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Scènes de liesse dans les rues de Banjul après l'investiture d'Adama Barrow à Dakar

  • VOA Afrique

Adama Barrow prête serment comme président de la Gambie, à l'ambassade gambienne à Dakar, le 19 janvier 2017.

Des groupes de Gambiens sont sortis jeudi dans les rues de Banjul en fêtant l'investiture à l'ambassade gambienne à Dakar du président Adama Barrow, alors que les rues de la capitale gambienne étaient jusque là désertées par crainte de troubles.

Des grappes de manifestants exultaient, criaient, klaxonnaient, certains arborant des T-shirts affichant "Gambia has decided" (La Gambie a choisi), le slogan des partisans d'un changement de régime, sans intervention de militaires déployés dans la ville.

Un homme brandit une affiche avec inscription : "C’est fini pour Yahya Jammeh !" au milieu des manifestants en liesse à Serrekunda, Gambie, 19 janvier 2017.
Un homme brandit une affiche avec inscription : "C’est fini pour Yahya Jammeh !" au milieu des manifestants en liesse à Serrekunda, Gambie, 19 janvier 2017.

Le nouveau président gambien Adama Barrow a prêté serment jeudi après-midi à l'ambassade de Gambie au Sénégal, lors d'une cérémonie officielle, après l'expiration du mandat du chef de l'Etat sortant Yahya Jammeh, qui refuse de lui céder le pouvoir.

M. Barrow, tout de blanc vêtu , a prêté serment sur le Coran, peu avant 17H00 (locales et GMT) devant le président de l'Ordre des avocats gambien Sheriff Tambadou, en présence de nombreux responsables d'organisations internationales et régionales ainsi que de ses deux épouses, habillées de la même manière.

"A partir d’aujourd’hui, je suis le président de tous les Gambiens que vous ayez voté pour moi ou non", a-t-il affirmé dans un discours prononcé devant plusieurs personnalités étrangères.

Dans son serment sur le coran, M.Barrow a promis de respecter la Constitution et de veiller à sa mise en application.

L'air humble, le nouveau président a qualifié le moment d'"occasion historique". "C'est un jour qu'aucun Gambien n'oubliera jamais", a-t-il dit.

"Le drapeau gambien flottera maintenant haut", a-t-il déclaré après cette prestation de serment à l'étranger, une première.

En outre, il a ordonné "au chef d'état-major et aux officiers supérieurs de me montrer leur loyauté en tant que commandant en chef".

Quelques heures plus tôt, Halifa Sallah avait déclaré à Banjul que la cérémonie "aura eu lieu à l'ambassade à Dakar à 16H00" (locales et GMT). M. Barrow est accueilli depuis le 15 janvier au Sénégal voisin dans l'attente de son investiture, à la demande de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

L'entourage de M. Barrow, accueilli depuis le 15 janvier au Sénégal en attendant sa prise de fonctions, prévoyait initialement une cérémonie dans un stade de Banjul, la capitale gambienne.

Une idée abandonnée face à l'opposition de M. Jammeh, qui a en outre décrété mardi l'état d'urgence, validé pour 90 jours par l'Assemblée nationale dominée par son parti.

Vote jeudi à l'ONU sur une intervention militaire de la Cédéao

Le Conseil de sécurité de l'ONU va voter sur un texte de soutien à la Cédéao qui pourrait déployer des soldats en Gambie afin d'assurer la passation de pouvoir dans ce pays, contestée par le président sortant, selon des diplomates.

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) a demandé à maintes reprises au président gambien sortant Yahya Jammeh de respecter le résultat de l'élection du 1er décembre en quittant le poste qu'il occupe depuis 22 ans.

Le Sénégal avait présenté mercredi un projet de résolution au Conseil de sécurité autorisant la Cédéao à prendre "toutes les mesures nécessaires" pour assurer la passation de pouvoirs.

Cette formule a été supprimée du nouveau texte, sur lequel un vote est prévu à 13H00 (18H00 GMT) et qui appelle le Conseil de sécurité à "apporter tout son soutien à la Cédéao dans son engagement à assurer le respect de la volonté du peuple".

Le projet de résolution est un soutien politique à la Cédéao mais pas une autorisation formelle d'intervenir militairement, car il n'invoque pas le chapitre 7 de l'ONU qui permet l'usage de la force.

Le projet de résolution presse M. Jammeh de "mener un processus de transition pacifique et ordonné, et de transmettre le pouvoir au président élu Barrow le 19 janvier".

Il exhorte "toutes les parties, à l'intérieur et à l'extérieur de la Gambie, à faire preuve de retenue, à respecter l'Etat de droit et à assurer un transfert pacifique du pouvoir".

Le Nigeria et le Ghana ont envoyé des soldats et des avions au Sénégal pour se joindre à une force régionale menée par Dakar qui se prépare à une intervention militaire en Gambie.

L'armée nigérianne a procédé jeudi à des vols de reconnaissance de au-dessus de la capitale gambienne Banjul.

L'envoyé spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest Mohamed Ibn Chambas avait fait savoir la semaine dernière que la Cédéao était prête à réclamer le feu vert du Conseil pour déployer des troupes en Gambie.

On ne sait pas si la Russie, qui a un droit de veto, s'abstiendra. Les positions de deux autres pays membres du Conseil, l'Egypte et l'Ethiopie, sont aussi incertaines.

Pendant les négociations sur ce texte, l'Egypte notamment a exprimé des réserves au sujet d'une éventuelle intervention militaire, faisant valoir qu'il fallait d'abord explorer toutes les autres solutions, selon un diplomate.

Le projet de résolution du Sénégal mercredi relevait que l'"instabilité en Gambie pourrait menacer la paix internationale et la sécurité de la région".

Le mois dernier, le Conseil avait réclamé à l'unanimité que M. Jammeh reconnaisse le résultat de l'élection présidentielle et qu'il cède le pouvoir à M. Barrow.

Ce vote est crucial au regard des échecs essuyés par des forces africaines en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi pour assurer la transition du pouvoir.

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