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Les Maliens élisent leur parlement malgré la guerre et le virus

L'hôpital du Mali, à Bamako, le 4 avril 2020. (VOA/Kassim Traoré)

Guerre, coronavirus, principal opposant enlevé... Le contexte est aussi sombre avant le second tour des législatives au Mali dimanche qu'il l'était avant le premier, mais le gouvernement a choisi de maintenir le scrutin.

"En démocratie, rien ne vaut la pleine légalité constitutionnelle ainsi que le jeu normal des institutions", a déclaré le président Ibrahim Boubacar Keïta il y a quelques jours, s'adressant à la nation un masque protecteur sur le visage.

Il y va de la nécessité d'apporter des réponses autres que strictement militaires à la profonde crise sécuritaire, politique ou économique que traverse le pays depuis des années, a justifié le chef d'Etat.

Malgré l'adversité, la majorité de la classe politique soutient le maintien de ce scrutin reporté à plusieurs reprises.

L'enjeu est de taille: renouveler un parlement élu en 2013 et dont le mandat devait s'achever en 2018, et faire enfin progresser l'application de l'accord de paix d'Alger.

Celui-ci, signé en 2015 entre les groupes armés indépendantistes et Bamako, prévoit plus de décentralisation via une réforme constitutionnelle qui doit passer par l'Assemblée. Or la légimité du parlement sortant est contestée.

Mais comment motiver des Maliens qui remettent en cause la capacité de leurs dirigeants à sortir le pays de la guerre et de la pauvreté ?

- Menaces jihadistes -

D'abord concentrée dans le nord du pays en proie à des rebellions indépendantistes, la crise a dégénéré avec l'arrivée sur l'échiquier sahélien de groupes jihadistes à partir de 2012.

La violence frappe quotidiennement le centre et le nord du Mali et les voisins burkinabé et nigérien. Les attaques contre les soldats et les civils alternent avec les explosions de mines artisanales, les morts se comptent par milliers et les déplacés par centaines de milliers. Vingt-cinq militaires, selon le gouvernement, ont été tués entre les deux tours dans une opération revendiquée par un groupe affilié à al-Qaïda.

"Dans le centre et dans le nord, est-ce que les populations pourront voter librement ? Dans le centre, les groupes terroristes sont en train de menacer les populations" pour les dissuader de voter, affirme Ibrahima Sangho, chef de mission de la Synergie, plateforme d'organisations qui déploient des observateurs lors d'élections.

Le premier tour du 29 mars a été marqué par des enlèvements de présidents de bureau et le vol et la destruction d'urnes. Dans les zones rurales de Tombouctou, les jihadistes ont conduit de nombreux raids d'intimidation à moto. "Ne votez pas ou vous aurez affaire à nous", disaient-ils en substance aux habitants, selon un rapport interne de l'ONU consulté par l'AFP.

Un millier de bureaux environ, sur plus de 22.000, n'ont pas ouvert, a admis le ministre de l'Administration territoriale Boubacar Alpha Bah, selon des propos rapportés par la télévision publique.

Dans certaines régions du nord, le large taux de participation (plus de 85% à Kidal pour une moyenne nationale de 35,6%, avec des députés élus avec 91% ou 97% des suffrages) laisse envisager "une possibilité de fraude", dit un diplomate sahélien.

Dans la capitale, la participation a été de 12,9%. Ces faibles taux de participation sont dans la norme malienne, rappelle M. Sangho, l'observateur.

- Défi sanitaire -

Sur les 147 sièges de députés, 22 ont été pourvus au premier tour.

Parmi eux: Soumaïla Cissé, le chef de file de l'opposition kidnappé le 25 mars alors qu'il était en campagne. A défaut de preuve formelle, tous les soupçons pèsent sur le groupe jihadiste d'Amadou Koufa. Des négociations secrètes sont menées pour sa libération, selon son parti.

"Soumaïla Cissé est un gros poisson qui pourra être échangé contre d'autres gros poissons emprisonnés", pense Bréma Ely Dicko, sociologue à l'Université de Bamako.

Ce rapt sans précédent n'avait pas dissuadé les autorités de s'en tenir au calendrier électoral, pas plus que l'officialisation, fortuitement simultanée, des premiers cas de contamination par le nouveau coronavirus. La campagne, déjà discrète, a dès lors disparu des débats, en dehors des affiches qui résistent à Bamako.

Le Mali a officiellement déclaré 171 patients et 13 décès. Ici comme ailleurs, l'inquiétude est grande quant à la capacité de faire face à une prolifération. Un couvre-feu nocturne a été institué, les écoles ont été fermées, des restrictions imposées aux activités.

Mais dans la capitale d'un des pays les plus pauvres de la planète dont une grande part de la population vit au jour le jour, les marchés, les mosquées, les transports en commun n'ont pas désempli.

"Ce n'est pas partout que les mesures contre le Covid-19 ont été appliquées" au premier tour, rapporte M. Sangho.

Le président malien a pris l'engagement que "toutes les mesures sanitaires et sécuritaires requises (seront) rigoureusement appliquées" dimanche.

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Le président de la transition est bien accueilli par certains Maliens

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Le CNSP réhabilite l'ex-putschiste Amadou Sanogo, uniforme et médailles à l'appui

Le chef de l'ex-junte malienne Amadou Haya Sanogo parle à des journalistes au camp militaire de Kati, près de Bamako, Mali, le 31 mars 2012.

Le général malien Amadou Sanogo, meneur d'un coup d'Etat en 2012, a effectué mardi une apparition publique remarquée lors de cérémonies sous les auspices de l'actuelle junte.

Le général Sanogo, encore en prison il y a huit mois sous le président Ibrahim Boubacar Keïta aujourd'hui déchu, a pris place à la tribune officielle en uniforme d'apparat, casquette à feuilles d'or, fourragère et médailles, pour suivre la parade donnée à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance.

Très souriant, en lunettes noires, il a serré de nombreuses mains, devisé avec bon nombre d'officiers et s'est prêté à des selfies avec certains d'entre eux.

Amadou Sanogo, alors obscur capitaine, avait pris le 21 mars 2012 la tête de soldats entrés en mutinerie contre l'incapacité du gouvernement à arrêter l'offensive dans le Nord de rebelles Touareg et l'afflux de jihadistes en provenance des pays voisins.

Les mutins avaient chassé le président Amadou Toumani Touré, à deux mois de la fin de son mandat. Le nord était alors rapidement tombé sous la coupe des jihadistes dont les agissements se sont depuis étendus au centre et aux pays voisins.

Sous la pression internationale, la junte avait fini par céder le pouvoir à des autorités civiles intérimaires. Elu président en 2013, Ibrahim Boubacar Keïta avait élevé Amadou Sanogo au rang de général quatre étoiles, promotion largement considérée comme politique, faisant de lui l'un des plus hauts gradés du pays.

Mais, fin 2013, Amadou Sanogo avait été arrêté pour son implication présumée dans la mort de 21 membres d'une unité d'élite, les "Bérets rouges", retrouvés dans un charnier. Opposés au coup de force de mars 2012, les Bérets rouges avaient vainement tenté un contre-putsch un mois plus tard.

Ouvert fin 2016 pour assassinats, le procès d'Amadou Sanogo et d'une quinzaine de coprévenus, tous militaires, est ensuite resté dans les limbes. Les accusés, dont Amadou Sanogo, ont été libérés le 28 janvier 2020, une décision suspecte de motivations autres que judiciaires.

Car la présidence Keïta, déjà en crise, était inquiète de la cohésion de l'armée. Et le procès menaçait d'amener à la barre le ministre de la Défense en exercice, Ibrahima Dahirou Dembélé. Les défenseurs des droits humains s'étaient alarmés que le général Sanogo et ses coprévenus ne rendent jamais de comptes.

Le général Sanogo s'était montré discret depuis lors.

M. Keïta a été déposé le 18 août par un groupe d'officiers. La junte a affirmé depuis sa volonté de réconcilier les Maliens. Elle a donné vendredi des obsèques nationales à l'ancien dictateur Moussa Traoré, autre militaire qui avait pris la tête du pays par un putsch en 1968 et qui a exercé 22 ans de pouvoir sans partage.

Qui est le colonel Bah N'Daw?

L'ex ministre malien de la Défense Bah N'Daw, à droite, et son homologue français Jean-Yves Le Drian se rencontrent à Bamako, le 16 juillet 2014. Bah N'Daw a été nommé président du Mali pour la période de transition.

D'abord l'humiliation militaire, puis le putsch: pour la deuxième fois en six ans, le colonel Bah Ndaw, futur président de la transition malienne, doit sa promotion à l'échec du chef de l'Etat déchu Ibrahim Boubacar Keïta.

Agé de 70 ans, natif de San, dans le centre du pays, "le grand" comme l'appellent ses intimes eu égard à son mètre 95, est un personnage relativement peu connu du grand public qui a fait toute sa carrière dans l'Armée de l'air malienne, depuis sa création en 1976.

Incorporé comme engagé volontaire dans l'armée le 1er juin 1973, il est sélectionné l'année suivante pour un stage de pilote d'hélicoptère dans ce qui est alors l'Union soviétique, où se sont formés bien d'autres cadres militaires maliens.

Le colonel Bah Ndaw a été aide de camp du dictateur Moussa Traoré, décédé la semaine dernière, arrivé au pouvoir par un putsch en 1968 et renversé par un autre en 1991, qui devait aboutir à la restauration d'un pouvoir civil.

Tour à tour chef d'état-major de l'aviation, directeur du Génie militaire, et chef d'état-major adjoint de la Garde nationale, entre autres fonctions, il est aussi diplômé de la prestigieuse Ecole de guerre de Paris.

En 2008, le colonel-major Bah Ndaw devient directeur de l'Office national des anciens combattants militaires retraités et victimes de guerre (ONAC), puis fait valoir ses droits à la retraite en 2012.

Mais deux ans plus tard, c'est ce colonel à la retraite qui se retrouve à la tête des forces armées, en tant que ministre de la Défense du président Keïta, à la suite de la défaite cinglante de l'armée malienne à Kidal (nord-est), bastion de l'ex-rébellion à dominante touareg.

Son prédécesseur, Soumeylou Boubèye Maïga, un poids lourd de la politique malienne, démissionne au lendemain de cette humiliation, refusant qu'on fasse "porter le chapeau à la hiérarchie militaire", selon son entourage.

Mais le nouveau ministre de la Défense n'occupera ce poste que quelques mois.

C'est un nouvel échec du président Keïta, définitif celui-là, qui fait cette fois ressortir le colonel Bah Ndaw de sa retraite.

Le 18 août 2020, un putsch officiellement réalisé sans effusion de sang a raison du pouvoir de M. Keïta, affaibli par des mois de contestation face à la grave crise sécuritaire, économique et institutionnelle dans laquelle s'enfonce inexorablement le pays.

Après des semaines de tractations et de concertations sur la durée de la transition vers une restauration du pouvoir civil et sur les personnalités chargées de la conduire, la junte a annoncé lundi le nom de Bah Ndaw.

Le colonel prêtera serment vendredi, a précisé le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, lui-même vice-président de cette transition, qui doit durer au maximum 18 mois.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a suspendu dès le 20 août le Mali de ses organes de décision et infligé un embargo financier et commercial à ce vaste pays pauvre et enclavé. Elle a indiqué la semaine passée qu'elle lèverait ces sanctions aussitôt que la junte aurait accédé à ses exigences.

La Cédéao et des partenaires du Mali comme la France s'inquiètent d'un surcroît d'instabilité propageant encore davantage à travers le Sahel le jihadisme et les violences intercommunautaires auxquelles le pays est en proie.

Le colonel Goïta a promis lundi soir de gagner "la guerre" contre les jihadistes, dans un discours télévisé à la veille de la fête nationale.

Mais la Cédéao se veut aussi préoccupée par le mauvais exemple que donnerait une junte maintenue durablement au pouvoir.

Les nouveaux maîtres de Bamako, qui ont promis dès leur arrivée de rendre à terme les commandes aux civils, voulaient conserver la mainmise sur la transition. La nomination d'un ancien militaire semble une manière de compromis.

Dans un flash interrompant les programmes de la télévision nationale, le colonel Goïta, portant toujours sa tenue de camouflage et son béret vert, a fait référence aux positions internationales en évoquant le "contexte global" et les engagements internationaux du Mali pour justifier les choix du jour.

La piste d'un militaire à la retraite se dessinait depuis plusieurs jours.

- A priori 18 mois -

"Il n'y a pas fondamentalement d'homme de la situation dans le pays", a commenté le chercheur Baba Dakono, "il y a des personnalités qui sont moins clivantes et je pense qu'il fait partie des personnalités qui sont les moins clivantes".

Il prêtera serment vendredi, a indiqué le colonel Goïta. C'est au président qu'il appartiendra de nommer un Premier ministre, en vertu d'une charte retenue par la junte pour organiser la transition. La Cédéao réclame là aussi qu'il s'agisse d'un civil.

Les Maliens se sont profondément divisés entre les partisans d'une transition longue confiée aux militaires et leurs contradicteurs.

Les premiers arguent du temps et de l'autorité nécessaires pour créer les conditions d'un redressement dans un pays au bord du gouffre.

Les seconds redoutent une réédition des erreurs du passé dans un pays qui en est à son quatrième putsch en soixante années d'indépendance, célébrée mardi.

Le rôle imparti au vice-président était un motif d'alarme supplémentaire pour eux.

La "charte de transition" prévoit une transition de 18 mois, à laquelle la Cédéao s'est montrée prête à consentir après avoir insisté initialement sur un maximum de 12 mois.

Le médiateur de la Cédéao dans cette crise, l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan, est attendu mercredi au Mali.

Biographie du colonel Bah N'Daw, futur président de la transition malienne

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Le chef de la junte appelle les Maliens à soutenir les forces étrangères "partenaires"

Le chef de la junte au pouvoir au Mali, le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 23 août 2020.

Le chef de la junte au pouvoir au Mali, le colonel Assimi Goïta, a appelé mardi ses compatriotes à soutenir les forces étrangères "partenaires" présentes dans le pays, citant notamment la force française Barkhane et les Casques bleus de la Minusma.

Le colonel Goïta, qui s'exprimait en marge des cérémonies du 60ème anniversaire de l'indépendance de son pays, a appelé à "l'union sacrée autour du Mali", et à soutenir les forces nationales. "C'est l’occasion pour moi aujourd'hui de les féliciter et de les encourager pour tous les efforts qu'elles déploient pour ramener la sécurité et la paix au Mali", a-t-il déclaré aux journalistes.

"Et je demande aussi à la population malienne de soutenir nos forces partenaires telles que la force Barkhane, la Minusma et la force (européenne) Takuba", a-t-il ajouté.

La présence au Mali depuis sept ans de militaires français et de la Minusma (Mission de l'ONU au Mali), a fait l'objet de contestations d'une partie de l'opinion. Une manifestation contre cette présence est d'ailleurs prévue dans l'après-midi à Bamako.

La junte, qui dirige le pays depuis le renversement le 18 août lors d'un putsch du président Ibrahim Boubacar Keïta, s'est engagée à lancer une transition vers une restauration du pouvoir civil dans un délai de 18 mois.

Le colonel Goïta a annoncé lundi que la présidence de cette transition serait confiée à un colonel à la retraite, Bah Ndaw, 70 ans, éphémère ministre de la Défense en 2014.

Le chef de la junte en assumera pour sa part la vice-présidence, dotée d'importantes prérogatives en matière de sécurité.

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