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Le procureur décrit la "haine écrasante" de Dylann Roof aux États-Unis


Dylann Roof attend pour son procès, à Charleston, Caroline du sud, le 15 décembre 2016.

Le procureur au procès de Dylann Roof a insisté jeudi sur la "haine écrasante" de l'accusé et a demandé aux douze jurés de ne lui trouver aucune circonstance atténuante pour sa tuerie perpétrée dans une église noire de Caroline du Sud.

Dans son réquisitoire final devant la cour fédérale américaine de Charleston, Nathan Williams n'a cessé d'opposer la bonté et l'innocence des paroissiens tombés sous les balles à l'hostilité fanatique du jeune homme de 22 ans.

Chaque chef d'inculpation représente la mort d'une de ses victimes : 9 inculpations.

Ce dernier a choisi de frapper "un endroit de camaraderie, où de vieux amis se retrouvaient pour étudier la Bible", a rappelé le procureur. "Un endroit accueillant, où tout nouvel entrant se voyait proposer une chaise".

C'est d'ailleurs ce qu'a fait le révérend Clementa Pinckney, le pasteur de l'Emanuel African Methodist Episcopal Church, quand il a vu entrer Dylann Roof dans son église, en cette soirée du 17 juin 2015.

"La haine n'avait pas de place dans ce sanctuaire. Et pourtant la haine a déferlé autour de ces tables", a commenté M. Williams. "Et ce n'était pas la haine colérique qu'on peut voir s'afficher sur un visage. C'était une haine froide, calculatrice, qui avait enflé depuis des mois".

Il a vu dans le jeune solitaire "un homme d'une immense lâcheté, qui a abattu des personnes qui avaient les yeux fermés" durant un moment de prière.

Dylann Roof, 22 ans, encourt la peine de mort pour avoir tué par balles neuf fidèles de l'église de l'Emanuel.

'Les plus vulnérables'

L'accusation et la défense ont livré jeudi une joute décisive, avec les plaidoiries finales avant que les jurés ne se retirent pour décider de sa culpabilité.

Selon la procédure pénale fédérale, cette déclaration de culpabilité précèdera une autre phase qui sera la détermination de la sentence, qui n'interviendra pas avant des jours.

L'accusé, a poursuivi le procureur, s'est attaqué "aux plus vulnérables": il "a consacré le plus de balles à Susie Jackson, qui avait 87 ans" et sur le corps de laquelle ont été relevés au moins 10 impacts.

Dans son réquisitoire Nathan Williams a décrit un homme "glorifiant" la ségrégation et dont les écrits, saisis dans sa chambre, "dénigraient les autres races".

Il a exécuté ces Noirs dans cette église "car il pensait qu'ils n'étaient rien d'autres que des animaux".

"Il s'est tourné vers l'homme qui lui avait offert une chaise, lui a tiré dessus une fois. Puis il a donné libre cours à sa haine et a continué à lui tirer dessus encore et encore".

Sa volonté de faire le plus de victimes possibles ne faisait aucun doute, a-t-il assuré. "Il marchait de façon méthodique dans cette pièce", a souligné M. Williams.

"Sa haine était écrasante. Elle était planifiée. Elle était atrocement violente", a-t-il enfin martelé, alors qu'une intense émotion vrillait la salle d'audience, où sur des écrans étaient projetées des images des victimes.

Photos de son chat

En fin de réquisitoire, il s'est adressé par ces mots aux 12 jurés: "Déclarez-le coupable de tous les chefs d'accusation".

Lui succédant dans le prétoire, l'avocat de Dylann Roof, David Bruck, a tenté l'impossible pour demander au jury de "comprendre du mieux que nous le puissions".

Il a dépeint un jeune homme perdu dans une immense solitude et sous influence néfaste. L'avocat a ressorti des photos où l'accusé portait une cagoule du Ku Klux Klan ou brûlait le drapeau américain.

"Tout ce qu'il a fait est une imitation de quelque chose qu'il a vu ailleurs", a affirmé l'avocat, qui a conclu à une preuve d'humanité dans le fait que son client possédait des "centaines" de photographies de son chat.

M. Bruck a enfin appelé les jurés à ne pas céder au "jugement hâtif" mais au contraire savoir "regarder plus loin" pour décider du sort d'un homme "prisonnier de ses délires".

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