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Les mésaventures d’un Béninois plusieurs fois vendu comme esclave en Libye


Mohamed Babio, migrant rapatrié de la Libye, à Cotonou, Bénin, 10 décembre 2017. (VOA/Ginette Adandé)

Des Béninois subissent aussi l'esclavage en Libye. Mohamed Babio, la vingtaine pensait passer par la Libye pour atteindre l'Italie afin de réaliser son rêve : celui d'être un footballeur professionnel. Mais le rêve a tourné au cauchemar loin des rives italiennes.

Le jeune footballeur béninois a passé une année à faire l'expérience des travaux forcés, de la maltraitance dans les camps libyens.

Anouar Babio, Béninois tué en Lybie, 2017. (VOA/Ginette Adandé)
Anouar Babio, Béninois tué en Lybie, 2017. (VOA/Ginette Adandé)

Il a même perdu son jeune frère criblé de balles pour avoir voulu s'enfuir.

Ayant eu la chance de revenir au Bénin grâce à la "générosité" de son sixième maître, Mohamed Babio raconte l'enfer qu'a été sa vie en Lybie.

Son périple a commencé en décembre 2015 quand, impuissant devant la misère qui dictait sa loi à toute la famille, M. Babio a décidé de tenter l'aventure au-delà des frontières béninoises.

Le jeune sportif s’est retrouvé en Algérie avec son jeune frère et pendant quelques mois les deux ont mené une vie heureuse et ont pu se faire un peu d'argent. Suffisamment en tout cas pour revenir au pays. Mais ils ont décidé de donner plus de piment à leur nouvelle vie de pèlerins sur les rives européennes.

L'Italie a été leur premier choix. Ils ont eu le numéro d'un passeur de nationalité béninoise qui leur a promis l'entrée en Italie pour 750000 Fcfa par tête. Ils y ont englouti une partie de ce qu'ils ont gagné en Algérie pour une aventure qui a pris fin en terre libyenne dans les conditions les plus difficiles.

"Nous étions des centaines d’Africains enfermés et battus au quotidien sans raison. Nous faisions des corvées toute la journée avec un seul repas", confie-t-il à VOA Afrique comme s'il revoyait la scène.

M. Babio a aussi vu des femmes enceintes battues et violées qui rendaient l'âme, ne pouvant tenir. Il a connu six changements des points de détention et de geôliers.

Séparé de son frère, M. Babio n’a eu de ses nouvelles qu'à travers des photos de lui, criblé de balles. Son frère a été tué lors d’une tentative d'évasion.

Son histoire comme d’autres semble pourtant aux yeux des autorités libyennes comme des accusations qui ne tiennent pas la route, selon l'ambassadeur de la Lybie près le Bénin.

Busheha Bushesha, Ambassadeur de la Libye au Bénin lors de sa conférence de presse, Cotonou, 10 décembre 2017. (VOA/Ginette Adandé)
Busheha Bushesha, Ambassadeur de la Libye au Bénin lors de sa conférence de presse, Cotonou, 10 décembre 2017. (VOA/Ginette Adandé)

" Si la torture existait réellement en Lybie, pourquoi sont-ils obligés de dompter la soif et la faim pour y venir", a réagi lors d’une conférence de presse l’ambassadeur de la Libye Busheha Busheha.

Pour M. Busheha, il s’agit d’une invention et que rien de tel ne se passe en Lybie.

Pour des Organisations internationales comme Amnesty international Bénin prennent la situation au sérieux.

"Le drame vécu par ces personnes est traité avec beaucoup de légèreté selon lui", dénonce Fidèle Kikan, le directeur d’Amnesty international Bénin.

Fidèle Kikan, directeur Amnesty international Bénin, à Cotonou, 10 décembre 2017. (VOA/Ginette Adandé)
Fidèle Kikan, directeur Amnesty international Bénin, à Cotonou, 10 décembre 2017. (VOA/Ginette Adandé)

Pour lui l'institution fait ce qu'il peut dans ce cas mais souffre de l'absence d'une volonté politique pour aller jusqu'au bout.

M. Babio semble ne pas avoir appris sa leçon de la tragédie vécue en Lybie. Devant l'étendue de la misère depuis qu'il est rentré, il pense saisir l'opportunité de tenter une nouvelle aventure si le chemin s'ouvrait à nouveau devant lui.

"Mourir les armes à la main vaut mieux que mourir résigné", confie-t-il.

L'état béninois pense réorganiser autrement les choses pour que les jeunes ne soient pas obligés de s'offrir en victimes expiatoires à la recherche du mieux-être. Mais à ces jours, il reste encore bien des Béninois encore détenus dans les camps qu’il faut ramener au pays.

Ginette Fleure Adandé, correspondante à Cotonou

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