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Centrafrique

Les "repats", Centrafricains expatriés rentrés dans leur pays en crise

Marché de Noël de Bangui, en Centrafrique, le 24 décembre 2018. (VOA/Freeman Sipila)

"Quand j'ai décidé de rentrer, mes compatriotes m'ont pris pour un fou!", se souvient Clément Ndotizo, un Centrafricain qui a vécu dix ans en France avant de rentrer s'installer dans son pays en 1993, participant au phénomène des "repats".

"Fou", Clément Ndotizo ne l'est assurément pas. Dans son immense villa avec piscine et vue imprenable sur la rivière Oubangui, il retrace son parcours avec fierté, d'abord dans le monde de l'entreprise, puis dans celui de la politique.

Après avoir fondé "Fox Sécurité Privée", une société de sécurité privée, en France, il crée la même société à Bangui. Elle devient vite une des plus importantes du pays avec plus de 1.500 agents revendiqués.

Devenu député en 1996, il siège toujours à l'Assemblée.

Malgré la crise, plusieurs "repats" centrafricains évoquent un horizon économique plus favorable au pays qu'en France, avec moins de concurrence et plus d'opportunités.

Une explication qui peut paraitre paradoxale dans un pays parmi les plus pauvres du monde, où le PIB par habitant atteignait 418 dollars en 2017, en conflit depuis 2013 et où la majorité du territoire est occupée par des groupes armés.

"En France à l'époque, on était une petite entreprise, il y avait la concurrence, j'ai vu que ça ne pouvait pas aller plus loin", se souvient Clement Ndotizo.

Auguste Ogoula est lui aussi revenu, en 2008: "Je suis rentré, en vacances. Jamais je n'ai eu l'intention de revenir faire quoi que ce soit en matière de business ici", se rappelle-t-il.

A l'époque, il vivait en Angleterre où il a exercé pendant une dizaine d'années plusieurs métiers: facteur, vigile, paysagiste...

"C'est quand je suis arrivé que je me suis rendu compte des opportunités", dit-il. Depuis, Auguste a lancé un bar à concerts, une boulangerie-pâtisserie ainsi qu'un service de traiteur.

Et son dernier projet semble être celui auquel il tient le plus: mettre en valeur des terres agricoles, héritées de sa famille à une trentaine de km de Bangui.

Ce grand terrain naguère en friche accueille désormais une ravissante maisonnette entourée de fleurs tropicales, de champs de maïs et de manioc, une porcherie, un poulailler, et un immense bassin de pisciculture. "Le plus grand de la région", assure-t-il.

- Aucun regret -

"Tu te rends vite compte que le fait d'avoir travaillé à l'étranger est un avantage", explique-t-il pour justifier sa réussite.

"Un coup Bangui, un coup la France, ça nous permet d'avoir les deux mentalités et je trouve ça juste magnifique!", abonde Mylène Leborgne, qui gère l'un des plus gros restaurants de Bangui, le Carré gourmand.

Arrivée en France à 4 ans, elle a passé toute son enfance entre Bordeaux (sud-ouest) et Amiens (nord). Aujourd'hui, elle vit à cheval entre les deux pays, mais elle a choisi Bangui pour investir.

"Ça reste ma ville natale, où je connais beaucoup de monde et ce n'est pas si facile que ça de se faire un nom à l'extérieur où on ne connait pas grand monde", estime-t-elle.

Et tant pis pour le risque de perdre son investissement, dans une ville qui a connu des mutineries et des putschs violents. "On a toujours peur quand on s'installe en RCA mais je n'ai aucun regret", affirme Mylène.

"Il est normal que je rentre dans mon pays, guerre ou pas guerre", explique de son coté le chanteur "Faya Dread".

Musicien de reggae, il est né en France, habitait Montpellier (sud) mais a décidé de rentrer en Centrafrique il y a quelques mois pour lancer un studio de musique et des projets artistiques.

"J'essaye d'apporter ma pierre à l'édifice dans mon pays, musicalement", raconte-t-il entre deux accords de guitare.

De quoi ravir Auguste Ogoula, qui s'attriste de "la fuite des cerveaux" africains vers l'Europe: "Parfois, les circonstances obligent les gens à partir, mais je connais beaucoup de gens qui étaient talentueux ici et qui se sont perdus dans la masse en Europe où il y a plus de concurrence qu'en Afrique".

Avec AFP

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Des ateliers de dessin pour enfants traumatisés

Défricher par le feu pour ériger de nouvelles tentes dans le nouveau camp de personnes déplacées à Kaga Bandoro, le 19 octobre 2016.

Le bruissement des crayons de couleur s'échappe de pages blanches dans un camp de déplacés à Kaga Bandoro, dans le nord de la Centrafrique. Penchés sur leurs tables, des enfants dessinent leur quotidien. Des hommes armés, des chars. Et du rouge. Beaucoup de rouge.

Dans une tente de fortune, lunettes sur le nez et les pieds dans la poussière, Mamie Nouria Meniko, psychologue congolaise de 43 ans, analyse les dessins des enfants du camp de déplacés de Lazaré, où s'entassent des familles de la région qui ont fui les exactions de groupes armés.

"Le problème, c'est l'exposition quotidienne à la violence", explique cette femme, responsable du programme du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) mis en place pour identifier et traiter des enfants atteints de troubles du stress post-traumatique.

"Le dessin, dit-elle, aide à exprimer ce que l'enfant a dans sa tête. Il raconte ce qu'il ne peut pas dire de vive voix. Parfois, certains commencent à peine à dessiner qu'ils se mettent à pleurer".

Les ateliers de dessin représentent un travail d'ampleur à Kaga Bandoro - localité à 330 km au nord de Bangui - qui a connu cinq années de conflit sans véritable répit.

Située dans une zone stratégique, carrefour de transhumance, la ville était depuis 2014 contrôlée uniquement par des groupes armés.

Après cinq ans d'absence, les Forces armées centrafricaines sont revenues dans cette zone à la mi-mai, après la signature d'un accord de paix entre le gouvernement et quatorze groupes armés en février. En restant pour le moment confinées dans leur base.

A Kaga Bandoro, les ateliers de dessin ont permis d'identifier 233 enfants, âgés entre 5 et 15 ans, souffrant de troubles de stress post-traumatique.

- "Enlever les images de ma tête" -

Assise sur une natte, la psychologue congolaise s'adresse à un groupe de 6 enfants : "La nuit dernière, qui a fait un cauchemar"? Trois mains se lèvent.

Sa petite soeur sur les genoux, Florine (prénom modifié), 10 ans, confie son mauvais rêve.

"Ma mère et mon père sont venus me chercher pour m'emmener avec eux mais je leur ai dit que je ne voulais pas venir", dit-elle. Ses deux parents ont été tués par la rébellion de la Seleka en 2013.

Pour tenter d'aider ces enfants traumatisés à vaincre leurs angoisses, la psychologue enseigne des techniques de respiration et de relaxation.

"Quand ça ne va pas, je fais ces exercices et je pense à un bon plat que je pourrais manger", explique Florine.

A sa droite, Hervé (prénom également modifié), 12 ans, fait lui aussi partie de ces enfants identifiés comme étant traumatisés.

Il en est à sa troisième séance. Sur ses dessins, toujours la même chose : des pick-up montés de mitrailleuses 12,7, un cadavre dans une rivière. Une main dans un puits. Une maison en feu avec son père à l'intérieur.

"Je dois dessiner à chaque fois pour enlever les images de ma tête et pouvoir dormir", dit-il.

- "Je ne comprenais pas" -

Pour la mère d'Hervé, ces ateliers sont bénéfiques: "Avant il criait chaque nuit, cette semaine il ne s'est réveillé que 5 fois". Veuve depuis les attaques de la Seleka de 2013, elle explique que les ateliers ont resserré les liens familiaux.

"Quand il n'écoutait pas et qu'il faisait des bêtises, je le frappais. Je ne comprenais pas. Maintenant je sais pourquoi il faisait ça, alors on s'écoute", confie cette maman.

Problèmes d'attention, comportements agressifs, les symptômes du traumatisme sont difficiles à comprendre pour l'entourage des enfants. La psychologue tente de sensibiliser les parents pour permettre de renouer les liens.

Selon le professeur centrafricain, Jean-Chrysostome Gody, médecin chef de l'hôpital pédiatrique de Bangui, les troubles mentaux liés au stress post-traumatique, pourtant tabous, sont fréquents dans un pays en conflit depuis 2003.

"C'est un vrai problème de santé publique", selon le professeur Gody. "Les traumas non soignés peuvent apporter des dépressions, voire de la violence. Cela alimente le cercle vicieux".

Le chemin est encore long pour que les cauchemars d'Hervé disparaissent totalement.

A la fin d'une séance éprouvante, la psychologue congolaise soupire. "On ne peut rien effacer. Le but est de leur apprendre à vivre avec le trauma".

Hervé joue avec ses amis, profitant de l'accalmie qui règne à Kaga Bandoro, même si la périphérie de la ville est toujours la cible de violences quotidiennes.

Avec AFP

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