marcilly, chef économiste de l'assureur-crédit Coface basé en France, rappelle que la Chine "a prêté à tout-va ces dernières années, souvent à des pays qui produisent et exportent des matières premières, en particulier du pétrole". Or "Pékin commence à se rendre compte que les problèmes peuvent s'accumuler", notamment après le défaut de paiement du Venezuela.

La situation à Brazzaville est d'autant plus inquiétante que le pays avait bénéficié en 2005 d'une importante réduction de sa dette, au titre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), qui avait fait passer la dette extérieure des pays concernés, en moyenne de 119% du PIB à 33%.

En 2014, ce petit pays d'Afrique centrale riche en pétrole a subi de plein fouet la dégringolade du cours du brut, "une chute non anticipée et très brutale, liée paradoxalement au ralentissement chinois", selon M. Marcilly.

Résultat: un PIB divisé par deux qui a entraîné une explosion de son endettement à 110% du PIB en 2017, dont plus d'un tiers en mains chinoises, soit environ 2 milliards de dollars, selon les sources.

Pour faire face, le gouvernement congolais a appelé au secours le FMI, le prêteur de dernier recours. Un accord a été trouvé il y a un an, soumis à l'approbation du FMI.

Une année plus tard, le programme n'est toujours pas validé. Le FMI impose notamment comme condition que la dette soit soutenable "à l'issue du programme et des réformes mises en place", a expliqué une source française.

Une restructuration de la dette s'impose donc, et un accord avec la Chine est indispensable pour disposer de l'aide du FMI.

Or, Pékin n'a pas cette habitude. Le Sri Lanka, par exemple, incapable d'honorer ses créances, a dû céder à la Chine le contrôle pour 99 ans d'un port en eaux profondes.

Interrogés par l'AFP, ni le FMI ni les autorités chinoises n'ont souhaité s'exprimer.

"Logique de créancier"

Le contexte politique n'est en outre pas favorable à Brazzaville: aux Etats-Unis, premier actionnaire du FMI, une quinzaine d'élus ont écrit en août au secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, pour qu'il exerce son influence afin "d'empêcher des programmes" avec les pays trop endettés avec Pékin.

"Pour les Etats-Unis, il est hors de question que le FMI vienne à la rescousse des pays endettés avec Pékin", a expliqué l'une des sources consultées.

Conséquence: "le Fonds a établi un rapport de force dans une logique de créancier. Il veut être remboursé à la fin du programme et s'assurer donc que la dette soit soutenable", selon une source française.

"Il a fallu attendre la réunion de printemps du Fonds, à mi-avril, pour que la Chine prenne part aux discussions sur le programme avec Brazzaville. Jusque-là, elle ne dialoguait qu'en bilatéral" avec le Congo, selon le spécialiste des relations sino-africaines.

Cette réunion a donné des résultats: "la Chine a fait des efforts, ça avance", a assuré à l'AFP une source congolaise en marge de la récente réunion du Fonds, évoquant "un problème d'interprétation de ce que Pékin avait indiqué depuis des mois".

"Nous espérons que le programme sera approuvé d'ici la prochaine réunion du conseil d'administration du FMI en juin", a-t-elle ajouté.

"Nous comprenons que c'est en très bonne voie, mais ce n'est pas encore signé", a constaté une source française. La présidence française du G7 s'est fixé pour priorité la transparence des prêts passés avec les pays en développement, notamment africains, où Paris est garant du franc CFA.

La question de la dette des pays liés à Pékin est l'une des critiques fréquentes à l'encontre du projet des nouvelles routes de la soie lancé par le président chinois Xi Jinping. Ce dernier réunit jusqu'à samedi à Pékin près de 40 dirigeants mondiaux pour un deuxième sommet.

L'accord de paix "n'accorde pas l'amnistie" selon la Présidence

Les FACA en entrainement à Bangui, en Centrafrique, le 17 août 2018. (VOA/Freeman Sipila)

La Présidence de la république centrafricaine a rappelé que l'accord de paix conclu à Karthoum en février avec les groupes armés était soumis à la constitution et n'accordait pas "l'amnistie", en réponse aux critiques à la nomination de plusieurs chefs de guerre à des postes gouvernementaux.

L'accord de paix "n'accorde pas l'amnistie et attache de l'importance à la lutte contre l'impunité", explique la présidence dans un communiqué publié jeudi soir.

"Les accords de paix n'ont en aucun cas valeur de traités internationaux. Ils sont au contraire soumis à la constitution", a-t-elle ajouté, soulignant néanmoins le contexte "exceptionnel" et "transitoire" de ce type d'accord.

Le 24 mars, plusieurs leaders de groupes armés qui controlent une grande partie du pays ont été nommés à des postes de conseillers militaires spéciaux à la primature dans le cadre de cet accord.

Depuis, des opposants politiques, ONG et chercheurs ont fait part de leur crainte d'une amnistie générale et ont vivement critiqué ces nominations.

Dans un communiqué publié mercredi, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a appelé les procureurs de la République Centrafricaine "à mener des enquêtes sur les leaders de milices récemment affectés à des postes gouvernementaux."

"Certains ont dirigé des groupes armés responsables d'atrocités généralisées au cours des dernières années, dont des crimes de guerre et de possibles crimes contre l'humanité", a déclaré l'organisation de défense des droits de l'homme.

Selon elle, activistes et victimes ont exprimé de "vives inquiétudes quant à la possibilité que l'accord puisse être instrumentalisé pour exclure toute justice pour les crimes passés".

L'accord de Khartoum, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'Union africaine, est le huitième signé depuis le début de la crise marquée par le renversement en mars 2013 du président François Bozizé.

Riche en ressources naturelles, la Centrafrique est déchirée par la guerre, qui a forcé près d'un quart des 4,5 millions d'habitants à fuir leur domicile.

Pénurie d'eau chronique dans un quartier de Bangui

Pénurie d'eau à Bangui, à Centrafrique, le 26 avril 2019.

"Voilà trois mois que l'eau est partie dans mon quartier!": Marcelin, tuyau à la main, remplit ses bidons nonchalamment. De part et d'autre d'un petit kiosque bleu du quartier Lakouanga de Bangui, en Centrafrique, les bidons jaunes entassés forment un véritable mur.

Marcelin vient du 4e arrondissement, à une dizaine de km de Lakouanga. Dans son quartier comme dans de nombreux autres de Bangui, l'eau a disparu: plus rien ne coule du robinet et les puits sont vides.

Alors, autour de ce point d'eau public, deux jeunes hommes s'affairent à décharger, remplir et recharger les bidons sur des triporteurs de fortune.

Cette pénurie d'eau, qui dure, énerve les habitants, dont certains ont lancé une campagne de contestation sur les réseaux sociaux appelée "bidons jaunes", une référence à peine cachée au mouvement social français des "gilets jaunes".

Marcelin pose son tuyau. Un jeune homme, t-shirt troué sur les épaules, tend la main derrière le comptoir du kiosque-fontaine: pour remplir un bidon, Marcelin doit payer 25 francs CFA (trois centimes d'euro) à la Société de distribution d'eau en Centrafrique (Sodeca), qui gère le point d'eau.

Dans d'autres quartiers plus éloignés que la société ne parvient plus à alimenter, les bidons d'eau peuvent se vendre 200 francs.

Plus on s'éloigne des quartiers avec eau, plus le coût augmente. C'est le cas de Bimbo, sans eau depuis deux mois.

A l'hôpital de district du quartier, "on envoie les hygiénistes acheter de l'eau vers 2h du matin à droite à gauche", raconte Joséphine Nzapali, chef des soins de l'hôpital.

Le château d'eau de l'hôpital de district est vide, et le puits à sec. "Depuis le début de la pénurie, nous ne comptons plus les cas de surinfection", s'inquiète Mme. Nzapali en tournant un robinet, vide.

Combattre la pénurie d’électricité
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Sur le sol, une flaque de sang rougit le béton. Une femme vient d'accoucher, mais pas d'eau pour nettoyer.

"Comment peut-on accoucher sans eau? Comment fait on pour nettoyer les fluides corporels?", demande la sage-femme, les mains rouges de sang.

Les infirmiers de l'établissement racontent les mêmes scènes qu'à Bangui: des jeunes à moto sous des montagnes de bidons jaunes s'en vont puiser l'eau en centre-ville.

Vétusté et manque de moyens

Parfois, c'est aux robinets publics comme à Lakounga, parfois sur des canalisations vandalisées. Certains particuliers qui ont encore l'eau courante la revendent aussi, au prix fort.

Joséphine Nzapali, elle, commence ses journées à quatre heures du matin, quand le soleil n'est pas encore levé, pour aller faire la queue et remplir ses bidons.

"Les problèmes avec la Sodeca, c'est chaque année, mais là les puits sont à secs", s'exclame-t-elle.

Au milieu des installations hydrauliques juchées sur une colline surplombant l'Oubangui, le directeur technique de la Sodeca, Eric Megalos-Dima, pousse un long soupir: "Par où commencer... disons que le problème est multifactoriel".

Vétusté des installations, guerre, manque de moyens... Les problèmes sont nombreux pour l'entreprise dont les installations ont été construites par l'Etat en 1976, quand la ville n'abritait que... 500.000 personnes.

Aujourd'hui, il y au bas mot 1,5 million d'habitants à Bangui.

"Sur les cinq pompes initiales, seulement trois fonctionnent; sur les trois conduites d'eau brutes, une seulement est utilisable; il y a des fuites sur tout le réseau, et l'insécurité empêche la réparation", détaille Eric Megalos-Dima.

Et en saison sèche, les pompes ont plus de difficulté à fonctionner et la situation empire.

Les années précédentes, quand les pluies venait à manquer, les Banguissois se rabattaient sur les nombreux puits et forages individuels.

"Mais cette année la sècheresse dure et les puits sont taris", estime le directeur technique. "Le réchauffement climatique se fait sentir, chaque année ça empire. Il est urgent de faire de nouveaux forages".

Le 12 mars, le gouvernement a annoncé la mise en place de citernes d'eau dans les quartiers hauts de la capitale, et la mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca, 12.000 Casques bleus) la distribution d'eau dans certains quartiers.

En attendant, un autre habitant de la capitale attend à Lakouanga de remplir ses bidons. "Depuis ce matin je cherche de l'eau au lieu de travailler", râle-t-il. "L'eau c'est la vie! Sans eau on ne peut pas vivre...".

Deux Chinois enlevés dans le sud-est du Nigeria

Des mineurs traitent de la poussière fine et du sol à la recherche d'or dans une colonie de mineurs à Anka, à Zamfara, au Nigéria. 21 avril 2016.

Deux Chinois travaillant sur un chantier du sud-est du Nigeria ont été enlevés par des hommes armés qui avaient le visage dissimulé par un masque, a déclaré vendredi la police.

L'enlèvement s'est produit jeudi à Ohaozara dans l'Etat d'Ebonyi, a précisé la porte-parole de la police Loveth Odah.

De premières recherches n'ont rien donné et une équipe spéciale a été dépêchée "pour secourir les deux ressortissants chinois sains et saufs", a-t-elle ajouté.

Les enlèvements pour rançon sont fréquents au Nigeria, en particulier dans le sud producteur de pétrole. Les victimes sont généralement libérées après versement de l'argent.

De nombreuses sociétés chinoises travaillent sur des chantiers d'infrastructures au Nigeria, dont des voies ferrées, aéroports et routes. Leurs salariés ont souvent été cibles d'enlèvements de la part de gangs spécialisés.

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