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Les arcanes du Gabon et de la Françafrique dévoilés par une ancienne ministre d'Omar Bongo

L'ancienne ministre Laure Olga Gondjout à Libreville, le 10 avril 2008. (Photo by WILS YANICK MANIENGUI / AFP)

L'ex-ministre gabonaise des affaires étrangères Laure Olga Gondjout, longtemps secrétaire particulière du président Omar Bongo, dévoile les arcanes du pouvoir gabonais et de la Françafrique dans son livre, "Instants de vie", publié en Côte d'Ivoire.

Elle revient notamment sur le soutien de M. Bongo à Alassane Ouattara et la tentative américaine d'évincer la France du Gabon.

"M. Bongo avait fait le serment au président (ivoirien) Félix Houphouët Boigny de protéger Alassane Ouattara quoiqu'il advienne car il avait une grande ambition pour lui et pour la Côte d'Ivoire", affirme à l'AFP Mme Gondjout, qui était très proche d'Omar Bongo.

Le président "Bongo a accordé un soutien indéfectible à Alassane Ouattara. Mon regret c'est que le président Bongo (décédé en 2009) n'ait pas vu Alassane installé au pouvoir en 2011. Quand je vois tout ce parterre de chefs d'Etat et que le président Bongo est absent, j'ai un pincement au coeur", raconte-elle.

Elle rappelle l'épisode de 2002 quand Alassane Ouattara, qui s'était réfugié à la résidence de France d'Abidjan, a été exfiltré. "Le président [français Jacques] Chirac, compte tenu des relations exacerbées qu'il y avait entre Paris et Abidjan, n'avait pas souhaité recevoir Ouattara en France. Bongo a dit: "Je le reçois à Libreville mais je n'ai pas les moyens de l'exfiltrer", raconte Mme Gondjout.

"Le plus malin"

"Ils ont concocté un plan qui consistait à détourner l'attention du président Laurent Gbagbo en organisant une conférence avec (Dominique) de Villepin et simultanément le corps d'élite de l'armée français a réussi à exfiltrer Ouattara et lui permettre de prendre un avion" pour aller au Gabon.

Après avoir logé quelques semaines chez un particulier, M. Ouattara, "pied de nez du destin", avait "la suite Chirac au Méridien" de Libreville, alors que "M. Chirac l'appréciait peu".

Ancienne médiatrice de la République du Gabon, Mme Gondjout, 66 ans, est désormais installée à Abidjan et a lancé en même temps que son livre l'Académie Omar Bongo de la paix et de la médiation en Afrique, qui doit à la fois "effectuer des missions de médiation" et dispenser des cours.

Mme Gondjout raconte aussi la réconciliation sous forme d'accolade à Syrte en Libye de Bongo et Gbagbo, alors que les diplomates des deux pays étaient à couteaux tirés après les déclarations de l'Ivoirien traitant le Gabonais de "rigolo" en 2005.

Extrait: "'Nous sommes en Afrique, je suis le grand frère, il est le petit...' Le patron (Bongo) me confia: Laurent se croit plus malin. Comme il ne veut plus que je me mêle d'histoires ivoiriennes, il a trouvé ce stratagème. Alors il pense qu'il pourra écarter Alassane Ouattara. C'est mal me connaitre'".

Autre anecdote: Mme Gondjout raconte comment en 1993, les Etats-Unis ont tenté de prendre pied au Gabon en jouant l'opposition contre Omar Bongo, un des symboles de la Françafrique et qui a dirigé le Gabon de 1967 à 2009.

"Plier bagages"

"C'était pour le pétrole. L'ambassadeur américain Joseph Wilson qui était en Irak lors de l'invasion du Koweit (par l'Irak suivi de l'opération tempête du désert en 1991), voulait planter le drapeau américain", dit-elle, alors que le Gabon vit ses "années de braise" avec l'émergence dans la douleur du multipartisme, des troubles et des émeutes.

"Wilson était actif sur le terrain. Il aidait l'opposition à s'organiser sur le plan stratégique, tactique (...). Il était aussi conscient des relations délicates entre la France et le Gabon à ce moment-là. En France, on est sous (François) Mitterrand. Les socialistes sont au pouvoir", rappelle-t-elle.

"Ce qui va nous surprendre, ce sont les instructions données (par Paris) à l'ambassadeur de France Louis Dominici. Il m'a dit 'Si j'obéis, ca veut dire que là, je vais plier bagage et la France avec'. Il ne les a pas suivies et ça lui a couté son poste".

Finalement en 1993, Omar Bongo réussit à renverser la situation en sa faveur. "Il est allé déjeuner chez l'ambassadeur américain à Rio (quartier populaire) pour sceller la réconciliation et pour montrer que c'était l'homme fort du Gabon".

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Abandonné, le centre des civilisations Bantou désormais squatté par des Librevillois

Des habitants se rassemblent dans la zone d'habitation en partie inondée à l'intérieur du Centre international des civilisations bantoues (CICIBA), dans la commune d'Akanda, près de la capitale gabonaise Libreville, le 9 octobre 2021.

Des dizaines d'enfants portent sur des brouettes des jerricans remplis d'eau au milieu d'habitations de fortune. Au cœur de la capitale gabonaise Libreville, le Centre international des civilisations bantu (Ciciba), conçu pour être la vitrine de la culture africaine, est aujourd'hui squatté par des centaines de familles.

Les murs en béton sont décatis, des fils électriques rafistolés pendent entre les baraques et des poubelles s'amoncèlent le long d'une route. "Plus de 2.000 personnes vivent ici" dans une grande précarité, témoigne Apollon Mekoghi, président de l'association des squatteurs du Ciciba.

Dans les années 1980, le Ciciba voit le jour pour promouvoir le patrimoine culturel des peuples africains au sud de l’Equateur. Onze pays (Angola, Burundi, Centrafrique, Comores, Congo Brazzaville, Gabon, Guinée Équatoriale, RDC, Rwanda, Sao-Tomé et Principe, Zambie) s'unissent pour créer une vaste banque de données accessible aux chercheurs et au grand public. Objectif: promouvoir la culture des Bantous, présents en Afrique centrale et australe, qui partagent des racines linguistiques ainsi que certaines traditions et croyances.

Sous l'impulsion du président Omar Bongo Ondimba, le Gabon, pays hôte, dépense quelque 10 milliards de francs CFA, environ 15 millions d'euros, pour construire le centre au nord de Libreville. Deux immenses défenses d'éléphant en béton hautes de plusieurs mètres symbolisent l'entrée. Un théâtre est érigé.

Mais les moyens ne sont pas suffisants - plusieurs pays en guerre civile sont incapables de financer le projet - et seuls quelques bâtiments sortent de terre, laissés à l'abandon pendant plusieurs années. Le Ciciba devient un "éléphant blanc", un projet démesuré qui ne voit pas le jour. Les premiers squatteurs arrivent en 2013.

"Catastrophe humanitaire"

"Le campus de l'université où je me trouvais a été détruit, je me suis retrouvé sans logement et je suis venu ici", souligne M. Mekoghi.

Aujourd'hui, plus de 400 familles vivent au Ciciba. "Dès que quelqu'un souhaite s'installer, il dépose son dossier. S'il est accepté, il peut venir construire son habitation", explique M.Mekoghi. Des maisons de fortune sans raccordement à l'eau courante sont bâties dans les allées du centre, véritable labyrinthe en béton qui s'étend sur plusieurs niveaux.

Les habitants du Ciciba s'entassent parfois à une dizaine dans quelques mètres carrés. Un terrain propice à la diffusion de nombreuses maladies, comme la fièvre typhoïde.

Françoise Moughola, 40 ans, vit dans le squat depuis 7 ans. Mère de 12 enfants, elle vient tout juste de perdre son mari. "C'est dur pour nous tous", témoigne-t-elle, affairée au lavage et repassage de vêtements. "Je ne sais pas comment vivre avec douze gosses, je n'ai même pas les moyens de les mettre à l'école", poursuit-elle. Au Gabon, l'inscription dans les établissements scolaires coûte environ 10.000 francs CFA, 15 euros.

L'immense majorité des habitants du Ciciba sont Gabonais, mais certains squatteurs sont étrangers. A l'image de Sika, un Centrafricain de 34 ans, arrivé en 2016 après avoir fui la guerre civile dans son pays. "On vit très mal", se plaint-il. "Nous avons de l'eau livrée une seule fois par jour par des citernes, ce n'est pas suffisant, il faut parfois faire des choix entre se laver ou faire à manger", raconte-t-il.

"Envie de partir"

Le Gabon, petit pays d'Afrique centrale de 2 millions d'âmes, est un des plus gros producteurs de pétrole du continent, et un des plus riches par habitant de la région. Mais selon la Banque mondiale, un tiers de la population vivait en 2017 sous le seuil de pauvreté.

Dans les allées du centre, des bars, échoppes et églises ont été érigés. Les squatteurs du Ciciba ne payent aucun loyer, mais doivent s'acquitter chaque mois de 20.000 francs CFA, environ 30 euros, pour l'électricité. Et le courant est coupé dès que les habitants sont incapables de payer. "Je n'ai pas les moyens donc je vis sans électricité, je suis tout le temps dans le noir à la maison", relate Lilly Loundou, 31 ans, arrivée au Ciciba il y a deux mois.

"Tout le monde a envie de partir", soutient Marc Malomba, membre de l'association des squatteurs du Ciciba. "J'avais honte au début de dire que je vivais ici, je le cachais", se remémore Jessye Angounié, qui vit avec sa femme et ses deux enfants dans le squat depuis deux ans.

Malgré les conditions de vie difficiles, "nous avons encore de nombreuses familles qui attendent pour s'installer ici", souligne Apollon Mekoghi.

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Avec 95 000 têtes, le Gabon est le dernier bastion des éléphants de forêt au monde

Un éléphant solitaire broute une clairière dans la forêt tropicale de la réserve de la Lopé, au Gabon, 4 juillet 2001

C'est le résultat d'une enquête basée sur l'ADN prélevé à partir des excréments.

Le Gabon abrite à lui seul entre 65 % et 70 % de tous les éléphants de forêt africains aujourd'hui, ce qui en fait le premier reservoir mondial, selon Lee White, ministre des Eaux et forêts.

La déclaration de M. White, un Gabonais originaire d'Écosse, fait suite à la publication d'une enquête estimant à 95 000 têtes le nombre d'éléphants de forêt en vie dans le pays.

Menée par la Wildlife Conservation Society (WCS), basée à New York, et l'Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) du Gabon, l'enquête montre que ce pays d'Afrique centrale d'environ 2,3 millions d'habitants est le "dernier bastion" mondial de ces créatures.

COP26 à Glasgow: les pays africains exigent une compensation
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S'il est vrai que l'Afrique centrale compte le plus grand nombre d'éléphants de forêt au monde, force est de reconnaître que ces pachydermes ont presque été décimés ailleurs dans la région du bassin du Congo, en proie au braconnage, aux conflits et à la déforestation.

La particularité de cette dernière enquête menée au Gabon est qu'elle constitue la toute première évaluation nationale basée sur l'ADN d'un grand mammifère vivant librement en Afrique.

Fabrice Menzeme, garde forestier, ramasse des excréments d'éléphants dans la forêt du parc national de la Pongara, au Gabon, le 9 mars 2020.
Fabrice Menzeme, garde forestier, ramasse des excréments d'éléphants dans la forêt du parc national de la Pongara, au Gabon, le 9 mars 2020.

Contrairement à leurs cousins de la savane, plus grands, qui parcourent en abondance les plaines d'Afrique australe, la plupart des éléphants de forêt vivent dans des forêts denses, ce qui rend leur comptage laborieux.

Les chercheurs ont donc développé un procédé à travers lequel ils collectent du matériel génétique dans les excréments des éléphants.

Pendant trois ans, des équipes de recherche ont passé un mois dans la brousse, parcourant environ 12 kilomètres par jour pour trouver des échantillons de matières fécales d'éléphants.

Triomphe de la science

Ces échantillons ont été placés dans de petits tubes à essai et transportés dans un laboratoire gouvernemental d'analyse génétique de la faune situé dans la capitale, Libreville, où les scientifiques ont extrait l'ADN d'environ 2 500 échantillons collectés dans tout le pays.

"Nous avons constaté que les éléphants étaient répartis sur près de 90% de la surface totale du pays", a déclaré Emma Stokes, directrice régionale de WCS pour l'Afrique. "C'est très inhabituel", a-t-elle ajouté.

Il s'agit du tout premier recensement national des éléphants au Gabon depuis 30 ans.

Les enquêtes précédentes reposaient sur le comptage des excréments, qui peut être plus coûteux, plus difficile et moins fiable que l'échantillonnage de l'ADN, qui permet d'identifier les doublons.

Comment éviter le conflit homme-éléphant

Tout en saluant le travail fourni dans le domaine de la conservation, John Poulsen, professeur d'écologie tropicale à la Nicholas School of the Environment de l'université Duke, appelle les autorités gabonaises à se pencher sur la question du conflit homme-éléphant. En particulier, il met l'accent sur le pillage des plantations par les pachydermes.

Le ministre Lee White est d'accord.

Ces conflits tuent environ 10 personnes par an, a admis le ministre White dans un entretien en marge de la conférence COP26 à Glasgow.

"Quand je vais dans les zones rurales du Gabon, je vois beaucoup de personnes en colère qui me crient dessus parce que les éléphants ont mangé leurs cultures et, tragiquement, ont même parfois tué leurs proches", conclut-il.

Le professeur Lee White, ministre gabonais des Eaux et forêts.
Le professeur Lee White, ministre gabonais des Eaux et forêts.

Avec Associated Press.

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