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Madagascar

Les Malgaches ont voté pour arbitrer le combat des chefs au second tour de la présidentielle

Marc Ravalomanana (g) à Antananarivo le 25 août 2018 et Andry Rajoelina (d) à Paris le 1er février 2018.

Les Malgaches ont voté mercredi pour arbitrer le duel au couteau qui oppose pour le second tour de l'élection présidentielle les deux poids lourds de la scène politique locale, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, déterminés à retrouver le pouvoir.

La rivalité et l'inimitié qui opposent les deux ex-chefs de l'Etat font redouter de vives tensions à la proclamation des résultats, dans un pays habitué des crises politiques depuis son indépendance de la France en 1960.

Au terme d'une journée de scrutin sans incident notable, les opérations de dépouillement ont débuté en fin de journée dans une chaude ambiance.

Dans les 10 bureaux de vote du lycée JJ Rabearivelo, dans le centre de la capitale Antananarivo, le comptage de chacune des voix des candidats numéros 25 et 13, a été salué par les cris de joie de leurs partisans.


Sans surprise, Marc Ravalomanana est arrivé largement en tête dans ce quartier, un de ses fiefs.

"Je suis sûre maintenant que mon candidat sera élu président", s'est réjouie avant l'heure Bertine Razafinirina, un femme au foyer de 50 ans. "J'ai besoin d'un candidat qui connaît le monde rural, pas d'un président frimeur".

"Ailleurs dans les provinces, c'est Andry Rajoelina qui arrive en tête", lui a rétorqué un de ses soutiens, Roberto Raliarimanana, un instituteur de 35 ans. "Je vois déjà un avenir radieux pour Madagascar".

Selon la plupart des analystes, le résultat s'annonce serré.

Au premier tour, Andry Rajoelina, un ex-publicitaire et disc-jockey de 44 ans, avait viré en tête avec 39,23% des voix. Marc Ravalomanana, 69 ans, qui a fait fortune à la tête d'un groupe laitier, le talonnait avec 35,35%.

- Rancunes -

Les deux finalistes ont voté dès le matin à Antananarivo.

"Je suis confiant, je pense que le peuple malgache tranchera une bonne fois pour toutes celui qui dirigera le pays", a déclaré M. Rajoelina. "Avec la participation de tout le peuple malgache, j'espère que l'on va changer Madagascar", a lancé en retour M. Ravalomanana.

Lors des dernières semaines de campagne, tous les deux ont laissé libre cours à leur rancunes personnelles, nées de la crise de 2009.

Elu président en 2002, M. Ravalomanana a été contraint à la démission sept ans plus tard par une vague de violentes manifestations ourdies par M. Rajoelina. Maire de la capitale, ce dernier avait alors été installé par l'armée à la tête d'une présidence non-élue.

Ils avaient été privés de revanche en 2013, interdits de candidature à la faveur d'un accord de sortie de crise validé par la communauté internationale.

Pour rallier les indécis et les abstentionnistes, MM. Rajoelina et Ravalomanana n'ont pas lésiné sur leurs moyens, apparemment illimités, ni sur les accusations.

Dès leur second débat télévisé dimanche dernier, M. Ravalomanana a reproché à son rival de préparer la fraude, faisant état de la circulation de "fausses cartes d'identité et de fausses cartes d'électeurs".

Il a assuré mercredi qu'il n'accepterait "jamais" les résultats "s'il y a de la fraude".

Sitôt les bureaux de vote fermés, le camp de M. Rajoelina a riposté en dénonçant les "nombreuses manipulations, actes de corruption et tentative de détournement des voix de la part des partisans du candidat 25".

- Enjeux -

Pour nombre d'observateurs, ces échanges laissent présager de très vives tensions dès l'annonce des premiers résultats significatifs, annoncés par la Commission électorale (Ceni) après Noël seulement.

"Les résultats pourraient être très serrés et, dans ce contexte, même des irrégularités très minimes pourraient amener l'un ou l'autre candidat à les contester", a pronostiqué Marcus Schneider, analyste à la fondation allemande Friedrich Ebert.

Comme l'a souligné l'ancien ministre de l'Education et candidat malheureux au premier tour, l'universitaire Paul Rabary, la défaite leur est interdite.

"Pour Marc Ravalomanana, c'est une question de vie ou de mort. Son groupe ne peut pas survivre s'il ne reprend pas le pouvoir", a-t-il résumé. "Quant à Andry Rajoelina, son histoire personnelle est salie par le coup d'Etat. Il doit gagner pour laver son honneur".

Le Premier ministre en exercice Christian Ntsay a appelé les deux candidats à la raison. "Je suis sûr qu'ils sauront calmer leurs partisans (...), le pays ne mérite pas d'autres troubles", a-t-il estimé.

Ce face-à-face au tour très personnel a largement occulté les problèmes de fond du pays, un des plus pauvres du continent africain.

Manque criant d'infrastructure, corruption, insécurité, pauvreté, la Grande île et ses 25 millions d'habitants cumulent tous les handicaps. Victime du réchauffement climatique, sa pointe sud souffre depuis des années d'une sécheresse qui met en péril sa population.

"J'attends du président (...) qu'il nous sorte de la pauvreté infernale dans laquelle nous vivons", a souhaité Monique Norosoa, une femme au foyer de 45 ans qui a voté à Antananarivo.

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Famine à Madagascar: les silhouettes émaciées des villages "zombie"

Le bras d'un enfant est mesuré dans un centre mis en place par le Programme alimentaire mondial et Action contre la faim, dans le village de Beraketa, à l'extrême sud de Madagascar le 12 novembre 2020.

"Regardez mon enfant, ayez pitié!", interpelle une maman dans la région Anosy, terriblement affectée par la famine, à l'extrême sud de Madagascar. Elle s'empresse de déshabiller sa fille de cinq ans pour prouver la gravité de son état. 

Côtes saillantes, bras faméliques, regard vide, la petite se laisse manipuler en silence et se met à trembler. Du village de Fenoaivo, elles doivent marcher une dizaine de km vers le centre de santé le plus proche. "Jésus est notre seul guide", dit cette femme qui n'a pas un sou en poche.

Un peu plus loin, une famille endeuillée veille en silence autour d'un feu presque mort. "Nous ne pouvons pas faire l'enterrement car nous n'avons pas de zébu. Nous n'avons pas de repas à servir, pourtant chez nous c'est le plus important", se désole Rahovatae, devant la case où repose son père mort de faim quatre jours plus tôt.

En attendant de l'aide, toute la famille cherche racines et tubercules, dernières denrées disponibles. "Il n'y a plus rien à prendre là. C'est par ici qu'on creusait", montre cette mère de neuf enfants, une bêche à la main, dans ce petit bois près du village.

Bredouille, elle se dirige vers des cactus et arrache un morceau. "J'enlève les épines au couteau. Ce n'est pas bon, c'est âcre et gluant au palais. Même cuit, ça n'a aucun goût. Ça nous affaiblit", se lamente-t-elle.

- "Film d'horreur" -

Son hameau désert fait partie de ceux que certains humanitaires appellent tristement "village zombie", où la vie se réduit à quelques silhouettes émaciées qui semblent attendre la mort.

Comme Rahovatae, plus d'un million de Malgaches, sur une zone vaste comme la Bulgarie ou Cuba (111.200 km2), ont faim.

La rareté des pluies depuis plusieurs années consécutives a rendu l'agriculture impossible. Et des tempêtes de sable ont transformé de vastes étendues de terres arables en friches. Des ravages liés au réchauffement climatique, affirme l'ONU.

"Nous avons planté mais il n'y a pas eu de pluie. Tout ce qui est planté meurt. Nous n'avons plus rien: on a vendu une partie de nos biens, l'autre a été volée par des bandits", raconte Sinazy, mère de huit enfants, à Mahaly.

Dans une petite case de terre et de paille, son fils de 17 ans, Havanay, casse des noix sauvages. "On mange l'intérieur, cette chair blanche" difficile à extraire, montre-t-il. "Je casse ça du matin au coucher du soleil. Mais le gras peut rendre malade. Après en avoir mangé, je tremble", se désole-t-il.

Le patron du Programme alimentaire (PAM) David Beasley a comparé la situation à un "film d'horreur", qui fait monter "des larmes aux yeux des humanitaires les plus endurcis" par l'expérience.

- Cuir bouilli -

Quelque 14.000 Malgaches ont atteint le niveau cinq, soit la phase "catastrophe, quand les gens n'ont plus rien à manger", explique Moumini Ouedraogo, responsable du PAM dans l'Ile.

L'ONU estime les besoins à 67 millions d'euros pour la prochaine période de soudure dès octobre.

Plusieurs ONG avec le soutien du gouvernement distribuent des centaines de tonnes de nourriture et de compléments nutritionnels depuis des mois, mais cela ne suffit pas.

La ville d'Ambovombe, chef-lieu de la région très affectée d'Androy, est débordée par l'afflux de centaines d'affamés, livrés à eux-mêmes depuis des mois.

Ils sont réduits à mendier et mangent déchets alimentaires du marché et chutes de cuir données par des fabricants de sandales. Pour le ramollir, le cuir est bouilli avec un peu de sel ou simplement grillé.

"Nous mangeons du cuir tous les jours. Il nous ronge le ventre mais c'est parce que nous n'avons rien. Nous souffrons beaucoup", dit Clarisse.

Facteurs multiples?

Particulièrement grave cette année, le phénomène n'est pas nouveau à Madagascar. La Grande Ile a connu seize crises alimentaires documentées depuis 1896.

Le gouvernement se défend de toute mauvaise gestion. "Nous avons mené plusieurs actions depuis l'élection de monsieur le président Rajoelina", en 2019, souligne sa directrice de cabinet Lova Hasinirina Ranoromaro.

"C'est une vraie transformation que nous souhaitons voir dans le sud. Il y a une forte volonté politique", assure-t-elle.

Sur Twitter, le président a annoncé le lancement de "141 projets d'envergure" dans les secteurs de l'agriculture, l'accès à l'eau, les travaux publics et la santé.

"Jusqu'ici nous avons apporté de l'aide humanitaire, maintenant nous voulons des avancées structurelles", notamment en termes d'irrigation, a déclaré à l'AFP le ministre de l'Economie, Richard Randriamandranto.

Pour les cadres du PAM, la famine résulte principalement du réchauffement climatique. "Nous n'avons pas d'industrie ici (à Madagascar) qui puisse vraiment polluer autant, pourtant on a tous les effets de cette pollution qui font qu'on voit la nature se dégrader et ne pas permettre aux gens de produire assez pour se nourrir", assure M. Ouedraogo.

Pour le chercheur Paubert Mahatante, "l'explosion démographique et l'épuisement des ressources naturelles" jouent aussi, tout comme la détérioration des routes ou "la défaillance de la politique de décentralisation".

Ni les autorités, ni le PAM ne communiquent sur le nombre de morts. Mais ces derniers mois, l'AFP a comptabilisé au moins 340 morts auprès des municipalités.

Tentative d'assassinat du président Rajoelina déjouée à Madagascar, selon les autorités

Le président malgache Andry Rajoelina inspecte les troupes lors des célébrations de la fête de l'indépendance au stade Barea à Antananarivo, le 26 juin 2021.

Le parquet malgache a annoncé avoir déjoué une tentative d'assassinat du président de la République Andry Rajoelina, et arrêté plusieurs personnes "étrangères et malgaches".

Parmi ces personnes arrêtées figurent deux Français, a-t-on appris jeudi de source diplomatique.

"Plusieurs ressortissants étrangers et malgaches ont été interpellés mardi dans le cadre d'une enquête pour atteinte à la sûreté de l'État", a déclaré mercredi soir à la presse la procureure générale Berthine Razafiarivony.

"Selon les preuves matérielles en notre possession, ces individus ont échafaudé un plan d'élimination et de neutralisation des diverses personnalités malgaches dont le chef de l'État", a ajouté la procureure, sans autre précision ni sur ces preuves ni sur les circonstances de ces arrestations.

"A ce stade de l'enquête qui se poursuit, le parquet général assure que toute la lumière sera faite sur cette affaire", a-t-elle ajouté.

L'agence malgache Taratra, sous tutelle du ministère de la Communication, fait savoir que les deux Français arrêtés, Philippe F. et Paul R., seraient d'anciens officiers à la retraite.

Lors de la célébration de la fête de l'indépendance de Madagascar, le 26 juin, la gendarmerie avait déjà annoncé avoir déjoué une tentative d'assassinat du secrétariat d'État chargé de la gendarmerie, le bras droit du président, le général Richard Ravalomanana.

L'un des pays les plus pauvres du monde, Madagascar a connu depuis 20 ans de nombreuses et graves crises politiques. La grande Île est quasi-verrouillée depuis la pandémie de Covid-19, et la famine frappe actuellement de plein fouet une région du sud du pays.

La Banque mondiale finance des projets à hauteur de 490 millions de dollars à Madagascar

Un travailleur manipule des boîtes de vaccins COVID-19, livrés dans le cadre du programme de distribution équitable de vaccins COVAX, à l'aéroport international d'Ivato, à Antananarivo, Madagascar, le 8 mai 2021.

La Banque mondiale va financer des projets de développement à Madagascar à hauteur de 490 millions de dollars, pour accélérer l'acquisition de vaccins contre le Covid et appuyer des projets porteurs de croissance, a-t-on appris auprès des deux parties.

Le premier projet à hauteur de 100 millions de dollars (85 millions d'euros), "un don négocié depuis plusieurs mois" a précisé à l'AFP le ministre de l'Economie Richard Randriamandrato, servira à l'achat de vaccins mais aussi à renforcer les système de santé.

Le pays veut vacciner plus de la moitié de sa population adulte d'ici fin 2022, a précisé à l'AFP la repésentante de la BM à Madagascar, Marie-Chantal Uwanyiligira, "un objectif ambitieux mais pas impossible" selon elle.

Le très faible niveau actuel de vaccination en Afrique est parfaitement "inacceptable", a-t-elle rappelé, et ce projet s'inscrit dans la volonté de répondre à "une crise sanitaire, qui est aussi économique maintenant".

Un total de 40 millions de dollars, un "don à titre d'urgence" selon le ministre, serviront à financer des projets d'agriculture durable et innovants, notamment d'irrigation, selon ces deux sources.

Les deux autres projets visent à "bâtir la relance économique", selon la Banque mondiale, avec 150 millions pour les secteurs porteurs de croissance - tourisme, agribusiness et numérique - et 200 millions pour l'entretien de 1.200 km de routes pour assurer leur "longévité, sécurité et résilience climatique".

La Banque finance "aujourd'hui ces projets afin d'aider le pays à se remettre sur les rails pour atteindre les objectifs de développement durable", explique Mme Uwanyiligira. "Il faut saisir l'opportunité de la sortie de cette pandémie (...) pour accélérer les réformes nécessaires".

Madagascar est le premier pays à subir la famine à cause du réchauffement climatique selon l'ONU

Les personnes âgées et les enfants souffrent le plus de l'insécurité alimentaire à Ambovombe, Madagascar, le 12 juin 2021.

La famine à Madagascar fait des ravages, contraignant des habitants à manger des criquets, des feuilles de cactus et même de la boue, a alerté vendredi un responsable de l'ONU, en soulignant qu'il s'agit du premier pays au monde à expérimenter la faim due à la crise du réchauffement de la planète.

La situation aujourd'hui, provoquée par plusieurs années de sécheresse, a fait dire au patron du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, qui s'est récemment rendu sur place que "cela ressemblait à ce que vous voyez dans un film d'horreur".

Vendredi, la directrice régionale du PAM pour le sud de l'Afrique, Lola Castro, qui a accompagné David Beasley dans son voyage, a évoqué une "situation très dramatique", lors d'un entretien par vidéo avec des journalistes à New York. "Le pire est à venir", a-t-elle prédit.

"Nous avons des gens au bord de la famine et il n'y a pas de conflit. Il y a juste le changement climatique avec ses pires effets qui les affecte gravement", a-t-elle ajouté, jugeant une "action rapide plus que nécessaire" de la communauté internationale.

"Ces gens n'ont contribué en rien au changement climatique et ils en prennent l'entier fardeau à l'heure actuelle", s'est-elle insurgée, en citant David Beasley.

L'emprise de la famine est particulièrement importante dans le sud du pays. Il y a plus d'un mois, l'ONU avait déjà alerté sur une famine en progression mettant à risque plus d'un million de personnes.

L'île de l'océan Indien reste difficilement accessible à l'aide comme aux médias, en raison de la pandémie de Covid-19 et des restrictions qui l'accompagnent. Les agences humanitaires peinent aussi à sensibiliser sur la tragédie, alors que les fonds manquent pour apporter suffisamment d'aide.

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