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Les adversaires de Kabila crient victoire après la désignation de son dauphin


Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, sur une photo du 9 décembre 2017. (Facebook/ Emmanuel Ramazani Shadary)

"Pour la première fois, un peuple d'Afrique centrale est parvenu à empêcher un chef d'Etat puissamment soutenu par les forces armées de modifier la Constitution et l'a forcé à quitter le pouvoir", avance Christophe Lutundula, porte-parole d'Ensemble, la coalition de l'opposant Moïse Katumbi.

Le président congolais Joseph Kabila a désigné in extrémis un candidat à sa succession à l'élection présidentielle prévue en décembre en République démocratique du Congo, une première dans ce pays qui n'a jamais connu de transition pacifique.

Le choix de M. Kabila s'est porté sur le patron du parti présidentiel PPRD et ex-ministre de l'Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, originaire comme lui de l'est du pays swahilophone.

>> Lire aussi : Joseph Kabila ne sera pas candidat à la présidentielle en RDC

M. Ramazani Shadary, 57 ans, figure parmi la douzaine de personnalités congolaises sanctionnées par l'Union européenne (UE) depuis 2017 pour violations des droits de l'Homme.

Il a été ministre de l'Intérieur du 20 décembre 2016 à février 2018, lors d'une période de fortes tensions liées au maintien du président Kabila au-delà de la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel.

M. Ramazani Shadary était en poste lors la répression des trois marches catholiques anti-Kabila en début d'année qui ont fait une quinzaine de morts.

"M. Emmanuel Ramazani Shadary, notre candidat, est catholique pratiquant", a insisté le porte-parole du gouvernement Lambert Mende en faisant part à la presse du choix du président Kabila.

M. Ramazani avait été nommé en février "secrétaire permanent" du PPRD au terme d'une réforme des statuts de ce parti qui prévoit la création d'un poste de président devant revenir à M. Kabila.

S'il quitte le pouvoir début 2019, M. Kabila, 47 ans, sera aussi sénateur à vie, selon la Constitution.

>> Lire aussi : Portrait de Ramazani Shadari, le dauphin de Kabila en RDC

Les adversaires de M. Kabila ont salué une "victoire" dans le fait que M. Kabila s'engage finalement "à quitter le pouvoir".

"Pour la première fois, un peuple d'Afrique centrale est parvenu à empêcher un chef d'Etat puissamment soutenu par les forces armées de modifier la Constitution et l'a forcé à quitter le pouvoir", avance Christophe Lutundula, porte-parole d'Ensemble, la coalition de l'opposant Moïse Katumbi.

"Nous avons gagné une bataille importante mais la lutte continue: celle pour une vraie alternance et des élections où voter ne sera pas une formalité (...), avec la certitude que le résultat reflète ce choix souverain", a réagi le mouvement citoyen pro-démocratie Lutte pour le changement.

Lucha avait appelé les Congolais à "descendre dans la rue" si M. Kabila se présentait.

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Right Watch a qualifié "d'étape cruciale" le fait que le président Kabila ne se présente pas, mais a encouragé la communauté internationale à maintenir la pression sur Kinshasa.

"Nous sommes encore très loin d'un processus électoral crédible, et beaucoup de choses peuvent se passe d'ici décembre, y compris des délais supplémentaires", avance HRW.

L'organisation rappelle que l'opposant Moïse Katumbi n'a pas pu rentrer pour déposer sa propre candidature.

Autre écueil: l'opposition dénonce la volonté de la commission électorale d'utiliser des "machines à voter" pour l'élection du 23 décembre - des "machines à tricher" pour ses détracteurs.

>> Lire aussi : La RDC, ce géant d'Afrique centrale, pauvre et instable malgré ses ressources minérales

Des polémiques portent également sur la validité du fichier électoral et ses quelque 40 millions d'inscrits. Au total 16,6% des électeurs ne présentent pas d'empreintes digitales, d'après une expertise de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Les "partenaires" étrangers suivent de près la situation dans l'immense RDC, que les diplomates perçoivent comme un risque d'instabilité régionale avec ses 2,3 millions de km2, ses neuf frontières, ses ressources minérales très convoitées et ses multiples zones de tensions.

Depuis son lieu de villégiature, le président français Emmanuel Macron a abordé la situation en RDC dans un entretien téléphonique avec son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa.

"Le président de la République a réitéré son plein soutien aux efforts de dialogue entrepris par les pays de la région, l'Union africaine et les organisations sous régionales", a indiqué l'Elysée dans un communiqué.

Le président sud-africain pourrait se rendre vendredi à Kinshasa avant un sommet régional sur les élections en RDC dimanche à Luanda, avance une source diplomatique africaine. Cette information n'a pas été confirmée dans l'immédiat de source officielle sud-africaine.

Première productrice mondiale de cobalt, exportatrice de cuivre, la RDC figure malgré ses richesses minérales parmi les pays les plus pauvres d'Afrique.

>> Lire aussi : Une longue crise politique émaillée de violences en RDC

La majorité de ses quelque 80 millions d'habitants vivent dans le secteur informel avec quelques dollars par jour.

Fin 2016, l'agence Bloomberg avait au terme d'une enquête indiqué que le président Joseph Kabila et sa famille possédaient des participations dans "au moins 70 entreprises" (banque, l'agriculture, distribution de carburant, transport aérien, construction de routes, hôtellerie...). Un réseau d'affaire qui leur rapporterait "des centaines de millions de dollars".

Les ONG enquêtent régulièrement sur des affaires de corruption en RDC, premier producteur mondial de cobalt et grand exportateur de cuivre.

Washington avait envisagé de nouvelles sanctions ciblées pour obliger M. Kabila à quitter le pouvoir, a affirmé lundi le Financial Times. Au moins un membre de sa famille aurait été privé de visa pour les Etats-Unis en juin, selon la même source.

Avec AFP

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